Le courrier du voyageur

Archive de la catégorie ‘carte postale’

Jeudi 6 mai 2010 | Mise en ligne à 8h45 | Commenter Commentaires (7)

Comment vivent les Cubains

Je suis à La Havane depuis samedi soir. Les Cubains, rencontrés dans la rue, parlent librement. «Après le départ des Russes, presque tout le monde avait faim à Cuba : on ne trouvait pas de fromage, mais des gens vendaient de la pizza sur laquelle ils avaient fait fondre des condoms», se souvient cette femme, qui me montre son carnet de rationnement. Les condoms ne coûtaient rien. La dame qui me parle se souvient d’avoir mangé du ragoût de chat. «Mais nous ne savions pas que c’était du chat», dit-elle. «Aujourd’hui, c’est encore la nourriture qui coûte le plus cher : pas les aliments de base comme le riz ou les haricots, mais la viande, le beurre, le poisson…»

DSCN5221Néanmoins, plus personne n’a faim dans l’île. Ou si peu de monde! Grâce au «système D». «Nous n’avons pas le choix», poursuit mon interlocutrice. «Le salaire de base ne suffit pas pour vivre décemment. Tout le monde a d’autres sources de revenus que ceux provenant de son travail.»

Elle loue des chambres dans la maison qu’elle occupe avec sa famille, dans le Vedado, un des quartiers centraux de La Havane. Les médecins, qui gagnent entre 600 et 1000 pesos par mois – l’équivalent de 30$ à 50$ – font du taxi après leur quart de travail. Tous voulaient quitter le pays pour le Venezuela ou la Bolivie, où le gouvernement cubain envoie des coopérants. Ou ils se recyclaient dans les métiers du tourisme, où les pourboires – en «pesos convertibles» – leur permettaient de vivre décemment. Le gouvernement leur a accordé l’usage d’une voiture et le droit d’avoir un accès Internet à domicile. La voiture, ils la reconvertissent en taxi après leur tour de garde et ils vendent du temps d’Internet à leurs voisins.

Les enseignants aussi ont droit à un accès Internet à domicile. «Un de mes voisins est professeur et il demande 20 pesos convertibles par mois pour un abonnement à son accès Internet», m’explique la dame. «Je suis une de ses vingt clientes.»

Qui devinera quel est  le vrai metier   de cette dame

Qui devinera quel est le vrai métier de cette dame ?

Le peso convertible, qui vaut actuellement 24 pesos réguliers, est devenu la monnaie d’échange indispensable pour se procurer les biens de consommations les plus courants. «Il n’y a plus que les aliments de base qu’on peut acheter avec des pesos cubains», constate la dame.

Dans certaines provinces et dans certains secteurs de l’économie (le sucre, le tabac, les mines, la pêche), les travailleurs perçoivent 40% de leur salaire en pesos convertibles.

Introduit en 1993 et d’abord réservé aux touristes et aux diplomates, le peso convertible (qui vaut environ 1,15$ Can) a rapidement envahi tous les secteurs de l’économie. Dans les quartiers centraux de La Havane, par exemple, il faut, qu’on soit Cubain ou touriste, payer en pesos convertibles. À tel point que le gouvernement songerait à abolir le peso régulier!

Les enfants, eux, ont tous l'air heureux et bien nourris

Les enfants, eux, ont tous l'air heureux et bien nourris

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Mardi 4 mai 2010 | Mise en ligne à 9h35 | Commenter Commentaires (2)

Les travaux de réfection du Vieux La Havane

Au coin des rues Mercaderes et Amargura, dans le Vieux La Havane, se dresse la façade d’un bel édifice rococo, généreusement agrémentée de colonnades, de frontons et de balcons. Mais ce n’est plus qu’une carcasse ceinte d’échafaudages et surmontée par la potence d’une immense grue. Comme ce fut le cas de bien des bâtiments du quartier, l’immeuble s’effondrait, victime de la décrépitude qui guette les vieilles maisons mal entretenues. Dans quelques mois, ce sera un superbe hôtel comme il s’en trouve près d’une vingtaine dans le Vieux La Havane.

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Les travaux de restauration du quartier ont débuté en 1993, alors que l’économie cubaine asphyxiait, victime du départ des Soviétiques qui l’ont longuement maintenue sous perfusion. Mais le pays a pu compter sur l’aide financière de plusieurs nations européennes. Le gouvernement cubain a créé un organisme,  la société Habaguanex, mandatée pour gérer les travaux. En 17 ans, 40% des édifices de la vieille ville, qui occupe une surface de deux kilomètres carrés, ont été restaurés. Il reste donc beaucoup à faire.

Les anciens palais sont, soit reconvertis en musées, soit en hôtels de charme ou en restaurants. C’est Habaguanex qui gère ces établissements et 40% des profits sont réinjectés dans le fonds de restauration. Aujourd’hui, Habaguanex gère une trentaine de restaurants et 18 hôtels.

Le plus petit des hôtels – la Meson de la Flota, qui se trouve près du port – n’a que cinq chambres. Le plus grand – le Saratoga – en a 93. Certains, comme l’Ambos Mundos, où Hemmingway rédigea les premiers chapitres de «Pour qui sonne le glas», à la fin des années trente, ou le Florida, aménagé dans une superbe demeure de 1830, sont très connus. Mais presque tous valent la visite. Entrer dans la cour intérieure d’un établissement comme le Conde de Villanueva, qui colonise l’ancien palais de la famille éponyme, ou le Los Frailes, qui restitue l’ambiance de cloître du couvent des Franciscains voisin, c’est s’immerger dans un havre qui restitue le charme suranné d’un passé révolu.

