Nathalie Collard

Mercredi 8 février 2012 | Mise en ligne à 16h27 | Commenter Commentaires (10)

Une journée (ou presque) avec Arianna

Depuis 9 heures ce matin, je vis sur la planète Huffington.

Rencontre de presse de 90 minutes, suivie d’une conférence au CORIM et d’une entrevue individuelle dans une suite d’hôtel du Vieux-Montréal. Quand je l’ai laissée, Arianna s’en allait dans la grande tour de Radio-Canada pour participer à l’émission 24 heures en 60 minutes d’Anne-Marie Dussault. Elle reprendra l’avion ce soir après un blitz médiatique intense, 25 entrevues individuelles et je ne sais trop combien de poignées de main.

On peut penser ce qu’on veut du Huffington Post, de sa politique de ne pas payer les blogueurs (car le blogue, affirme Mme Huffington, n’est pas un acte journaliste, c’est l’expression de soi…) ou de ses titres-choc mais il faut tout de même reconnaître que sa fondatrice est un phénomène sur deux pattes. En rencontre de presse ce matin, un de ses quatre Blackberry a sonné, interrompant la discussion. Loin d’être démontée, elle a pris le téléphone dans son sac à main, a regardé d’où venait l’appel et s’est écriée: «Ho, c’est Anne Sinclair!» «Anne, je suis en train de lancer le Huffington Post  Québec, je te rappelle», a-t-elle lancé avant de raccrocher. C’était presque trop beau pour être vrai. (Était-ce vraiment Anne Sinclair au bout du fil, nous ne le saurons jamais) mais cette anecdote montre à qui on a affaire: une femme qui gère beaucoup de dossiers et qui a (presque) réponse à tout.

Elle en a fait la preuve ce matin en répondant très franchement aux nombreuses questions des journalistes qui ne lui ont pas fait de cadeau. On a parlé du bénévolat des blogueurs, du repiquage de texte, bref de tous les sujets controversés liés au Huffington Post. Le journaliste de The Gazette Jeff Einrich lui a même demandé ce qu’il en était des accusations de plagiat concernant sa biographie de Picasso…Bienvenue au Québec!

Arianna Huffington n’a esquivé aucune question.

Quant à sa conférence de ce midi, je l’ai trouvée moins intéressante que celle qu’elle avait donnée dans le cadre d’une conférence Infopresse l’automne dernier, sans doute parce que son public était moins ciblé qu’aujourd’hui. Cela dit, encore une fois, sa grande facilité à aborder tous les sujets (médias, politiques américaine et internationale, etc.) m’a frappée.

Vous pourrez en lire plus sur sa visite et le lancement de Huffington Post Québec demain dans les pages de La Presse.

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Mardi 7 février 2012 | Mise en ligne à 11h11 | Commenter Commentaires (9)

L’effet blogue du Huffington Post

C’est demain vers 6 heures du matin que sera lancé le portail Huffington Post Québec (lehuffingtonpost.ca), un site où on trouvera des blogues signés par des personnalités québécoises, des nouvelles québécoises (le chef de nouvelles est Jean-Philippe Cipriani, un ancien de Radio-Canada) ainsi que des nouvelles repiquées des autres sites Huffington Post (Canada, États-Unis, France).

Sa grande patronne, Arianne Huffington, sera à Montréal toute la journée mercredi et prononcera une conférence demain midi devant le CORIM (j’y serai et vous en parlerai dans le journal de jeudi).

Le lancement du Huffington Post a été précédé d’une mini-controverse dans le monde des médias: plusieurs personnalités dont Amir Khadir, Françoise David, Normand Baillargeon, Louise Harel, etc. avaient accepté de bloguer pour le portail. Or c’est connu, le Huffington Post ne paie pas ses blogueurs, il leur offre de la visibilité en échange de leur opinion. Les commentaires n’ont pas tardé à fuser (dont le mien) à propos de l’importance de reconnaître une valeur au contenu, au travail d’écriture.

Résultat: plusieurs blogueurs se sont désistés. Ils ont été récupérés par Voir et le Journal de Montréal qui ont tous deux décidé de lancer une grande quantité de blogues pour concurrencer le Huffington Post. Le blogue est-il mort? Pas à Montréal en tout cas, où les blogues se multiplient depuis quelques semaines.

