
Ceux et celles qui me lisent savent que je ne me pâme pas à l’écoute de Norah Jones, dont je n’aime finalement beaucoup que le premier album. Je l’ai vue une paire de fois sur scène, j’ai trouvé ses performances ennuyeuses au possible. Je ne vais pas jouer les durs pour autant car j’ai décroché il y a plusieurs années et j’imagine que la chanteuse et musicienne a gagné en autorité depuis lors.
Cette femme n’est ni visionnaire ni virtuose de quoi que ce soit mais… on ne peut nier son talent à exercer ce métier sur le territoire de la chanson populaire de qualité.
Le printemps dernier, Danger Mouse et Daniele Luppi l’ont bellement utilisée dans un projet de musiques de films à l’italienne, le très potable Rome qui comprend également la participation de Jack White. Encore là, un exercice de style mais un exercice bien fait.
Voici le plus récent: For The Good Times, deuxième album des Little Willies.
Revoilà la chanteuse au sein d’un groupe qu’elle chérit: The Little Willies, projet exclusivement consacré aux relectures americanas et dont le premier album (sans titre) fut lancé en 2006.
Quel est l’intérêt de faire dans le muséal et la conservation ? Les enregistrements ne servent-ils pas à cela ? Spontanément, je répondrais par la positive. Après réflexion, je trouve valable l’exercice de ces fervents trentenaires, qui consiste à reprendre le matériel de sexagénaires, septuagénaires et octogénaire. Pourquoi un tel exercice a-t-il encore son utilité ? Parce qu’une forte portion des fans de Norah Jones n’aurait pas la puce à l’oreille si elle et ses potes ne l’introduisaient pas. Ils deviennent ainsi des passeurs de tradition et contribuent à actualiser légèrement les propositions de leurs aïeux.
Le personnel est le suivant:
* Norah Jones, piano et voix soliste.
* Richard Julian, guitare et voix soliste – non sans rappeler Lyle Lovett.
* Lee Alexander, basse et choeurs.
* Jim Capilongo, guitares et choeurs.
* Dan Rieser, batterie et choeurs.
Le corpus est le suivant:
* I Worship You, de Ralph Stanley.
* Remember Me, de Scott Wiseman.
* Diesel Smoke, Dangerous Curves, de Cal Martin.
* Lovesick Blues, d’Irving Mills et Cliff Friend.
* Tommy Rockwood, de Jim Campilongo – la seule chanson originale au menu.
* First City, de Loretta Lynn.
* Permanently Lonely, de Willie Nelson.
* Foul Owl on the Prowl, de Quincy Jones et M. Bergman.
* Wide Open Road, de Johnny Cash.
* For The Good Times, de Kris Kristofferson.
* If You Got The Money, I’ve Got The Time, de Lefty Frisell.
* Jolene, de Dolly Parton.
Country, blues et folk classiques, somme toute. Muséal ? Assurément. Instructif ^ Assurément. Agréable ? Assurément. Marquant ? Aucunement.
Liens utiles










_boulga
23 janvier 2012
14h10
Super set-list pour un martini-bar sur le strip à Vegas.
Ou comme fond sonore de banlieusard voulant recréer l’ambiance d’un martini-bar sur le strip à Vegas.
Y’a un marché pour ça, mais je passe mon tour…
Arthon
23 janvier 2012
14h15
Probablement parce que je suis pas mal trop jeune pour connaître la plupart des enregistrements originaux, j’aime bien ce que j’ai entendu de ce disque. Je trouve d’ailleurs le guitariste Jim Capilongo fort doué.
aube_radieuse
23 janvier 2012
15h11
Ses albums me laissent assez indifférent, je ne les ai même pas tous écoutés en fait… Mais elle a quand même une très belle voix chaleureuse et ses collaborations avec Willie Nelson sur l’hommage à Ray Charles (avec Marsalis), par exemple, sont plutôt réussies. Ils semblent avoir une belle complicité d’ailleurs (comme sur Cryin’ Time)ou ici pour l’anniversaire de ce bon vieux Willie :
http://www.youtube.com/watch?v=pU9hWiYjVTY&feature=related
Elle avait aussi fourni cette belle chanson sur la trame sonore de My Blueberry Nights. (Le lien n’est pas pour le visuel…)
http://www.youtube.com/watch?v=NU2wn9L0DXc
Je n’ai rien contre les Little Wilies non plus. Je ne vais pas écouter ça à répétition chez moi, mais des chansons comme Lou Reed ou comme Love Me et Lovesick Blues bien reprises, je n’ai rien contre. Elle semble bien connaître ses classiques en tout cas!
