Yves Boisvert

Jeudi 2 février 2012 | Mise en ligne à 13h57 | Commenter Commentaires (41)

D’un amphithéâtre à l’autre

photo La Presse

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Y a-t-il une ville un peu grosse ou moyenne au Québec qui ne veuille pas d’amphithéâtre?

Voici maintenant Laval, qui a un projet d’amphithéâtre multifonctionnel de 120 millions $. Le complexe aurait trois glaces et des gradins de 250, 2000 et 7000 places pour chacune d’elles.

Ottawa avait accepté de subventionner le projet. Mais voilà qu’on apprend qu’il doit servir de domicile au club école du Canadien de Montréal, les Bulldogs de Hamilton.

Pourquoi ne rien donner pour Québec et subventionner Laval?

Excellente question. Il n’y a aucune raison de mettre de l’argent fédéral dans ce projet. En termes de gestion des finances publiques, on ne voit pas pourquoi le gouvernement fédéral financerait un amphithéâtre pour déménager une équipe de hockey qui a déjà le sien à Hamilton.

Ce serait du pur gaspillage. Ottawa retire donc ses billes.

Quelle est par ailleurs la logique de financer par les impôts québécois en banlieue de Montréal un amphithéâtre de 7000 places qui servira de base à une équipe appartenant à un club très rentable?

Dans ce cas-ci, on vous dira: on en donne à Québec, pourquoi pas à Laval?

D’abord, en effet, le gouvernement du Québec verse beaucoup trop dans le projet de la capitale. Mais au moins, il jouit d’un soutien populaire et nul ne doute que ce futur Colisée sera rempli à pleine capacité.

Par ailleurs, Québec a réellement besoin de remplacer son actuel Colisée. Et n’a pas de grande salle de spectacle capable d’accueillir des événements d’envergure. Les gens de Québec assumeront la moitié des coûts. Le projet du maire Labeaume se défend donc à plusieurs égards.

Mais un club de la ligue américaine? C’est loin d’être une attraction majeure pour la région de Montréal –l’histoire démontre plutôt le contraire.

Et pourquoi verser encore des millions pour bâtir UNE AUTRE salle de spectacle dans une région qui n’en manque pas?

Ça n’a aucun sens économique. Si ça en avait, on n’aurait pas besoin de quêter des subventions à ce point là.

Quand on pense que pour beaucoup moins cher, on peut construire à Laval deux complexes comprenant un total de huit glaces, on peut se poser de sérieuses questions.

Tant mieux si Ottawa se retire du projet, un autre colisée de quêteux, en somme…

La bonne nouvelle là-dedans, c’est qu’il semble y avoir un début d’opposition un peu organisée à Laval!

Elle a réagi intelligemment et vigoureusement à ce projet hier.

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Mercredi 1 février 2012 | Mise en ligne à 23h00 | Commenter Commentaires (190)

Le discrédit du sénateur Boisvenu

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Ce matin, Pierre-Hugues Boisvenu a de nouveau prouvé qu’il n’a pas sa place comme législateur, et encore moins comme porte-parole du gouvernement en matière de justice et sécurité publique.

«Dans le fond, il faudrait que chaque assassin (ait) le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie.»

Il a rapidement retiré ses propos mais cela fait partie de la catégorie: mes excuses dépassent largement ma pensée.

Il dit également qu’il est contre la peine de mort… mais semble pour dans le cas des pires criminels –meurtriers en série.

Car voyez-vous, il y un problème économique à dépenser des millions pour les meurtriers, dit-il.

S’il avait étudié la situation américaine, il verrait que tout le système de la peine de mort est plus coûteux encore: appels qui n’en finissent plus, procédure de mise à mort, etc.

Et même si ce n’est que pour les crimes les plus graves qu’elle est appliquée, il se trouve qu’on a prouvé l’innocence de 138 personnes dûment déclarées coupables et condamnées à mort aux États-Unis pour des crimes horribles depuis 36 ans.

Les Américains exécutent d’ailleurs de moins en moins, vu les erreurs judiciaires prouvées ces dernières années.

Abolie au Canada en 1976, la peine de mort serait inconstitutionnelle aujourd’hui vu les jugements de la Cour suprême.

Mais revenons à la corde pour se pendre.

Ai-je entendu quelqu’un dire “le sénateur Boisvenu dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas”?

Non, le tout le monde ne pense pas ça tout bas.

Enfin, tout dépend de ce qu’on entend par penser.

Penser, évidemment, ce n’est pas seulement ressentir. Qu’un assassin d’enfants se suicide en prison ne m’empêche pas de dormir. Si je me dis: bon débarras, je dis ce que je ressens.

Est-ce à dire qu’il faut les encourager à se suicider?

C’est ici qu’il faut commencer à penser.

L’État a l’obligation de protéger la vie des détenus, y compris contre eux-mêmes.

À partir du moment où l’on suit la logique Boisvenu, mettez des cordes dans les cellules, dites-leur de se suicider, et la porte est grande ouverte à la barbarie pure et simple et aux sentences de mort privées. Les co-détenus pourront “suicider” les autres sans retenue. Les gardiens seront soupçonnés de participer à ces exécutions.

Faut-il rappeler au sénateur cet article du Code criminel, qui interdit de conseiller le suicide?

241. Est coupable d’un acte criminel et passible d’un emprisonnement maximal de quatorze ans quiconque, selon le cas :
a) conseille à une personne de se donner la mort;
b) aide ou encourage quelqu’un à se donner la mort,
que le suicide s’ensuive ou non.

Distribuer des instruments de suicide serait clairement aider ou encourager au suicide.

On comprend tous que la famille Boisvenu a beaucoup souffert, a dit Stephen Harper hier, en prenant ses distances de ses propos (retirés).

Bien sûr qu’on comprend. Mais on comprend aussi que s’il a fait beaucoup de travail pour aider les familles des victimes avec son organisme, comme sénateur, il semble de plus en plus incapable de parler avec suffisamment de distance des questions de droit criminel.

Il s’est discrédité comme porte-parole du gouvernement.

La peine et le ressentiment sont légitimes.

Mais ce ne sont pas des fondements valides pour les politiques gouvernementales.

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Mardi 31 janvier 2012 | Mise en ligne à 14h28 | Commenter Commentaires (131)

Quand le vote à 16 ans rejoint les idées de droite

photo faislebonchoix.org

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Donner le droit de vote aux 16-17 ans, comme voudraient le faire les délégués du PQ, ce n’est pas réformer la démocratie. C’est faire du clientélisme politique.

Drôle d’idée de vouloir entrer dans le concert des nations en faisant voter les adolescents.

Un argument intéressant “contre”: faudrait-il appliquer les peines criminelles d’adultes aux 16-17 ans, une fois qu’on leur aura permis de voter?

Car enfin, si on est assez vieux pour choisir un gouvernement, ne l’est-on pas pour assumer la pleine responsabilité criminelle de ses actes?

Faut choisir, les amis.

On est responsable ou bedon on ne l’est pas…

Les conservateurs nous disent qu’à 16 ans, on est bien assez vieux pour être responsable criminellement en toutes circonstances. Je ne suis pas d’accord, et les gens du PQ non plus sans doute.

Alors, ça fait drôle de voir un conseil national du PQ qui se conclut par une dénonciation enflammée et bien sentie des politiques des conservateurs de Stephen Harper, et qui va rejoindre sa logique sans même s’en rendre compte…

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