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Alain Brunet

Alain Brunet - Auteur
  • Alain Brunet

    Chroniqueur à La Presse, Alain Brunet est à l'affût des nouvelles tendances de la musique.
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    Le Lundi 15 mars 2010 | Mise en ligne à 14h16 | Commenter Commentaires (19)

    Le “folk de chambre” de Joanna Newsom

    joannanewsom mode

    Identifiez cette catégorie comme étant le folk de chambre, l’anti-folk ou le psych folk, Joanna Newsom en est actuellement la reine incontestée.

    Dimanche soir, je me suis rendu à l’inconfortable (mais ô combien branchée!)  Fédération Ukrainienne afin de me rendre compte du phénomène.

    D’abord le public. La moyenne d’âge est de 18-25 ans, audience constituée de visages pâles, fort probablement inscrits au cégep ou à l’université, très majoritairement anglos. Je ne sais trop comment l’expliquer, les francos de Montréal n’ont pas saisi ce phénomène, pourtant catalysé par la plupart des médias crédibles d’Amérique du Nord ou du Royaume-Uni. Je ne saurais m’expliquer pourquoi les chroniqueurs francophones ont mis du temps à réagir… ou même omis  de réagir.

    Chose certaine, les deux concerts de la Fédération ukrainienne ont été vendus en quelques minutes, m’assure-t-on du côté de la production. Il y a deux semaines, j’ai fait une demande d’interview qui m’a été refusée par une relationniste américaine  qui vient de je ne sais où, malgré mon insistance. Impossible de parler à Joanna Newsom, tellement en demande qu’elle n’accorde désormais que très peu d’interviews à des marchés de notre taille. Ben coudon…

    Je n’avais quand même pas l’intention de bouder mon plaisir malgré cete petite frustration, je me suis rendu de bon gré à cette soirée dominicale.

    Vers 21h30, les rideaux se sont ouverts de peine et de misère. Joanna Newsom s’y est présentée, souriante, cheveux châtains jusqu’aux hanches, élégante robe fuchsia. Très belle jeune femme de très bonne famille californienne, force est de… contempler !  On ne s’étonne pas qu’elle soit convoitée pour des shootings de mode, comme l’indique notre photo – tirée d’une séance de la collection Rodarte au  printemps 2009.

    Sur scène,  Miss Newsom est un peu moins spectaculaire, projette néanmoins l’image assez romantique merci d’une artiste de talent qui chante avec assurance et qui s’accompagne à la harpe avec dextérité, un peu moins habilement au piano.

    Essayons maintenant de comprendre le buzz.

    Les textes de Joanna Nesom sont fins et intelligents, sa musique est certes sophistiquée, sa maîtrise de la harpe n’est pas celle d’une virtuose mais l’usage qu’elle en fait pour servir son chant a de quoi épater la galerie. Lorsqu’elle touche les ivoires, le jeu est efficace quoique moins maîtrisé.

    Qui plus est, Miss Newson est accompagnée de musiciens de son type, bardes dont les zones de recherche varient entre la musique ancienne, le baroque, les  folklores balkaniques ou méditerranéens, le gospel,  un chouïa de rock, sans compter un demi-siècle de folk anglo-saxon qu’ils semblent avoir absorbé. L’instrumentation y est certes singulière: guitares, mandole, percussions, trombone, flûtes à bec, violons, harpe , piano.

    Les chansons de Joanna Newsom sont des poupées russes; elle comportent multiples phases de développement, micro-mouvements qui s’élaborent souvent pendant une dizaine de minutes. Impossible qu’on les diffuse intégralement (ou même partiellement) à Radio-Énergie ou sur le réseau Corus, vous vous en doutez bien.

    J”apprécie toute cette intelligence et cette finesse et je me réjouis d’autant plus que des dizaines de milliers de jeunes gens découvrent une Kate Bush de leur génération.

    Honnêtement itou, je ne peux dire avoir été conquis  par Joanna Newsom, dont la voix trop affectée (haut perchée, nasillarde par moments, affublée de vibratos parfois insistants) et le côté un peu trop bcbg/ songé m’a paru bien plus évident sur scène que sur son tout récent album triple – duquel j’ai coté 4 étoiles (une note que je maintiens) et  Pitchfork a accordé sa meilleure note de l’année dans la catégorie “best new albums”. Le même Pitchfork qui a planté Wooden Arms de Patrick Watson il y a quelques mois…

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    Le Vendredi 12 mars 2010 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Commentaires (46)

    Ces Montréalais qui chantent en anglais / The Besnard Lakes

    The_Besnard_Lakes_Are_the_Roaring_Night-The_Besnard_Lakes_480

    The Besnard Lakes Are the Dark Horse, le deuxième album de la formation montréalaise, m’avait  impressionné pour ses riches strates de rock, magnifiques sédiments de sons,  cordes soyeuses et chant choral , le  tout grillé à souhait sur des charbons ardents.

    Y avait-il lieu cette fois de craindre un anti-climax ? Au terme de plusieurs écoutes cette semaine, mes appréhensions se sont très rapidement évaporées.  Pour être clair, The Besnard Lakes m’ont carrément  jeté sur le cul avec cette  épique Roaring Night.

