Le blogue de l'édito

Archive de la catégorie ‘Économie’

Photo AFP

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André Pratte

La Banque mondiale vient de publier un volumineux rapport sur le modèle européen. La conclusion est sans appel. Malgré les grandes différences qui subsistent entre les 27 pays qui composent l’Union européenne, le continent fait face à certains problèmes communs auxquels il devra réagir, sinon la crise des dettes souveraines sera seulement le début d’une crise beaucoup plus grave et profonde.

La BM souligne que l’expérience européenne a été une formidable réussite, permettant à des dizaines de millions de personnes, après la Seconde Guerre mondiale, d’atteindre des conditions de vie aussi confortables que celles des Américains. De plus, les économies des pays pauvres se sont tranquillement rapprochées de celles des pays plus prospères. L’Europe a été ni plus ni moins qu’une «machine à convergence». Toutefois, ces gains sont aujourd’hui menacés.

Dans la plupart des pays d’Europe, les gens réduisent leur temps de travail, prennent leur retraite de plus en plus tôt et sont moins productifs que ceux des pays concurrents (États-Unis, pays émergents). En même temps, ils se paient une protection sociale plus généreuse qu’ailleurs et les gouvernements sont devenus «pléthoriques et inefficaces». Le rapport ne préconise pas l’abandon du modèle social européen. Mais ses auteurs soutiennent que si des changements ne sont pas apportés aux habitudes de travail sur le Vieux Continent, on ne pourra plus supporter les coûts de ce modèle.

«Les Américains travaillent actuellement un mois de plus par an par rapport aux Néerlandais, Français, Allemands et Suédois, et travaillent sensiblement plus longtemps que des gens moins fortunés comme les Grecs, les Espagnols, les Hongrois et les Polonais, lit-on dans le rapport. En Hongrie, en France, en Pologne et en Turquie, les hommes vont à la retraite plus de huit ans plus tôt qu’au milieu des années 60. (…) Cette situation exerce des pressions considérables sur les finances publiques déjà mises à rude épreuve par le coût du service de l’énorme dette publique.»

Selon la Banque mondiale, l’Europe peut demeurer une «superpuissance du style de vie». Toutefois, pour y arriver, les Européens doivent consentir à certains changements. D’autant plus que la population du continent vieillit rapidement, ce qui minera la croissance.

«Pour faire face à l’imminente pénurie de main-d’œuvre, l’Europe devra engager une action sur plusieurs fronts : renforcer la concurrence pour l’accès à l’emploi, améliorer la mobilité de la main-d’œuvre, revoir la manière de faciliter le travail et la protection sociale, et repenser les politiques de l’immigration.  Ces changements devront faire l’objet d’un nouveau pacte social.»

On ne peut pas lire ces passages sans penser à la situation québécoise. Au Québec aussi nous bénéficions de programmes sociaux particulièrement généreux et auxquels nous tenons, évidemment. Notre croissance économique future sera toutefois plus lente, en raison du vieillissement. Nous travaillons moins d’heures que nos concurrents, nous sommes moins productifs et nous prenons notre retraite plus tôt. Un jour où l’autre, quelque chose va céder. À moins que nous prenions aujourd’hui les mesures qui s’imposent.

C’était le message lancé il y a six ans par les signataires du manifeste Pour un Québec lucide, parmi lesquels Lucien Bouchard (j’étais aussi du nombre). Malheureusement, les choses n’ont pas beaucoup progressé depuis. Sauf que nous nous sommes rapprochés du mur.

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Mercredi 11 janvier 2012 | Mise en ligne à 12h17 | Commenter Commentaires (37)

Économie du Québec: des signes inquiétants

Photo Michel Tremblay, Le Quotidien
Photo Michel Tremblay, Le Quotidien

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André Pratte

La publication des plus récentes données sur le chômage, vendredi dernier, a suscité beaucoup d’inquiétude au Québec. En effet, alors que la province a mieux traversé la crise que le reste du pays, voici que le marché de l’emploi se détériore.  Durant le dernier mois de l’année 2011, le taux de chômage a bondi de 8% à 8,7%. Pendant la même période, le taux de chômage en Ontario a baissé, s’établissant à 7,7%. Nous revenons donc à la situation traditionnelle où le taux de chômage au Québec est sensiblement plus élevé que celui dans la province voisine.

La Fédération des chambres de commerce du Québec n’a pas attendu la publication de ces données pour sonner l’alarme. Dès le mois de novembre, à l’occasion de la publication de ses indicateurs annuels, la FCCQ constatait que «l’économie du Québec montre quelques signes inquiétants.»

La Fédération souligne par exemple que le nombre d’entrepreneurs a diminué en 2010. De plus, le capital de risque a connu trois mauvaises années: «Nous sommes encore loin d’être revenus au niveau précédent la récession de 2008, et encore très loin du niveau de 2005 où plus de 700 millions $ en capital de risque ont été injectés (par rapport à un peu moins de 400 millions $ en 2010).»

