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Alain Brunet

Le Jeudi 19 Novembre 2009 | Mise en ligne à 20h12 | Commenter Commentaires (50)

Lang Lang… pourquoi bang bang ?

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“Lang Lang a joué sa demi-heure de Prokofiev avec la technique étincelante que l’on sait. À cet égard, je lui donne 10 sur 10. Mais il manquait à ses deux Allegros la force écrasante d’une Argerich, par exemple, et les variations du mouvement lent central glissaient souvent dans le maniérisme. Ici et là, Prokofiev indique un absolu: «delicatissimo». Lang Lang parvient à en rajouter.

Dans sa critique de Lang Lang jouant le Concerto pour piano et orchestre no 3, en do majeur, op. 26 (1917-21) de Prokofiev, Claude Gingras  reproche le maniérisme extrême du pianiste chinois, sans compter les libertés qu’il se permet en ajoutant des effets non prescrits par la partition. Mon collègue est loin d’être le seul critique à voir les choses ainsi.

Mardi, rapporte-t-il par ailleurs, Lang Lang avait joué en rappel  l’Étude op. 25 no 1 de Chopin, “complètement défigurée par des rubatos à n’en plus finir”.

Mercredi, le pianiste a choisi pour rappel l’Étude Op.10 No.3 en mi majeur du même Chopin. Certains accents de son interprétation, j’imagine, ont été aussi jugés extravangants voire déplacés par moult connaisseurs.

J’ai assisté au concert de mercredi à la Wilfrid.  Lorsque Lang Lang a mis la pédale au fond dans les deux Allegros de Prokofiev, je n’ai pas pensé à Martha Argerich ou autres comparatifs. Je me suis plutôt retrouvé au fond de mon fauteuil, éberlué par cette technique hallucinante. 10/10 à n’en point douter.

Quant aux excès d’extraversion du musicien, j’admets avoir agacé parfois, mais aussi amusé ou même touché. En fait, je commence à peine à en comprendre les motivations conscientes ou inconscientes, puisque j’achève la lecture du Piano absolu (éd. JC Lattès), autobiographie de Lang Lang parue l’an dernier.

Qu’est-ce qui pousse donc Lang Lang à se trémousser, frétiller,  se démener comme un Liberace dans sa piscine en forme de piano ?

Il faut se rendre compte d’où provient ce supravirtuose dont le statut de pop star attire un public profane - oui oui, ça applaudit entre les mouvements…

Je ne suis pas psy, je réalise néanmoins ce qu’a traversé le jeune homme dans un pays où s’exercent 25 millions de pianistes. Deux parents qui n’ont pu réaliser leur rêve de devenir musiciens et qui ont tout misé sur leur fils unique. Un père autoritaire et complètement obsédé par la réussite de l’enfant, au point de quitter son emploi à Shenyang afin que Lang Lang puisse étudier au conservatoire de Pékin.

Il faut lire cette scène bouleversante où le paternel, devenu fou furieux après qu’une prof ait statué que son génie de fils n’avait pas le talent pour mener des études supérieures en interprétation, suggère au petit de se suicider et d’ainsi éviter la honte de rentrer bredouille dans son bled.  Bien pire que les pères capotés de Mary Pierce ou Stefi Graf ! Par la suite, raconte fiston,  papa a eu honte d’avoir ainsi disjoncté…

Comme on le sait, Lang Lang a triomphé de l’adversité. Paradoxal, néanmoins. S’il n’avait pas eu un père aussi autoritaire et déterminé à ce qu’il devienne le plus grand pianiste de Chine, Lang Lang serait-il la superstar qu’il est ? Enfin… Appliquées par des parents qu se projettent dans leur progéniture, ces méthodes restent répréhensibles en ce qui me concerne.

Libéré de ce carcan psychologique et de cette pression de réussir, le célébrissime pianiste en a sûrement gardé quelques séquelles entre les oreilles.  J’ose croire que ces extravagances pianistiques, bien qu’elles soient loin de faire l’unanimité dans le milieu classique, symbolisent pour lui l’assomption de sa célébrité et, bien plus encore, le bras d’honneur qu’il tend à toutes les crispations auxquelles il a été soumis durant la plus grande partie de son existence.

En terminant, un petit jeu : comparons Lang Lang à Martha Argerich sur le même terrain. Tant qu’à y être !

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Le Dimanche 15 Novembre 2009 | Mise en ligne à 14h40 | Commenter Commentaires (286)

Rentrée de Leloup: le roi Ponpon reprend son trône

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Le roi Ponpon m’avait  plutôt agacé au Gala de l’ADISQ, il y a une paire de semaines. Rappelez-vous notre quadragénaire prodigue qui jouait les rebelles de la rock attitude. Chantait faux. Jouait mal. Gueulait fort. Massacrait sa musique devant ses pairs mal à l’aise au parterre - et non pas scandalisés comme certains l’auraient souhaité… Gros “statement” ? Le chien dans le jeu de quilles ? Bien piètres aboiements, en ce qui me concerne.

