Près de 40 heures sans dormir ou presque, plus de 24 heures dans les avions et en transit dans les aérogares, sept points de contrôle juste pour sortir de l’aéroport de Ouagadougou, je suis enfin à Québec, mais j’ai froid.
J’étais étonné de voir des Burkinabés avec un manteau d’hiver le soir. Maintenant, je les comprends. Passer de 35 ou 38 degrés à Ouaga à 23 degrés dans le stationnement de l’aéroport de Québec, c’est une différence de 15 degrés. Ça frappe.
Pourtant, ce qui me frappe le plus, c’est la vitesse. Tout se passe plus vite. Il y avait un charme dans la cacophonie déorganisationnelle du Burkina Faso. On dirait presque ça me manque. Vous riez, mais c’est vrai.
J’ai l’impression d’être au ralenti dans un monde trop clean, trop organisé, trop minuté. Je me sens légèrement perdu.
Pourtant, lundi soir, avec les amis à la maison, j’étais un verbomoteur hyperactif comme d’habitude. L’adrénaline? La pression du choc culturel qui tombe? Je ne sais trop. «On ne revient jamais tout à fait le même d’un voyage en Afrique», me lançait Éric St-Pierre en s’informant du retour de l’équipée dans un courriel mercredi matin. Il a tout à fait raison.
Il y a quelque chose de différent aujourd’hui… une absence en même temps qu’une autre façon de voir la réalité quotidienne du centre-ville de Québec. Et je suis plus lent. Pas seulement à cause des antibiotiques ou du décalage horaire, mais un changement de vitesse que je n’avais pas senti. Je répète sans m’en apercevoir «Y a pas de problème» et je souris.
Et le retour vers la froidure n’est pas qu’une question de thermomètre, mais d’abord de relation humaine.
Je m’ennuie des petites souris qui nous accueillaient tout sourire chaque matin, des discussions à bâtons rompus avec les productrices ou avec Désiré et Orokia, de la chaleur humaine, du temps perdu à prendre son temps.
En relisant mes notes, en révisant mes textes, en traitant mes photos pour les reportages qui seront publiés dans les prochains jours, j’entendais les conversations, les accents et les expressions des dernières semaines. Je revois tous les visages animés par cette solidarité et cette bonté hors du commun.
J’ai plein d’histoires à raconter. Des histoires d’hommes et de femmes qui ont mis leur énergie à se prendre en main pour faire face au monde des affaires où la loi du marché exclut toute émotivité, où l’argent n’a pas d’odeur. Ça, c’est un retour vers la froidure pendant que mon cerveau se souvient des odeurs des beignets frits sur la place commerciale de Léo.
Je suis de retour, mais une partie de mon coeur est ailleurs comme s’il ne se résignait pas à faire le chemin du retour.
Je reviendrai à Léo!
Yves Therrien séjourne au Burkina Faso à l’invitation de Plan Nagua, organisme de coopération internationale de Québec, qui assume la majorité des frais du voyage grâce une subvention du ministère des Relations internationales pour le projet.