Les blogueurs de Voir et du Journal de Montréal sont-ils gagnants si on compare leur traitement au bénévolat qu’offre le Huffington Post? À Voir, on offre aux blogueurs 5 $ par 1000 clics sur leur blogue. Disons qu’il faut être trèèèeèes populaire pour obtenir 1000 20 000 clics sur sa page. On peut donc conclure que la plupart des blogueurs qui, pour l’instant, à part quelques exceptions, ne sont pas encore très connus, blogueront pour pas cher, pour ne pas dire bénévolement.

Au Journal de Montréal, un des nouveaux blogueurs, l’écrivain Jean Barbe, m’indique que les blogueurs reçoivent un forfait ainsi qu’un montant par nombre de pages lues. Ce qui est tout de même un peu plus que Voir et Huffington Post.

Tous ces blogues seront-ils encore là dans six mois? Selon la plus récente étude du CEFRIO à ce sujet, «en 2010, 33 % des adultes québécois et 40 % des internautes québécois ont consulté un blogue, alors qu’ils étaient respectivement 28 et 34 % à le faire l’année précédente”. On affirme aussi que «la consultation et la contribution à des blogues ont crû respectivement de 18 et 36 % entre 2009 et 2010».

Il y a donc un intérêt pour les blogues au Québec. Suffisamment pour rapporter ne fut-ce qu’un maigre revenu à tous ces nouveaux blogueurs? Ce serait étonnant. Les prochains mois le diront. Par contre, pour la diversité d’opinions, l’arrivée de ces nouvelles voix est une bonne nouvelle.

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Mardi 24 janvier 2012 | Mise en ligne à 18h02 | Commenter Commentaires (14)

LE Huffington Post. So french!

Ça y est, LE Huffington Post (l’édition française) est sur les rails depuis hier.

Le nouveau site est une initiative commune du Huffington Post, du quotidien Le Monde ainsi que d’un de ses actionnaires. Il accueille plusieurs signatures prestigieuses parmi ses blogueurs: la grande reporter Anne Nivat et l’ancienne Garde des Sceaux Rachida Dati sont du nombre.

Il faut le reconnaître, Arianna Huffington a le sens du punch. Non seulement attire-t-elle des blogueurs de renom mais en nommant Anne Sinclair directrice éditoriale du site (elle sera épaulée par un ancien du Figaro), elle a réussi à créer un «buzz» dans les milieux médiatique français ET américains.

Dans le New York Times (ici), on titre avec justesse que Mme Sinclair EST la nouvelle de ce lancement. Rappelons que Mme Sinclair a fait la manchette plusieurs fois en 2011 à cause des accusations à l’endroit de son mari, Dominique Strauss-Khan. Les Américains sont titillés et le texte du très sérieux New York Times se termine même par un commentaire sur le fait que Mme Sinclair ne portait pas son jonc de mariage à la conférence de presse.

De son côté, Mme Huffington explique le choix de Mme Sinclair en termes qu’on dirait tout droit sortis d’une émission d’Oprah Winfrey, parlant de donner une chance à l’ex-journaliste qui a connu une année horrible sur le plan personnel. Les Américains adorent ces histoires de seconde chance et de réinvention personnelle.

Aux questions des journalistes qui se demandaient comment LE Huffington Post allait traiter une histoire impliquant DSK, Mme Sinclair a répondu que toute nouvelle serait traitée de la même façon et qu’il n’y aurait pas de passe-droit pour une histoire impliquant son mari. Il est permis d’en douter…

De l’autre côté de l’Atlantique, on se familiarise avec les méthodes du Huffington Post. Le fait de ne pas rémunérer les blogueurs, une pratique qui a fait couler beaucoup d’encre aux États-Unis et au Canada, fait sourciller le critique médias du journal Libération, Daniel Schneidermann (ici), qui écrit ceci: «Aux États-Unis, le système fonctionne. En France, ça grince. (…) Au nombre des réactions insolentes, celle-ci, par exemple : «Au moins, son mari payait ses prostituées», a réagi un twitteur.»

Pour l’instant, Le Huffington Post démarre avec une toute petite équipe de huit personnes. Il arrive aussi dans un contexte différent qu’aux États-Unis. En effet, la France est le pays où l’on trouve le plus de sites d’information uniquement web (ce qu’on appelle les pure players). Le Huffington Post aura donc de la compétition: Mediapart, Rue89, Slate. Saura-t-il tirer son épingle du jeu? Le site se décrit comme étant un média «ni de gauche ni de droite». Dans un pays où les médias sont très campés politiquement, à 100 jours de l’élection présidentielle, cette neutralité sera peut-être perçue comme une tare. À suivre.

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