_renaud
23 janvier 2012
15h58
hs…
Le nouveau Cohen est disponible sur espace.mu
timag
23 janvier 2012
16h23
Vous avez bien raison Alain, je les suis depuis un bout, mais vous faites l’erreur de confondre Lee Alexander et Richard Julian qui lui est le soliste à la Lyle Lovett et tout qu’un à part de ça, un habitué de la scène folk new-yorkaise. Lee Alexander est l’ex de Norah et est à la base sur ce projet.
alainbrunet
23 janvier 2012
16h28
Oupse, c’est une erreur d’inattention, fouillez-moi pour justifier cette inversion. Je savais pertinemment que Richard Julian était le chanteur et que Lee Alexander était le bassiste, choriste, cofondateur des Little Willies et l’ex de Norah. C’est lui, d’ailleurs, qui était son directeur musical la première fois qu’elle a joué à Montréal en 2002 – au Club Soda. Vous y étiez ? C’est à ce premier show que je fais référence et au suivant (encore plus plate) à la PdA.
timag
23 janvier 2012
18h17
Non je n’y étais pas, je travaille fort pour cultiver mon folk de mon ordi, là je suis sur-figuré-Gretchen Peters, ça semble bien.
James Taylor à Mtl pour le Jazz Festival, je monterai peut-être. M. Brunet, pendant que je vous ai au bout de la ligne, il m’est arrivé une expérience folk dernièrement que j’aimerais partager avec un connaisseur. J’ai lu les “Chronicles” de Dylan le mois dernier et en fus totalement scié. Je m’attendais à satisfaire une certaine curiosité mais surtout pas à tomber sur un livre du niveau d’écriture de Kirouac ou Henry Miller et je ne parle pas à travers mon chapeau j’ai beaucoup fréquenter ces écrivains. Mais quel artiste ce Dylan, probablement le plus grand artiste vivant présentement, hors norme et quelle culture, époustouflant. J’avais lu qu’il avait été mis en nomination pour le Nobel de la littérature, je me disais ouais, Jean-Loup Dabadie est bien à l’Académie française, pourquoi pas Dylan nominé au Nobel mais je ne le savais pas si bon écrivain et je me disais que Béart avait raison contre Gainsbourg dans leur célèbre engueulade à l’émission de Pivot.
Excusez-moi ce détour, je reviens à Norah et Richard, voici ma préférée découlant de leur collaboration.
http://www.youtube.com/watch?v=EwdXuJJwLM0
alainbrunet
23 janvier 2012
19h20
@timag
Dylan nobelisable ? Pour ma part, oui. Quel être supérieurement doué.
unholy_ghost
23 janvier 2012
20h06
…et Leonard Cohen, deuxième Nobel de littérature québécois.
hardy_canyon
23 janvier 2012
21h58
Vous dites « Agréable ? Assurément. ».
J’écrivais récemment que ces P’tits Willie me mettaient la banane. Hé bien c’est ça. Je suis d’accord avec votre critique. Il n’y a rien d’innovateur ou de transcendant là-dedans, mais c’est réjouissant à écouter, même si, pour peu qu’on s’y attarde, les textes se révèlent lourds de chagrin d’amour, de haine, de mélancolie, de regrets, de résignation ou de désespoir mal dissimulé : la bouillante Loretta qui promet à sa rivale potentielle une escapade à Fist City si elle continue de lorgner son amoureux; la douce et vulnérable Dolly qui supplie Jolene de ne pas lui ravir son cavalier, même si ce serait si facile; Willie qui rappelle à celle qui lui a brisé le cœur qu’il s’en remettra bientôt, tandis qu’elle sera seule à jamais; Johnny qui dit à sa belle de prendre la porte puis la route, mais qui se ravise en lui précisant que ladite route peut aussi la ramener chez lui; Kris qui demande à sa future ex de faire semblant de l’aimer, une dernière fois, pour leur rappeler le bon vieux temps.
Brèfle, j’aime bien. J’aime qu’on respecte les anciens, qu’on leur rende hommage avec goût et humilité. Qu’on transmette leur culture. D’ailleurs, cet album peut servir d’introduction mollo à l’americana, de rétro-tremplin pour ceux qui voudraient aller goûter aux originaux.
