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Le Soleil au Burkina Faso

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Le Mercredi 12 Août 2009 | Mise en ligne à 16h32 | Commenter Commentaires (2)

Retour vers la froidure

La rue commerciale de Léo


Près de 40 heures sans dormir ou presque, plus de 24 heures dans les avions et en transit dans les aérogares, sept points de contrôle juste pour sortir de l’aéroport de Ouagadougou, je suis enfin à Québec, mais j’ai froid.

J’étais étonné de voir des Burkinabés avec un manteau d’hiver le soir. Maintenant, je les comprends. Passer de 35 ou 38 degrés à Ouaga à 23 degrés dans le stationnement de l’aéroport de Québec, c’est une différence de 15 degrés. Ça frappe.

Pourtant, ce qui me frappe le plus, c’est la vitesse. Tout se passe plus vite. Il y avait un charme dans la cacophonie déorganisationnelle du Burkina Faso. On dirait presque ça me manque. Vous riez, mais c’est vrai.

J’ai l’impression d’être au ralenti dans un monde trop clean, trop organisé, trop minuté. Je me sens légèrement perdu.

Pourtant, lundi soir, avec les amis à la maison, j’étais un verbomoteur hyperactif comme d’habitude. L’adrénaline? La pression du choc culturel qui tombe? Je ne sais trop. «On ne revient jamais tout à fait le même d’un voyage en Afrique», me lançait Éric St-Pierre en s’informant du retour de l’équipée dans un courriel mercredi matin. Il a tout à fait raison.

Il y a quelque chose de différent aujourd’hui… une absence en même temps qu’une autre façon de voir la réalité quotidienne du centre-ville de Québec. Et je suis plus lent. Pas seulement à cause des antibiotiques ou du décalage horaire, mais un changement de vitesse que je n’avais pas senti. Je répète sans m’en apercevoir «Y a pas de problème» et je souris.

Et le retour vers la froidure n’est pas qu’une question de thermomètre, mais d’abord de relation humaine.

Les petites souris à l’UGPPK

Je m’ennuie des petites souris qui nous accueillaient tout sourire chaque matin, des discussions à bâtons rompus avec les productrices ou avec Désiré et Orokia, de la chaleur humaine, du temps perdu à prendre son temps.

En relisant mes notes, en révisant mes textes, en traitant mes photos pour les reportages qui seront publiés dans les prochains jours, j’entendais les conversations, les accents et les expressions des dernières semaines. Je revois tous les visages animés par cette solidarité et cette bonté hors du commun.

J’ai plein d’histoires à raconter. Des histoires d’hommes et de femmes qui ont mis leur énergie à se prendre en main pour faire face au monde des affaires où la loi du marché exclut toute émotivité, où l’argent n’a pas d’odeur. Ça, c’est un retour vers la froidure pendant que mon cerveau se souvient des odeurs des beignets frits sur la place commerciale de Léo.

Je suis de retour, mais une partie de mon coeur est ailleurs comme s’il ne se résignait pas à faire le chemin du retour.

Je reviendrai à Léo!

 

Yves Therrien séjourne au Burkina Faso à l’invitation de Plan Nagua, organisme de coopération internationale de Québec, qui assume la majorité des frais du voyage grâce une subvention du ministère des Relations internationales pour le projet.

 

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Le Vendredi 7 Août 2009 | Mise en ligne à 23h29 | Commenter Un commentaire

Ouaga by Night!

Napo Yacouba, le batteur cherf d’orcherstre

Ouagadougou la nuit n’a rien à voir avec la Ouaga du jour. Que non!

Pas question de passer deux jours à Ouaga sans s’asseoir dans un maquis et prendre une bière ou deux en plein air. Mon guide burkinabé me propose une tournée dans quelques endroits pittoresques.

Premier maquis, je suis assis avec un juriste et le directeur général du poste de radio Ouaga FM, la plus populaire sembre-t-il. Wow!

On jase, on placote de politique, de la vie au Burkina. Pendant ce temps là, dans la boîte à côté, l’orchestre se démène sur des rythmes latino. Toute une ambiance. Mais je n’avais encore rien vu.

On enfile quelques bières, rencontre plein de gens, même un parent à plaisanterie, celui dont on se moque avec des blagues dans le style qu’on fait chez nous avec les Newfies. Je dois prendre parti dans la suites des blagues et je lui lance: «Demande à ta mère, c’est moi ton père. Elle ne te l’a pas dit?» Les autres ne s’attendaient pas à celle-là, pas de la part d’un blanc. C’est le fou rire, même les gens des autres tables ont entendu. Le blanc vient de taper en plein dans le mil et personne ne l’a vu venir.

