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Les amoureux du français

Les amoureux du français - Auteur

Paul Roux

Paul Roux est conseiller linguistique à La Presse. Il est également l'auteur du Lexique des difficultés du français dans les médias (éditions La Presse). Il attend avec curiosité vos questions et vos commentaires.

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Le Mardi 22 Août 2006 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (9)

Déodorant ou désodorisant ?

Publié dans la catégorie Général

À la suite de l’article QUAND LE DÉODORANT NE SUFFIT PLUS, un lecteur nous a fait la leçon: «Deodorant est un mot anglais, écrit Jacques Fontaine. En français, on doit dire désodorisant.»

Le mot déodorant vient de l’anglais, il est vrai, mais il est passé dans l’usage. Les grands dictionnaires l’attestent au sens de «produit qui réduit ou supprime les odeurs corporelles». Le terme désodorisant est parfois considéré comme un synonyme. Mais plusieurs ouvrages le décrivent plutôt comme un «produit qui supprime ou masque les mauvaises odeurs dans un local».

• On utilise les déodorants sur soi, les désodorisants chez soi.

Deodorant et désodorisant partagent un seul et même verbe: désodoriser. Et les deux termes ont une même action: la désodorisation.

Ces définitions s’appuient, entre autres, sur le Dictionnaire des difficultés du français (Larousse), sur le Dictionnaire des difficultés du français (Robert), sur le Dictionnaire des pièges et des difficultés de la langue française (Girodet), ainsi que sur le Multidictionnaire.

  • Ce vieux débat a fait l’objet d’un article de Maurice Grevisse paru en 1970 dans ses «Problèmes de langage». Sa conclusion, comme toujours, est qu’on doit s’en remettre à l’usage (ou plutôt à l’Usage). Trente-six ans plus tard, force est d’admettre que ce dernier a parlé, et que «déodorant» est bien reçu.
    *
    Le texte de Grevisse:
    La pambéotie langagière! Ce n’est pas seulement sur les ondes de la radio et de la télévision qu’elle fleurit, c’est dans la presse, c’est au Parlement, c’est dans l’administration, c’est dans nos conversations, dans nos correspondances, c’est partout.
    C’est, en particulier, dans la langue de la publicité commerciale. Mais la pambéotie, dans ce secteur-là, s’habille avec une élégance calculée : elle aime les mots qui font riche, les verbes qui ronflent, les formules qui scintillent, les superlatifs qui s’enflent et pétaradent. Pambéotie tout de même, elle a ses ignorances, astucieusement mêlées parfois à ses audaces et à ses prétentions.
    J’en trouve un exemple remarquable dans ce _déodorant_ que je ne sais quel César Birotteau moderne a donné comme pavillon à un produit de toilette pour les soins corporels. «Déodorant»: pour un parfumeur quelle enseigne ! Cela paraît être du même tonneau que la fameuse «eau carminative» du personnage de Balzac…
    *
    Sur quel patron notre Birotteau a-t-il taillé son «déodorant»? Problème. — Le mot paraît assez malotru, avec sa tête et sa queue de conformation plutôt douteuse.
    Voyons sa tête d’abord. C’est une règle de bonne phonétique que le prévixe privatif dé- devient normalement dés- devant un radical commençant par une voyelle : désavouer, désunir, désobéir, désincarner… Quelques mots, il ests vrai, s’écartent de la règle, et Birotteau, pour sa défense, invoquera peut-être déactiver (Grand Larousse encyclopédique), déoperculé (Littré) ; il dira encore que l’anglais a bien _to deodorize_ et que le Larousse du XXe siècle admet déodoriser (qui est dans J.-K. Huysmans), déodorisation, à côté de désodoriser, désodorisation, — mais non lui rétorquerons que ce sont sûrement ces deux dernières formes qui sont normales et en tout cas les seules courantes. Ce sont celles-là que le Grand Larousse encyclopédique et aussi Robert signalent, sans mention aucune de déodoriser, déodorisation.
    Prenons maintenant «déodorant» par la queue. Cette queue, c’est-à-dire la finale -ant, un infinitif fantôme de déodorer, arbitrairement imaginé, je crois, par notre Birotteau, et qu’on chercherait en vain dans les dictionanires. Il y a bien eu anciennement un certain verbe odorer, «avoir de l’odorat, sentir», encore usité à la fin du XVIIIe siècle, et qu’on retrouve dans le composé subodorer, mais il est tout à fait hors d’usage. Vraisemblablement Birotteau ne s’est d’ailleurs pas avisé qu’odorer a pu exister autrefois, et il a tout bonnement pensé à odorant. Il eût mieux fait, en somme, de s’en tenir à désodorisant, adjectif verbal de désodoriser.
    S’il nous objecte qu’une distinction entre déodorant, produit de toilette pour les soins corporels, — et désodorisant, produit destiné à neutraliser les mauvaises odeurs dans les habitations, dans les «petits endroits» et ailleurs, ne serait tout de même pas inutile, nous lui concéderons qu’il n’a peut-être pas tort; mais ce sera à l’Usage de décider.
    En attendant, nous estimons quand même que déodorant, si largement répandu par la publicité d’aujourd’hui — et admis déjà par le Petit Robert, par le Dictionnaire du français contemporain de Jean Dubois et autres, et par le Nouveau Petit Larousse (1970) — est, du point de vue de l’esthétique du frnaçais, un petit monstre venu d’Outre-Manche; c’est un vilain serpent de mer: ni sa tête ni sa queue ne nous
    disent rien qui vaille. L’Académie, par une mise en garde du 17 février 1966, a essayé de lui tordre le cou, mais sa croupe se recourbe en replis tortueux… Vivra-t-il? C’est l’avenir qui le
    dira.
    — Maurice Grevisse, Problèmes de langage, cinquième série. Duculot, 1970.