Par ailleurs, j’ai moi aussi des réserves quant au travail de la charmante Norah. Vous aimez son premier album? Vous êtes plus indulgent que moi. Après l’avoir écouté la dernière fois, il y a dix ans, j’ai dû aller me laver les oreilles avec du Children of Bodom. Mais avec les P’tits Willie, c’est différent. Ce n’est pas Norah-Norah, c’est Norah encadrée par une bande de cracks de la musique américaine.
hardy_canyon
23 janvier 2012
22h12
« Mais avec les P’tits Willie, c’est différent. Ce n’est pas Norah-Norah, c’est Norah encadrée par une bande de cracks de la musique américaine. »
Gulp. Je m’auto-rectifie : sur son deuxième album, Norah-Norah s’était tout de même notamment entourée de Garth Hudson et Levon Helm, rien que ça. Si ces deux-là ne sont pas des cracks de musique américaine… Et Brian Blade. Re-gulp. Faudrait que je réécoute tout ça tranquillement.
suchie
23 janvier 2012
22h56
Même pour écouter avec un Martini… c’est une musique qui est trop country à mon goût. À vrai dire, ça m’énerve. Mais je reconnais le talent vocal de Norah, même si son genre musical sweet-sirupeux me donner des caries.
suchie
23 janvier 2012
22h59
“me donne des caries”, désolée!
_boulga
24 janvier 2012
10h05
Retour sur un sujet qui a fait les gorges chaudes…
Article très intéressant dans le Globe d’aujourd’hui sur l’archivage numérique de disques physiques par CBC.
http://www.theglobeandmail.com/news/arts/music/cbc-dismantling-lp-cd-archives/article2311677/
“Many old LPs won’t be digitized, they say, and producers and announcers won’t be able to hold the physical albums and see liner notes and information that can’t be fully captured in a database.”
Bin quin !
D’ailleurs je repensais du coup à ces vieilles pages web des années ‘80 sur lesquelles je surfais il y a 30 ans. Où est donc ce contenu aujourd’hui ? Volatilisé, absolument volatilisé.
unholy_ghost
24 janvier 2012
10h07
Pas besoin d’aller loin, j’étais sur des sites incroyables voilà 4-5 ans qui n’existent plus.
aube_radieuse
24 janvier 2012
10h49
@timag
Mettez-en! Je m’étais payé le luxe d’écouter la version audio à sa sortie, un beau voyage! (roulement tranquille de train en prime entre les chapitres). Je l’ai perdu par contre…
Ah, Bob….
sseb
24 janvier 2012
11h06
@_boulga
L’inverse existe également.
Y’a aujourd’hui des tas de “net labels” qui donnent leur musique en vertu d’une Creative Commons License. Ce contenu n’existe bien souvent qu’en numérique. Donc, si vous consommez uniquement du vinyle ou du CD, vous ne pourrez jamais l’entendre.
lecteur_curieux
24 janvier 2012
11h28
@boulga
Nous ne tirons pas les mêmes conclusions de notre lecture. Pour moi, c’est que la CBC manque de moyens comme institution (quoi bien sûr que dans une administration, on peut toujours mieux gérer et utiliser mieux l’argent ) et fait ce choix bien plate.
Cela ne veut pas dire que personne ne le fera au final. Une autre instittution gouvernementale ? Une fondation au privé ? C’est toujours possible et les disques sont toujours là pour le moment. Alors la possibilité de numériser existe toujours.
Tu parles de vieilles pages web des années ‘80 ? Bien là, qui était sur le web dans ce temps là… Et c’était d’autres réseaux. En tous les cas. Il y avait très sûrement du contenu intéressant à garder alors que d’autres pas important. La possibilité de la garder EXISTAIT pareil. Et il doit y en avoir de garder. Pas suffisamment, sûrement !!! Mais ceux qui veulent garder doivent faire des choses ou demander à des institutions de le faire.
Et contrairement à toi, je pense qu’avec le numérique, il y aura beaucoup, beaucoup plus de contenu parmi celui important de conservé dans l’avenir que ce qu’il y avait dans le passé. Beaucoup plus de perdu aussi en nombre absolu ! Il y a juste un océan d’informations sur le web… Combien de celles-ci méritent vraiment d’être conservées pour la postérité ?
L’archivage demeure possible. Je comprends que chez les particuliers il y a plus de contenu qu’avant et peut-être un pourcentage plus élevé qui sera perdu. Mais chez les collectionneurs, tu peux archiver et conserver tout autant sur des disques durs que sur des vinyles.
Combien de vinyles ont été jetées dans des poubelles dans le passé ou mêmes cassés ? Pour ceux qui l’étaient pas, on connaissait des gens qui les ramassaient… C’est comme des livres aussi…
Évidemment pour des ordinateurs jetés pas sûr que les récupérateurs vont aller fouiller les disques durs s’ils sont pas effacés. Et vous pouvez transférer les données sur de multiples supports. Si vous voulez conserver. VOUS POUVEZ.
