

La soirée de jeudi, la première du festival Jazz en rafale, s’est terminée vers minuit trente. À l’Upstairs, le quintette de Dave Watts présentait le contenu de Will It Rain, son premier album en tant que leader. Plus tôt , l’Astral était plein pour y accueillir le trio du pianiste israélien Yaron Herman, auquel s’était joint un quatuor à cordes local.
Deux concerts de jazz d’affilée un jeudi de mars, sur les mêmes lieux qu’occupe le Festival international de jazz de Montréal, avec des moyens infiniment plus modestes. Voilà qui est de bon augure pour les mois qui viennent ! Il y a lieu de se réjouir, même en cette période d’austérité au chapitre du financement des arts, je parle des formes qui ne peuvent s’émanciper avec les strictes forces du marché. Le jazz en est un bon exemple.
Ainsi, pour une dixième année consécutive, le petit festival lancé par les fondateurs de l’étiquette Effendi inaugure le solstice du jazz montréalais. On y passe généralement deux week-ends à l’écoute d’artistes de grande qualité. Et on se remet à réfléchir un peu sur la sempiternelle problématique du jazz local.
On pourrait, par exemple, s’interroger sur le contenu de la programation de Jazz en rafale, qui sert d’abord les intérêts des artistes du label Effendi , soit l’instigateur de l’événement. Mais bon, puisqu’ il est déjà très difficile de produire du jazz local, il y a d’autres chats à fouetter !
Et faire ce constat général: le niveau du jazz montréalais n’a jamais été aussi élevé. En attendant ma bière au bar de l’Astral, je parlais hier à l’excellent pianiste et professeur Luc Beaugrand, qui confirmait ce que d’aucuns observent : jamais les jeunes musiciens locaux n’ont été aussi solides qu’en ce moment. La qualité des programmes d’éducation a produit des instrumentistes aguerris… et prêts à faire face à une réalité parfois cruelle…
Il y a quand même lieu de se réjouir, dois-je répéter. Doit-on, au fait, s’étonner des participations de plus en plus régulières de l’élite jazzistique mondiale aux projets de musiciens montréalais ? Plus maintenant. On doit tout simplement applaudir et encourager ces initiatives qui ne cessent de se multiplier.
La semaine dernière, l’Upstairs accueillait le superbe batteur Matt Wilson, un projet bellement mené par le saxophoniste et compositeur Joel Miller.
Cet hiver, la pianiste et compositrice Marianne Trudel a invité Mark Feldman et Tony Malabi dans le cadre de deux projets distincts présentés à l’Upstairs.
Jeudi soir à l’Astral, un quatuor à cordes local (Mélanie Bélair, Chantal Bergeron, Gwendolyn Smith et Ligia Paquin) accompagnait le trio du pianiste Yaron Herman.
Vendredi et samedi à l’Upstairs, le saxophoniste Samuel Blais invite le contreassiste Larry Grenadier à se joindre à son ensemble.
Ce vendred également, le pianiste François Bourassa partagera la scène avec le pianiste français Jean-Michel Pilc.
Ce samedi l’Astral, le saxophoniste André Leroux accueillera le batteur Ari Hoenig au sein de son quartette.
La semaine prochaine à l’Astral, le tromboniste Richard Gagnon invitera le super tromboniste Steve Davis, puis le guitariste Sylvain Provost jouera en duo avec le guitariste français Sylvain Luc.
Le même week-end à l’Upstairs, le contrebassiste Brian Hurley invitera le guitariste new-yorkais Peter Bernstein à se joindre à sa formation.
En avril prochain, le grand batteur Brian Blade et le pianiste John Cowherd participeront au projet contrebassiste Fraser Hollins. Imaginez ! Brian Blade à l’Upstairs !
Voilà autant de signes probants de la santé jazzistique de Montréal. La prochaine étape ? Un meilleur financement, bien au-delà de notre système d’éducation. Et de vraies carrières internationales pour nos meilleurs.
Pas évident…










sseb
19 mars 2010
15h24
À Mtl, est-ce que le Jazz est populaire parmi toutes les tranches d’âge, ou si l’intérêt est plus marqué chez certains groupes?
atchoum
19 mars 2010
17h14
À peu de choses près, je pense que ça doit ressembler pas mal au public de la musique classique. La tranche de la population qui grandit en écoutant du jazz doit être assez mince. Et les ados qui ont des posters de James Carter ou John Coltrane sur leurs murs doivent être encore rares…
alainbrunet
19 mars 2010
17h29
@sseb
Le jazz, c’est un peu comme la musique classique, la littérature de pointe, le cinéma d’auteur, les arts visuels. Une portion minoritaire de chaque tranche d’âge s’y intéresse. Bien sûr, plus on se cultive, donc plus on prend de l’âge, plus on risque de s’y intéresser. Les statistiques mondiales des ventes de musique enregistrée nous indiquent que le jazz occupe environ 3,5% des parts de marché. Par contre, ces parts sont sensiblement plus élevées dans les grandes capitales du monde , ça peut monter au delà de 10%.
radiojazzplus.com
19 mars 2010
22h37
@sseb
La plupart de nos auditeurs se trouvent en France (près de 50%). Le reste du monde se partage l’autre moitié dont le tiers se trouve au Québec et la région d’Ottawa.