Hop sur la moto! On va camper ailleurs. Désolé patronne, même si le contrat d’assurance dit qu’on ne fait pas ça, ici c’est LE moyen de transport à privilégier au beau milieu de la nuit. On déménage et on entre dans la boîte de nuit. C’est vendredi, c’est plein, mais moins que le samedi.

On me présente le chef d’orchestre, Napon Yocouba, batteur de son état, provenant de la ville de Léo où j’ai passé les huit derniers jours. Tout un bonhomme. Jovial et plein de rythme. Lorsqu’il entre en scène, le plafond bouge de partout. Il chante en nuni et je comprends presque ce qu’il dit. Salutations sur la scène, quelques bières et on repart.

Allez! Hop, cascade! Vers un autre maquis. Nous voilà dans le centre-ville de Ouaga, entre les casinos, les machines à sous, les pistes de danse extérieures. Jamais vu ça en plein jour même si ça fait dix fois que je passe devant le bistrot Taxi Brousse.

Mon copain me glisse à l’oreille : «Dans deux minutes, tu auras une fille sur tes genoux». Il s’est trompé de 90 secondes. Je n’étais pas assis qu’une belle-de-nuit se tire une chaise, commande une bière, des cigarettes et me glisse du même souffle avec les mains baladeuses: «Mon chéri, je suis tout à toi». C’est parti mon kiki.

Mais il en arrive une deuxième, Marie, qui ne semble pas apprécier s’être fait souffler un client par Julie. Mon petit cul de blanc semble être mis à prix sur le marché de la viande. C’est presque la chicane. Un monstre de 6 pieds 6 pouces vient faire de l’ombre à la table. «Y a pas de problème, mon ami?» Il reconnaît mon guide, chauffeur et protecteur. Ce sont des «potes». Il prend place, calme les filles pendant que j’essaie de prendre une gorgée de bière sans m’étouffer.

D’habitude, ce sont les gars qui sont directs. Ici, ce sont les filles, et pas à moitié. Ça ne fait pas deux minutes que je suis dans la place que je connais le menu de la nuit, mais pas encore les tarifs. Ouf!

J’ai deux ou trois as dans ma manche. La belle Julie vient du Ghana et cause en anglais avec le videur. Premier as, je lui réponds dans la même langue. Oups! Je ne suis pas un Français. Ça, ce n’était dans le plan de match. Et le videur qui roule des biceps avec un sourire de Burkinabé. Mon ami lui dit: «Tu sais, il n’est pas seul, il y a deux femmes avec lui». Pas d’atout, une carte basse… Ça ne prend pas. Et la Julie répond: «Pas de problème à quatre, ça serait cool». Je me tords de rire sur la chaise, elle ne comprend rien. Je ris encore plus.

Je demande au videur dans quel style il a appris son karaté. Impressionné, il me lance Taekwondo. Je le lève et je lui fais le salut traditionnel du Taekwondo comme me l’ont appris Marcel Marois et Tran Trieu Quan, il y a plus de 20 ans. Deuxième as, j’ai un nouveau chum. Son patron me voit de loin, il s’incline avec le même signe. Ouf! Je ne me ferai pas casser la gueule tout de suite. J’ai encore une chance.

On placotte avec les filles 30 minutes. Mon troisième as me coûte quelques dollars en pourboire au videur et une sortie encore tout habillé vers le stationnement.

De ma vie, je n’ai jamais vu des femmes aussi entreprenantes et aussi directes ailleurs dans les villes que j’ai visité. D’habitude, ce sont les hommes qui commencent le bal. Je savais où je mettais les pieds, mais je ne savais pas comment ça finirait. Et je ne suis pas naïf ou idiot, je connais mon allure, je n’ai rien d’un jeune premier. Le blanc, ça vient avec du fric. Au beau milieu de la nuit, c’est comme braconner le chevreuil avec la lampe-torche. Tu ne peux pas le manquer.

Sur la moto, mon copain me dit: «Ça, c’est Ouaga by night. Il fallait que tu le voies.»

Alors, j’ai vu!

Dimanche, je rentre à la maison!

Et les filles? Elles sont parties danser avec une amie de Marie-Pierre. Je les verrai au petit-déjeuner, mal de bloc ou pas!

PS: Il est presque l’aube et je ne vois plus les fautes! Mes excuses chers lecteurs, mais ça je ne pouvais pas ne pas le raconter.

 

Yves Therrien séjourne au Burkina Faso à l’invitation de Plan Nagua, organisme de coopération internationale de Québec, qui assume la majorité des frais du voyage grâce une subvention du ministère des Relations internationales pour le projet.

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Le Jeudi 6 Août 2009 | Mise en ligne à 14h46 | Commenter Un commentaire

Les photos de famille

La famille de l’UGPPK

«C’est la fête à Léo, c’est pour ça nous ne travaillons pas au champ.» C’est comme cela que nous ont accueillis les femmes de l’UGPPK à notre retour du village. Nous devions passer chez le tailleur chercher nos habits traditionnels burkinabés faire sur mesure. Essayage et petits ajustements. On rentre aux locaux de la coopérative habillés ainsi.