Mais cela coûte des sous de garder en bon état et pendant des nombreuses années. C’est comme des cartes de hockey si vous une carte un peu rare mais qu’elle n’est pas en bon état, elle vaut pratiquement rien. Alors que celui qui l’a conservé dans son emballage d’origine…
Le souci de la conservation doit être là dès l’achat et de tous les temps si vous voulez le faire. La CBC n’a pas ou plus les moyens de…
Mais Archives nationales et Bibliothèque Canada pourrait en acquérir ? Et une fondation privée ?
Si b… avait réussi à vendre des millions d’albums à travers le monde et qu’il était devenu multi-millionnaire. Il aurait pu partir une fondation et acheter ses albums là. Quoique pour la numérisation c’est plus j…8 qui serait intéressé…
No money, no candy. Et même pour le gouvernement. C’est une question aussi de choix et de priorités. Combien de trésors ont été détruits dans le passé ? C’est pas nouveau du tout.
C’est vrai que pour moi, disons ma musique numérisée sur mon ordinateur ou celle que j’ai mis sur CD-R, elle ne risque pas d’être là, dans 50 ans comme certains vinyles que j’ai. Et pour des photos, j’en prends assez peu, celles imprimées. Peut-être qu’elles seront encore là mais c’est pas comme des portraits que j’ai de plus de 104 ans, des dessins ou photos dans des gros cadres en bois conservés avant dans un grenier. Abîmés, par contre, mais toujours là…
C’est sûr, mais mis dans d’autres mains cela aurait pu se retrouver dans un dépotoir et jamais retrouvé. Des oeuvres d’art, l’ont été en masse…
lecteur_curieux
24 janvier 2012
11h40
Prenez en généalogie, vos descendants auront beaucoup plus de facilité que vous à faire ce genre de fouilles maintenant avec les registres informatisés et avec une méthode plus standardisée.
Et j’entendais une émission l’autre jour et là on ne parlait pas de vinyles retrouvés mais de plaques de métal et la qualité d’enregistrement là-dessus était exceptionnelle disait-on.
Ce lien en parle :
http://www.cyberboxingzone.com/cbzforum/showthread.php?12517-Woody-Guthrie-s-Mystery-Masters
Je suis quand même d’accord avec toi, plus c’est physique, pour moi plus c’est durable et de qualité.
On ne construit plus comme du temps des pyramides en Égypte. Ou encore des Cathédrales. Alors on va en perdre. Mais il va rester des choses et en plus grand nombre pareil… Et plus que jamais…
De quelle qualité ?
Si vous êtes l’administrateur d’un site et que vous voulez le garder son contenu. Tout peut être archivé et conservé. Pas obligé de le garder en ligne pour autant. Pas obligé que ce soit sur le serveur que ce soit conservé.
Et pour des données, dans d’autres domaines on les conserve mais un moment donné on les retourne aux clients ou elles sont détruites. Vos cahiers d’écolier de troisième année vous les avez encore, Boulga ? Moi, non plus.
Mais pour certaines choses, disons d’il y a 21 ans, j’ai encore alors que des gens qui étaient là au même moment les ont plus. J’ai des choses aussi d’environ 50 ans et je les communique à des gens sur le web grâce au numérique et ils peuvent les voir. Ou encore une vieille carte postale d’un ami de 1985, je l’ai toujours, une numérisation et je lui envoie l’image à par le web, lui qui est à l’étranger.
atchoum
24 janvier 2012
18h01
@Arthon
Faites-vous plaisir! Allez écouter les versions originales. Vous êtes peut-être à un coup de foudre artistique près. Les version contemporaines sont souvent édulcolorées. Comme si on en avait expurgé l’impulsion, la force créatrice, l’inspiration mauvaise que les chansons contiennent : peine d’amour, espoir, dénonciation, revendication, etc. pour en garder la stricte ligne mélodique… Allez vous en jeter plein les oreilles sur le net avant de revenir à cet album.
atchoum
24 janvier 2012
18h11
@timag
Content de lire à propos de Chroniques. N’étant pas de la génération de Dylan, je ne l’ai pas découvert pendant son cycle accoustique, lorsqu’il dénonçait le monde; je n’ai pas été choqué par son passage à la chose électrique et, plus tard, quand il a délaissé les textes sociétaux(est-ce que ça se dit?) pour des trucs plus personnels… Après ouvert le livre au hasard j’ai eu bien de la difficulté à le refermer. Envoûté par le gars. Mythomane, pilleur de tombe, malhonnête, égocentrique on s’en fout!!!! Le lire m’a donné le goût de l’écouter, de l’écouter et de rouler sur les longs rubans nord-américains. Dommage que Kerouac n’ait pas écrit Sur la route dans sa langue maternelle. Quel héritage il aurait laissé à toute la bohème québécoise et quel pied de nez ç’aurait été pour le clergé sclérosé de l’époque. M’enfin.