Sur la Plaza Vieja

Sur la Plaza Vieja

Habaguanex gère aussi la relocalisation d’une partie des habitants. Au début des années quatre-vingt-dix, le quartier comptait 70 000 résidents. Une densité beaucoup trop importante pour un quartier de deux kilomètres carrés et surtout pour des édifices conçus pour abriter beaucoup moins de monde!

À mesure que leurs maisons tombent sous la juridiction des restaurateurs, les habitants sont relocalisés. Certains reviendront occuper leurs anciens appartements rénovés. D’autres sont déplacés vers la banlieue où on a construit des blocs d’appartements pour les reloger.

Quelle proportion restera? Personne n’est en mesure de le dire exactement. Ainsi, dans cet immeuble qu’on me montre, qui a été conçu pour accueillir 12 familles, elles étaient 43 à se partager les lieux. Lorsque les travaux prendront fin, seules 12 familles y reviendront.

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Jeudi 4 mars 2010 | Mise en ligne à 4h50 | Commenter Aucun commentaire

Sri Lanka: un systeme de castes particulier

DSCN4418Dans ma précédente «carte postale» adressée depuis le Sri Lanka, j’avais souligné les différences existant entre cette île et son gigantesque voisin, l’Inde. Ici, les mendiants sont moins nombreux et la proportion de sans abris est moins importante qu’au Canada. À Colombo, seule grande ville du pays, les bidonvilles sont presque inexistants, grâce à une politique d’aide au logement mise en place pendant les années quatre-vingt par le SLFP (Sri Lanka Freedom Party), le parti de gauche qui partage le pouvoir, en alternance avec son vis-à-vis conservateur, l’UNP (United National Party).

«Chez nous, il y a des pauvres, mais tout le monde mange à sa faim!», me lance un Sri-lankais fier de l’absence de ces îlots de misère abyssale omniprésents dans le paysage indien. Il aurait pu ajouter que tout le monde a droit aux soins médicaux. Les villages qui ne disposent pas de leur dispensaire sont rares. L’espérance de vive – 76 ans pour les femmes et 72 ans pour les hommes – est la plus élevée de l’Asie du Sud-est. Et le taux de mortalité infantile – environ 14 pour 1000 – est le plus faible d’Asie.

 DSCN4612Au-delà des mesures sociales adoptées depuis l’indépendance (accordée par les Britanniques en 1948), on peut se demander si l’éradication de la grande pauvreté n’est pas due à une autre réforme, millénaire, celle-là : le remaniement du système de castes par les rois cinghalais.

Comme ils étaient bouddhistes et que le bouddhisme a désavoué le système de castes de l’hindouisme, ils auraient du l’abolir complètement. Ils ne l’ont pas fait, mais ils ont donné la prééminence aux paysans, ce qui a probablement contribué à assurer au pays l’autosuffisance alimentaire.

En Inde, ce sont les brahmines, soit les membres de la caste sacerdotale qui occupent le haut de l’échelle sociale, suivis par les guerriers. Au Sri Lanka, ce sont les Govigama, c’est-à-dire les membres de la caste des agriculteurs. Les membres de la caste sacerdotale suivent, mais le bouddhisme permet aux hommes et femmes de toutes origines d’accéder aux fonctions monastiques.

Ce n’est pas le cas chez les Tamouls, majoritairement hindouistes, qui composent 15% de la population. Pour en revenir aux bouddhistes, on croise, ici, beaucoup moins de moines en robe safran qu’au Myanmar, en Thaïlande ou au Laos. Mais ceux qu’on croise sont généralement prospères. La ferveur religieuse se traduit par une générosité qui permet à une forte proportion de bonze de rouler carrosse (voire même en Mercédès avec chauffeur pour certains supérieurs de monastères).

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Quant aux nonne ou bonzesses, on les aperçoit surtout aux abords de lieux de pèlerinages. «Ce sont des filles qui n’ont pas trouvé mari, soit parce qu’elles n’avaient pas de dot, soit parce qu’elles ne sont pas jolies», m’explique un interlocuteur Sri-lankais. Ce qui ne s’avère pas toujours exact. J’en ai croisées quelques une qui, mise-à-part leurs coiffures rudimentaires (elles ont le crâne rasé), n’étaient pas vilaines du tout

Les intouchables n’existent pas au Sri Lanka. Ce qui n’empêche pas les membres des plus basses castes – les coiffeurs, les blanchisseurs et les musiciens – d’être méprisés. Dans les annonces matrimoniales insérées dans les journaux, on mentionne bien souvent la caste, histoire de suggérer aux membres de catégories sociales inférieures de s’abstenir.

À Colombo, le cloisonnement a tendance à s’effriter. Et l’immigration massive provoquée par la guerre civile qui a duré 30 ans est en train d’ébranler le système. Ce sont souvent les membres des plus basses castes qui se sont exilés. Près de 300 000 Tamouls originaires des zones (le Nord et le Nord-est) où la guerre a fait rage vivent dans la région de Toronto. Ils envoient de l’argent aux membres de leurs familles restés sur place. Suffisamment d’argent pour que ceux-ci mènent fassent figure de riches face à leurs voisins membres de caste supérieures.

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