Nous diffusons du jazz du monde entier sans frontières : 25% de jazz contemporain, 25% de jazz africain, 25% de jazz vocal en français, 25% de jazz caribéen, (qualité proche du CD) 24h/24, 7/7 jours, depuis 2005, en direct de Montréal.
vanbasten
19 mars 2010
22h38
@ sseb.
Disons qu’il y a deux groupes distincts qui assistent régulièrement à ces spectacles, d’une part la poignée d’irréductibles de chacune des différentes chapelles du jazz (Ceux qui vont à l’Off, ceux du Suoni, ceux du gros festival et les rares cannibales comme moi qui bouffent tout ce qui bouge) et les étudiants en musique qui y assistent par devoir.
En termes d’âge, disons que la moyenne est pas mal plus élevée qu’à un concert des Jonas Brothers, mettons.
J’ai d’ailleurs assisté à un fort fascinant et plutôt rare exercice qu’est le duo de piano. Je n’en ai pas assez vu dans ma vie pour pouvoir vraiment comparer et évaluer mais je peux vous dire que je fus rassasié
Petite question pour finir , qu’attend-t-on pour ramener Pilc avec sa formation régulière, d’autant plus que par votre plume monsieur Brunet, j’ai appris que l’excellent et trop rare Lew Soloff y en faisait partie ? Faut dire que le reste du quatuor n’est pas piqué des vers non plus.
vanbasten
19 mars 2010
22h40
Woops oubli majeur , évidemment le spectacle dont je parle dans mon commentaire précédent est bien sur celui de Bourassa et Pilc de ce soir.
buggly
20 mars 2010
03h21
@ alain brunet
“Bien sûr, plus on se cultive, donc plus on prend de l’âge, plus on risque de s’y intéresser.”
J’ai failli m’étouffer dans mon café – oups dans ma bière – en lisant ce court essai sociologique portant sur les futures habitudes de consommation des jeunes adultes.
Mais j’ai une question à vous poser (non, 2 en fait). Combien chaque semaine écoutent la Poule aux oeufs d’Or à TVA et quel est le groupe cible de ladite émission ?
C’est une blague :) Que de démagogie
alainbrunet
20 mars 2010
14h38
@buggly
Franchement, je ne saisis pas ce qui vous étonne dans cette observation. C’est bien connu: si on trippe rock, électro, hip hop ou pop de création, on risque de poursuivre l’aventure en explorant d’autres musiques. Je connais plein de gens qui se sont mis au jazz et la musique classique en fin de vingtaine, dans la trentaine ou la quarantaine, sans se couper pour autant de la pop culture de qualité qui les a d’abord allumés. Ce n’est pas un parcours assuré, bien entendu. Quand je dis qu’un amateur de musique sur 10 aime la musique classique et/ou le jazz, ça reste forcément minoritaire. Bien sûr, la variété continue de dominer largement l’imaginaire des masses…
Vous respirez mieux maintenant ?
alainbrunet
20 mars 2010
14h45
@vanbasten
En fait, Lew Soloff ne fait pas partie d’un ensemble de Pilc, c’est plutôt le contraire. Un des rares gigs du pianiste français en tant que sideman.
J’étais aussi au duo Bourassa-Pilc. Très bien n’est-ce pas ?
Je suis allé ensuite à l’Upstairs pour le trio Samuel Blais-Robbie Kuster-Larry Grenadier, que je vous conseille fortement ce soir. Excellentes compositions de Grenadier et Blais. Étonnante cohésion pour des gars qui ont peu répété.
vanbasten
20 mars 2010
16h35
@ Alain Brunet Que un soit le leader ou l’autre, n’en demeure pas moins qu’amener ce carré d’as devrait être une priorité pour nos programmateurs.
Pour Grenadier et Cie, disons que mon défi ce soir sera de réussir à voir les prestations à L’astral et de l’Upstairs dans les meilleures condition possibles en dépit de l’horaire serré imposé.
alainbrunet
20 mars 2010
17h15
@vanbasten
Voilà un des nombreux exemples qui devraient se retrouver parmi les choix des programmateurs. Bientôt, d’ailleurs, on va se faire un blogue sur ce que les fans de musique aimeraient trouver dans les programmations de nos festivals.
Pour les deux concerts de ce soir, c’est tout à fait envisageable, car le second set commence à 22h30 à l’Upstairs – environ 15 minutes à pied de l’Astral.