Le blogue de l'édito

Archive de la catégorie ‘Consommation’

Jeudi 5 janvier 2012 | Mise en ligne à 12h25 | Commenter Commentaires (37)

Le déclin de l’empire Kodak

Une statue d'Eastman Kodak sur le campus de l'Université de Rochester (Photo Reuters).

Une statue de George Eastman, fondateur de Kodak, sur le campus de l'Université de Rochester (Photo Reuters).

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André Pratte

Le Wall Street Journal révèle jeudi, en manchette, que le géant américain Eastman Kodak se placera prochainement sous la protection de la loi sur les faillites. Des rumeurs à ce sujet circulaient depuis l’automne dernier alors que Kodak avait dû emprunter 160 millions de sa ligne de crédit pour être en mesure de poursuivre ses opérations.

Si l’information du WSJ se confirme, Kodak sortira sans doute très diminuée de la restructuration à venir. À moins qu’elle ne disparaisse, purement et simplement. Une preuve de plus qu’aucune entreprise, si grande, si dominante soit-elle, n’est à l’abri du déclin. Une leçon qui fait réfléchir quand on pense aux turbulences que traverse ces temps-ci la canadienne Research in Motion.

Eastman Kodak a été fondée par George Eastman en 1880. Eastman est le Henry Ford de la photo. Grâce à l’invention du rouleau de film, il a rendu la photographie accessible à tous. Pendant des décennies, l’entreprise a dominé le marché des pellicules, des appareils photo et du développement. Je me souviens très bien que, quand j’étais jeune, on envoyait les rouleaux de film chez Kodak pour les faire développer. Le principe était le même depuis 1888, alors que la compagnie avait pour slogan: «Vous pressez le bouton, nous nous occupons du reste.»

La domination de Kodak (85%-90% du marché américain de film et d’appareils) a été contestée, notamment par Fuji, à compter des années 1980. Comme c’est très souvent le cas pour les monopoles, l’entreprise a mis du temps à réagir. Son retard ne fut pas tant technologique; c’est dans ses laboratoires qu’avait été inventé le premier appareil numérique, en 1975. Mais l’entreprise n’a pas voulu délaisser le domaine de la pellicule, qui était pour elle extraordinairement rentable. Lorsqu’elle a fini par se lancer avec conviction dans le numérique, au début du nouveau millénaire, elle a remporté un certain succès, prenant la première place aux États-Unis dans la vente des appareils photo. Toutefois, le coup de grâce est venu des téléphones intelligents.

Sous une nouvelle direction à compter de 2005, Eastman Kodak s’est spécialisée dans les imprimantes numériques. Mais la compétition est féroce dans ce domaine. En outre, comme beaucoup de compagnies vieillissantes, Kodak porte un énorme fardeau: le régime de retraite de dizaines de milliers d’ex-employés.

Le déclin est amorcé depuis une vingtaine d’années. L’entreprise comptait alors plus de 100 000 employés; elle n’en a plus que 19 000. L’action a déjà valu 80$; elle vaut aujourd’hui entre 40 et 50 cents. Kodak est réduite à vendre ses brevets pour générer des revenus. Voilà qui fait penser à un autre géant disparu, Nortel.

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Mercredi 28 décembre 2011 | Mise en ligne à 13h15 | Commenter Commentaires (46)

Les magasins victimes des marchands internet?

Nouvelle-tablette-kindle-fire-amazon

La tablette Kindle Fire de Amazon (AP)

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Ariane Krol

Les sites de commerce en ligne ne se contentent pas de concurrencer les magasins traditionnels. Ils profitent littéralement de leur existence. Une partie de leurs ventes, en effet, n’aurait pas lieu si les clients ne pouvaient pas voir l’objet désiré, le manipuler, poser des questions à son sujet. Les détaillants internet n’offrant pas cette possibilité, beaucoup de consommateurs ont gardé l’habitude de magasiner dans une boutique ayant pignon sur rue… avant d’acheter l’article sur le Web.

Les grandes chaînes qui vendent à la fois en magasin et sur internet ne s’en plaignent pas trop puisque dans leur cas, tout n’est pas perdu: les informations données au point de vente se traduisent souvent par un achat sur leur site. Mais pour beaucoup de commerces indépendants qui n’ont pas de site transactionnel, c’est très frustrant. Ils servent, bien malgré eux, de salle d’exposition à leurs concurrents du Web… qui, en évitant beaucoup des frais des marchands traditionnels (boutiques en ville ou dans des centres commerciaux, personnel de vente, etc.) peuvent offrir des prix imbattables!