On ne pouvait pas passer outre la photo de famille. Tout le monde sur le parvis et c’est le moment de la photo. «C’est le moment», c’est aussi un pub ici au Burkina pour une marque de vélo, des cyclomoteurs et même pour une coiffure. Alors, lorsque l’un d’entre nous lance «C’est le moment», les femmes rient aux éclats.

Éric St-Pierre a dû troquer son appareil de pro pour nous tirer le portrait avec nos petits appareils. Il en avait six sur les bras.

Les femmes avaient préparé notre dernier repas sur place avec elles. Ce n’était pas encore le moment des adieux, mais plutôt un moment de fête. Contrairement à nos habitudes du Québec, les invités doivent manger, après elles se serviront. Plus tard, nous avons dansé un peu et chanté avec Abibata Ido qui menait le bal. Elle a de l’énergie pour dix et des sourires pour l’éternité cette femme.

Depuis huit jours, elles étaient notre famille. Par ce repas, elles montraient leur attachement et leur gratitude. Tout un honneur.

La famille de l’hôtelMais, c’est au matin que nous avons eu une surprise hors de l’ordinaire. Au petit déjeuner, Zankara Mérou, notre serveur des derniers jours, s’était mis sur son 31. Belle chemise et soulier vernis. À la porte du restaurant de l’hôtel, un homme attend. Le gérant des lieux, la femme de chambre, Zankara et Apollinaire, le cuisinier, avaient embauché un photographe. Wow! Dans leurs coutumes, c’est un grand honneur. Zankara qui comprend bien le français, mais dont les phrases sont saccadées nous dit : «Après manger, faire photo de la famille».

Nous étions de la famille pour eux. Ils nous voyaient, nous côtoyaient, répondaient à nos demandes depuis huit jours, mais nous étions plus que des clients, nous étions de la famille. C’est rare et tout un honneur répète Marie-Pierre qui connaît mieux le Burkina que Geneviève ou moi. Pendant, notre séjour, les autres clients n’ont pas eu droit à ce petit extra avant leur départ.

Quel peuple étonnant! Il y a toujours une surprise à chaque tournant. Et même Zankara insistait pour avoir mon numéro de téléphone à la maison. «Pourquoi? Tu veux venir au Québec.» «Non? Juste pour souhaiter bonne arrivée!»

Connaissez-vous un employé d’un hôtel en Amérique du Nord qui voudrait vous téléphoner à la maison pour prendre de vos nouvelles? Ces gens-là possèdent un petit quelque chose… Non… un grand quelque chose dans leur personnalité, au tréfonds de leur être qui les rend si merveilleux, si attachants. J’en suis encore bouleversé.

Et ce n’était pas fini. Retour sur les terrains de l’UGPPK, car Abou Dradin fera le voyage avec nous à Ouaga. Ce seront des accolades, des embrassades et des poignées de main fermes et vigoureuses pour nous souhaiter bon voyage. Il y a eu des larmes, beaucoup d’émotion.

Voyage dans le temps

Je vous disais hier que le photoreporter Éric St-Pierre était une encyclopédie sur patte. Ce matin, il s’est transformé en machine à voyager dans le temps. Il nous a décrit les prémisses du commerce équitable au Québec, le voyage au Mexique avec Laure Waridel en 1996. Et il raconte les prémisses du commerce équitable dans le monde avec un missionnaire hollandais au Mexique, le travail des mennonites avec l’artisanat, la naissance des magasins 10 000 Villages, le passage de l’artisanat aux biens de consommation comme le café, le riz. Et maintenant, nous de Québec, nous observons les femmes faire un travail de bénédictin dans les 17 ou 18 étapes pour préparer le beurre de karité.

Réunion au sommetAlors, petite réunion au sommet avec Abou Dradin qui nous explique pourquoi le consommateur peur faire confiance au logo de TransFair Canada, comment sont appliquées les règles de Fairtrade Labelling Organisation. Tout cela, le travail des femmes, les effets du commerce équitable chez les productrices feront l’objet d’une série de reportages dans Le Soleil dans les prochaines semaines. Il faut juste que je prenne un peu de repos pour mettre mes idées dans le bon ordre. Ça s’en vient!

La vie en Afrique, c’est vraiment dépaysant et bouleversant à bien des points de vue. Un peu de patience… Pas de problème, faut faire avec!

 

Yves Therrien séjourne au Burkina Faso à l’invitation de Plan Nagua, organisme de coopération internationale de Québec, qui assume la majorité des frais du voyage grâce une subvention du ministère des Relations internationales pour le projet.

 

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