Il était permis de douter de sa rentrée qui suit la sortie printanière de Mille excuses milady, un album de 17 chansons. Ça ne pas renversé mais ça  m’a plu, surtout pour les textes et l’efficacité pop au final. Malgré ce côté garage-ado-attardé, malgré une certaine redondance des structures harmoniques et des mélodies qui s’en dégagent, Mille excuses comporte de très bonnes chansons.

Restait la scène. Alors là… Depuis l’épisode erratique de Québec l’an dernier, les frasques de l’animal laissaient craindre le pire.
À la veille de ce doublé automnal au Métropolis, je ne cachais pas faire partie des sceptiques. Je me suis quand même rendu samedi, d’autant plus que les échos de la veille étaient généralement positifs voire très positifs - lire le compte-rendu de Marie-Christine Blais.

Après une petite heure à l’écoute du jeune Parisien Babx au Cabaret Juste pour Rire (ce mec fera son chemin, je vous assure), je me suis pointé au Métropolis.  Archi-plein. Ambiance d’enfer.  Surtout des jeunes au rendez-vous, têtes âgées en minorité visible.

Leloup y rebondit avec l’aplomb essentiel aux grandes soirées. Formation simple, compétente et costaude, un de ses meilleurs bands à vie – pour la scène j’entends- deux blacks de talent que je ne connais pas (basse et claviers, Montréalais d’origine ivoirienne m’a-t-on dit), l’excellent Alain Bergé à la batterie et notre animal à la Fender. Qui joue-joue de la guitare à souhait, soyez-en assurés. Qui s’époumone à qui mieux mieux. Leloup au top de sa forme ? Mets-en.  De surcroît, il est à bord d’un bel engin qui rocke et qui funke et qui lorgne même un tantinet du côté des îles ou de l’Afrique. Puissante machine au service de ses rimes très majoritairement maîtrisées, puisées du Dôme à Mille excuses. Plus rock en première partie, légèrement plus calme en seconde. Une fois de plus, on se dit que notre instable préféré écrit vachement bien lorsqu’il est question de textes de chansons. De nouveau, on se dit que le mythe marche rondement.

Ainsi, contre toute attente, les ingrédients d’une grande rentrée ont été réunis. Que les doutes se dissipent jusqu’au prochain brouillard, Leloup est encore le king. Quoi qu’on pense de ses errances et de sa cour de jouvenceaux qui le scotchent à sa jeunesse déjà lointaine (sans qu’il oppose quelque résistance… on peut le comprendre !), quoi qu’on dise de ses velléités de desperado et de conteur halluciné, le roi Ponpon a bel et bien repris son trône.

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Le Samedi 14 Novembre 2009 | Mise en ligne à 16h38 | Commenter Commentaires (15)

Shamma, Khan, Pinana: la grande maîtrise au Festival du monde arabe

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Le Festival du monde arabe de Montréal a atteint un sommet, vendredi  13 novembre au Théâtre Maisonneuve.  Trois univers sonores, trois grandes traditions, trois maîtres ont fait vivre  à l’auditoire une rencontre de très haut niveau.

Du Pakistan, Ashraf Sharif Khan, un des plus éminents sitaristes de sa génération.

D’Espagne, Carlos Pinana, en voie de devenir une figure marquante de la guitare flamenca à l’ère des métissages universels.

D’Irak (mais résidant au Caire), Naseer Shamma, un maître et un visionnaire de l’oud, de surcroît l’initiateur de cette rencontre inédite. Et que l’on n’aurait peut-être pas imaginée il n’y a pas si longtemps.

Depuis l’ère psychédélique, l’Occident a découvert la musique classique indienne, la très ancienne musique gnawi dans les zones sahariennes, les musiques d’Afrique de l’Ouest, celles de l’arctique et bien plus encore.

Parmi les découvertes encore récentes dans l’univers des musiques du monde, la culture arabe a enrichi notre imaginaire au cours des derniers dix ans, d’autant plus que le Festival du monde arabe de Montréal a mis l’accent sur le présent et l’avenir tout en nous initiant à moult raffinements encore trop peu connus en Occident. Qui plus est, l’angle inclusif de la programmation du FMA a permis des hybridations intéressantes, parfois moyennes ou mêmes erratiques.

Or, des sommets ont aussi été atteints.

Dont celui de vendredi, à n’en point douter.

Au Théâtre Maisonneuve, la communauté arabo-montréalaise a partagé ce programme  formidable avec une cohorte importante de mélomanes de toutes origines. Inutile d’ajouter que la musique l’a emporté haut la main sur toutes considérations nationales, raciales ou communautaires.
Maqâms irakiens, ragas indo-pakistanais et cycles flamencos ont trouvé un terrain commun. Improvisations en solo, duo ou trio, compositions originales se sont enchaînées dans  le cadre d’une entente optimale.

Non, ce n’était pas le mariage convenu de musiques classiques, imbrication de conventions statiques, mais bien la rencontre inédite de musiques contemporaines enracinées dans leurs traditions. Et dont les racines courent bien au-delà de leurs terres d’origine.

Cers maîtres sont capables de formidables réformes, et nous n’en avons peut-être entendu que les  préliminaires !

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