    Depuis Funeral d’Arcade Fire, aucun groupe rock de la scène indie anglo de Montréal n’a créé un album de cette trempe.  Depuis Funeral,  je ne peux identifier un groupe  anglo-montréalais ayant proposé un opus de cette puissance. Bien sûr, j’exclue le travail Patrick Watson, qui évolue dans une esthétique qu’on ne peut apparenter au rock. J’exclue  également Rufus Wainwright,  dont la production s’inscrit dans un certain classicisme pop.

    Très rock, donc. La douceur  et  l’acreté y sont exacerbées, Lucifer et  Dieu le Père y partagent le même condo. Voilà le clash suprême entre la douceur et de l’aigreur, entre le péché et la bonne action.

    The Besnard Lakes are the Roaring Night nous propose un fabuleux space rock du troisième millénaire.  Les Beach Boys y fusionnent avec My Bloody Valentine, Thee Silver Mount Zion et Godspeed You Back Emperor!  Le hard  rock, le psychédélisme des années 60-70, le shoegazing des années 80 y sont (entre autres)  les  matériaux d’une nouvelle vision.

    Olga Goreas, Jace Lasek, Kevin Laing et Richard White exploitent brillamment cette dualité aigre-douce, cette fois sans cordes mais avec une foule d’instruments anciens qu’ils propulsent dans l’avenir  – Fender Rhodes, orgues Hammond, cors, Mellotron, chambre d’écho, etc.

    Des voix humaines surplombent des palissades de distorsion, d’épais sédiments de sons “naturels”  servent une instrumentation très rock:  guitares acidulées à souhait, rythmes costauds invariablement binaires, structures simples au service d’hymnes saisissants, exprimés par un chant choral parfaitement adapté aux voix des solistes. Très rarement les voix harmonisées, masculine ou féminine, créent un tel impact sans dériver dans quelque maniérisme.

    Souhaitons que The Besnard Lakes  irradient la planète rock, rien de moins.

    Le lancement officiel a d’ailleurs  lieu ce vendredi au Il Motore.

    En attendant le vrai show:

    La page MySpace

    Le site officiel

    Besnard Lakes

    Et un clip amateur tourné au Japon sur la chanson Albatross, encore plus incendiaire que la pochette de l’album.

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    Le Jeudi 11 mars 2010 | Mise en ligne à 10h27 | Commenter Commentaires (40)

    Ces Français qui chantent en anglais / Phoenix

    phoenix-band-1

    D’accord, d’accord. On  passe à un autre sujet après ce qui suit. Enfin, très bientôt car on vous réserve une dernière  salve dans notre édition de samedi…

    Bien sûr, on n’aura pas vidé cette sempiternelle question…  Je me souviens avoir abordé le même sujet dans mes premiers articles, c’est-à-dire au début des années 80 !  Notre inquiétude face à la montée de l’anglais dans la francophonie revient sporadiquement sur le tapis, un peu comme le ménage du samedi et le sarclage printanier du jardin.

    Vous savez, je ne serais nullement surpris que les Victoires françaises rajustent le tir l’an prochain en privilégiant une nouvelle vague de pop et de chanson françaises. Comme nous, francophones d’Amérique,  l’avons fait déjà à quelques reprises après nous être inquiétés vachement d’une croissance  exagérée des contenus anglos créés par des francos. Ces vagues  ne sont pas d’hier, au risque de me répéter. Il s’agit de rester vigilants… sans capoter.

    Personnellement, je n’ai rien contre quiconque chante en anglais, en autant qu’il maîtrise la langue. C’est le résultat qui compte.

    En autant que la production française reste en bonne santé et majoritaire au sein de l’espace francophone, il n’y a pas lieu de s’opposer aux incursions de francophones dans le marché anglo. Non, il n’y a pas lieu de verser dans la crispation identitaire. Ne sommes-nous pas à l’époque des multiples assomptions culturelles ? Des identités doubles voire triples ? En ce qui me concerne, c’est bien mieux ainsi.

    En autant que l’espace francophone mondial puisse vraiment progresser, devenir beaucoup plus cohésif qu’il ne l’est actuellement (point de vue chanson, en tout cas, notre relation est plutôt poche avec les cousins!), je ne m’inscris pas en faux contre le bilinguisme des Français et de ces petits groupes qui tâtent de l’anglo… à moins qu’ils  se déploient au détriment des expressions locales, régionales ou nationales.

    Bien entendu, lorsqu’on écoute des bands assez ordinaires comme Pony Pony Run Run, on peut se désoler. Or il y en a d’autres, nettement supérieurs à ce qu’on a pu entendre aux Victoires samedi dernier.

    Prenez Phoenix, qui a remporté en janvier le  Grammy du best aternative music album, véritable, exploit dans un marché aussi chauvin que l’américain.

    Vous avez écouté l’album Wolfgang Amadeus Phoenix, sorti  l’an dernier et dont la chanson 1901 a fait le tour de la planète pop  ?  Vous en avez écouté un extrait malgré vous: c’est l’excellent groove dans la  pub de Cadillac ! Voilà un exemple probant de pop anglophone réussie par des non anglophones. On se fout complètement de leurs origines françaises, de leur petite bourgoisie versaillaise, de leur présumée acculturation.

    Phoenix fait de la très bonne pop, tout simplement .

    Leur page MySpace.

    Leur site officiel.

    Leur bio sur wiki.
    1901 collaboration video

    PHOENIX | MySpace Music Videos

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