  • De toute façon, l’antisudorifique est plus efficace.

  • Merci à Bataille !

  • Enfin, pour une fois on ne pourra pas m’accuser d’être la seule à parler de vieux débats et de controverses inutiles. Bravo Bataille pour cet article si pénétrant! Je fais remarquer que Maurice Grevisse ne pipe mot d’anglicisme dans sa critique de «déodorant». Si ce dernier semble faire entorse à quelques principes de la formation des mots en français, il n’est pas seul, comme Grevisse le démontre si bien, et cela n’empêche qu’il est bien vivant aujourd’hui. N’en déplaise aux puristes.

  • J’ai oublié d’ajouter que j’entends souvent chez les jeunes de Montréal l’abréviation «déo» et jamais «déso».

  • En résumé, ces trois mots mentionnés, n’auraient-ils pas chacun une signification idéale ?
    Les déodorants ( à utiliser sur soi ).
    Les déodorisants ( à utiliser chez soi ).
    Les antisudorifiques ( servant à empêcher la sudation ).

  • Une certaine logique tordue mais souvent véhiculée m’inciterait à dire : L’important, c’est de sentir bon!
    Et vous, quel est votre «Secret» ?;)
    Une certaine logique tordue mais souvent véhiculée m’inciterait à dire : L’important, c’est de sentir bon!
    Et vous, quel est votre «Secret» ?;)

  • Avez-vous remarqué que les filles ne peuvent pas s’acheter de désodorisant (ou déodorant) ? À moins de s’acheter une crème inconnue trop coûteuse, tous les Dove, Lady Speed Stick, Degree pour elle ou Secret pour elle sont des antisudorifiques… contrairement aux hommes qui ont le choix. Étrange, non ?

  • Faisant suite aux propos de Mme. Pierrette Laberge au sujet de déodorant Désodorisant,et déo de la part des jeunes d’aujourd’hui,dans les années 1950 1960 on disait tu sents la B.O. qui voulait dire (body odor) Savon de marque LIFE BUOY qu’on ne voit plus aujourd’hui sur les tablettes des magasins.
    9body odor

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