Mais le géant Amazon, apparemment, a poussé son avantage un peu trop loin. Le détaillant a offert récemment une promotion dans laquelle il offrait des rabais à ses clients américains qui utilisaient son application Price Check pour saisir les codes à barres en magasin. Les clients pouvait donc comparer les prix, mais aussi obtenir 5% de rabais (jusqu’à concurrence de 5$) s’ils achetaient ces articles sur Amazon. La promotion n’a duré qu’une journée et comportait toutes sortes de restrictions (un maximum de trois produits, dans les rayons DVD, électronique, musique, jouets et articles de sport uniquement), mais elle a mis les autres détaillants en furie, surtout les commerçants indépendants.

En cette période des Fêtes, déterminante pour bien des marchands, je suis curieuse de vous entendre là-dessus. On nous répète depuis les années 70 que le consommateur averti est celui qui déniche les plus meilleurs prix possible. Mais est-il légitime de solliciter le temps et l’expertise d’un commerçant indépendant lorsqu’on sait pertinemment qu’on n’achètera pas chez lui – voire même de le traiter de profiteur parce qu’il vend un peu plus cher qu’un site Web?

Au risque de passer pour idéaliste, je crois que le service de qualité a une valeur. J’achète encore en magasin des articles que j’aurais pu me procurer à moindre coût en ligne parce qu’un être humain, dans le magasin en question, m’a donné des informations vraiment utiles – ce qui exclut évidemment les vendeurs à pression ignorants qui n’ont d’autres objectif que de pousser leur camelote.

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Mercredi 21 décembre 2011 | Mise en ligne à 14h36 | Commenter Commentaires (14)

Le vrai prix des billets d’avion

Photo Robert Skinner, La Presse

Photo Robert Skinner, La Presse

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Ariane Krol

Un aller-retour Montréal-Fort Lauderdale à 298$? Pas mal. Mais quand une somme supplémentaire de 124,46$ s’ajoute à la transaction, c’est pas mal… moins intéressant. C’est ce qui est arrivé au Montréalais Michael Silas, dont l’expérience illustre le recours collectif intenté par l’Union des consommateurs contre Air Canada. Lorsque celui-ci a choisi le billet à 298$ proposé par le site du transporteur, une dizaine de taxes, frais et suppléments sont venus alourdir la note.

Une pratique familière, mais qu’on ne devrait pas accepter. Les surcharges diffèrent tellement d’une fois à l’autre qu’il est impossible de calculer le prix réel à partir de celui qui est affiché. Et puisque les tarifs qu’on nous fait miroiter ne sont pas disponibles, ça frise la publicité trompeuse.

Cette pratique est d’ailleurs interdite au Québec depuis juin 2010. Selon l’Office de la protection du consommateur (OPC), il reste du travail à faire sur les sites Web, mais au moins, Air Transat, WestJet et Porter ont ajusté leurs pubs diffusées ici. Ce qu’Air Canada refuse de faire, sous prétexte que le transport aérien est de compétence fédérale. L’OPC, pour qui il s’agit plutôt d’une question de contrat entre entreprises et consommateurs, a déposé une poursuite contre Air Canada ce printemps. La demande d’autorisation en recours collectif de l’Union des consommateurs, elle, doit être entendue en janvier.

Et Ottawa, qui régit le transport aérien, a enfin décidé de prendre ses responsabilités. Un règlement exigeant «que le transporteur inclue tous les coûts liés à la fourniture des services» est en préparation, a annoncé le ministre d’État aux Transports. La fourniture des services? Au Québec, seules les taxes à la consommation (TVQ, TPS) et les droits pour la sécurité des passagers peuvent être facturés en sus. Tout le reste (amélioration portuaire, carburant, taxes d’aéroport, alouette) doit être compris dans le prix affiché. C’est déjà un net progrès. Les suppléments, surcharges et autres frais peuvent gonfler le prix du tiers, a constaté l’OPC.

Comme je le mentionne en éditorial, la nouvelle réglementation fédérale est prometteuse, à condition qu’elle ne soit pas diluée en chemin. Les consommateurs ont intérêt à se faire entendre! En attendant le début des consultations, je vous invite à me faire part de vos expériences.


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