De 2005 à 2009, le poids du secteur manufacturier dans le PIB du Québec a glissé de 19,1% à 14,9%. C’est une tendance qu’on constate dans tous les pays développés mais, dans le cas de notre province, «aucun autre secteur ne semble avoir le potentiel pour remplacer les pertes observées dans le secteur manufacturier.»

Autres signes inquiétants: la balance commerciale internationale du Québec ne cesse de se détériorer, ce qui signifie que nous importons beaucoup plus de biens et services que nous en exportons. Les difficultés économiques des États-Unis, la hausse du dollar et la productivité relativement faible de nos entreprises sont sans doute à l’origine de cette évolution.

En somme, la bonne performance économique du Québec au sortir de la récession est due beaucoup plus aux gigantesques investissements du gouvernement provincial en infrastructures qu’à une amélioration des fondements de notre économie. «La création de richesse n’est pas à la hauteur des attentes et dans un contexte concurrentiel internationalisé, nous sommes loin d’être aussi compétitifs que nous le devrions, affirme la présidente de la FCCQ, Françoise Bertrand. Dans un contexte de vieillissement de la population et de refus d’une partie de la société civile d’accepter le développement richesses naturelles, les signaux contenus dans ces indicateurs sont inquiétants.»

Mme Bertrand rejoint la conclusion de mon collègue Alain Dubuc, qui écrit mercredi dans La Presse: «Ces indices nous rappellent que l’économie québécoise est fragile, et qu’il faudra redoubler d’efforts pour assurer son dynamisme. On n’y arrivera certainement pas en disant non à tout, comme on le fait trop en ce moment.»

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Jeudi 5 janvier 2012 | Mise en ligne à 12h25 | Commenter Commentaires (37)

Le déclin de l’empire Kodak

Une statue d'Eastman Kodak sur le campus de l'Université de Rochester (Photo Reuters).

Une statue de George Eastman, fondateur de Kodak, sur le campus de l'Université de Rochester (Photo Reuters).

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André Pratte

Le Wall Street Journal révèle jeudi, en manchette, que le géant américain Eastman Kodak se placera prochainement sous la protection de la loi sur les faillites. Des rumeurs à ce sujet circulaient depuis l’automne dernier alors que Kodak avait dû emprunter 160 millions de sa ligne de crédit pour être en mesure de poursuivre ses opérations.

Si l’information du WSJ se confirme, Kodak sortira sans doute très diminuée de la restructuration à venir. À moins qu’elle ne disparaisse, purement et simplement. Une preuve de plus qu’aucune entreprise, si grande, si dominante soit-elle, n’est à l’abri du déclin. Une leçon qui fait réfléchir quand on pense aux turbulences que traverse ces temps-ci la canadienne Research in Motion.

Eastman Kodak a été fondée par George Eastman en 1880. Eastman est le Henry Ford de la photo. Grâce à l’invention du rouleau de film, il a rendu la photographie accessible à tous. Pendant des décennies, l’entreprise a dominé le marché des pellicules, des appareils photo et du développement. Je me souviens très bien que, quand j’étais jeune, on envoyait les rouleaux de film chez Kodak pour les faire développer. Le principe était le même depuis 1888, alors que la compagnie avait pour slogan: «Vous pressez le bouton, nous nous occupons du reste.»

La domination de Kodak (85%-90% du marché américain de film et d’appareils) a été contestée, notamment par Fuji, à compter des années 1980. Comme c’est très souvent le cas pour les monopoles, l’entreprise a mis du temps à réagir. Son retard ne fut pas tant technologique; c’est dans ses laboratoires qu’avait été inventé le premier appareil numérique, en 1975. Mais l’entreprise n’a pas voulu délaisser le domaine de la pellicule, qui était pour elle extraordinairement rentable. Lorsqu’elle a fini par se lancer avec conviction dans le numérique, au début du nouveau millénaire, elle a remporté un certain succès, prenant la première place aux États-Unis dans la vente des appareils photo. Toutefois, le coup de grâce est venu des téléphones intelligents.

Sous une nouvelle direction à compter de 2005, Eastman Kodak s’est spécialisée dans les imprimantes numériques. Mais la compétition est féroce dans ce domaine. En outre, comme beaucoup de compagnies vieillissantes, Kodak porte un énorme fardeau: le régime de retraite de dizaines de milliers d’ex-employés.

Le déclin est amorcé depuis une vingtaine d’années. L’entreprise comptait alors plus de 100 000 employés; elle n’en a plus que 19 000. L’action a déjà valu 80$; elle vaut aujourd’hui entre 40 et 50 cents. Kodak est réduite à vendre ses brevets pour générer des revenus. Voilà qui fait penser à un autre géant disparu, Nortel.

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