Le blogue de l'édito

Archive de la catégorie ‘Éducation’

Jeudi 8 décembre 2011 | Mise en ligne à 12h03 | Commenter Commentaires (33)

Garderies: la concurrence des places à 7$

prescillia_boily_garderie_03_mPhoto Marco Campanozzi, La Presse

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publiera désormais que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

Ariane Krol

Décidément, la création massive de nouvelles places à 7$, annoncée en fanfare en 2008, n’en finit plus de créer des injustices. J’en ai traité ici et ici, mais ce n’est pas tout. Le bureau du Protecteur du citoyen me parlait la semaine dernière d’une autre anomalie: les garderies privées fragilisées par l’arrivée de places à 7$ près de chez elles. Une concurrence soutenue par l’État qui leur fait non seulement perdre des enfants mais aussi du personnel.«Ce déplacement de clientèle, que nous avons observé, a comme impact de maintenir les garderies non subventionnées dans une situation financière précaire permanente», soulignait la protectrice du citoyen dans son intervention sur le projet de Loi resserrant l’encadrement des services de garde.

Grâce aux mesures contenues dans cette loi, l’attribution prochaine de 15 000 prochaines places devrait mieux se passer. Mais le problème de concurrence ne sera pas réglé. Car cette fois encore, Québec a refusé que les garderies existantes soient sur les rangs. Raison officielle: on veut ajouter de nouvelles places dans le système, pas convertir celles qui existent déjà. Principe louable, mais ça ne se passe pas comme ça dans la réalité. Il y a de la substitution de places, constate-t-on au Protecteur du citoyen. Les parents, préférant payer 7$ par jour que 35$-40$ en attendant leur crédit d’impôt, n’hésitent pas à changer leur enfant d’endroit. Ma collègue Pascale Breton en parle en détail.

Autre problème qui ne sera pas réglé par la loi: la lenteur du ministère de la Famille à approuver les plans. Trois directions régionales dépassent le délai de 2 mois (60 jours) prévu par la Loi, a constaté le Protecteur du citoyen. Dans l’une d’elles, ça va jusqu’à 4 mois. C’est assez pour perdre le local ou le terrain prévu pour accueillir la garderie, et devoir tout recommencer à zéro. Pas étonnant que près du quart des places accordées en 2011 n’existent pas encore. Frustrant pour les promoteurs, mais encore plus pour les parents à qui on a annoncé ces places qui n’arrivent pas.

On devrait donner le droit aux garderies existantes de soumettre leur candidature. Le ministère les connaît, il pourrait en faire une évaluation réaliste. Et si certaines étaient jugées adéquates (services de qualité, situées dans un endroit où il y a des besoins prioritaires, etc.), on n’aurait pas besoin d’attendre qu’elles ouvrent leurs portes.

C’est bien beau de créer toujours plus de places pour répondre à la demande actuelle, mais le Québec ne rajeunit pas. Que va-t-on faire avec tous ces établissements à qui on aura accordé des places subventionnées quand le nombre d’enfants sera en chute libre? Accorder de généreuses indemnités pour qu’ils ferment boutique et que les employés se replacent ailleurs? Il serait temps de commencer à y penser.


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Mardi 29 novembre 2011 | Mise en ligne à 12h54 | Commenter Commentaires (48)

Des CPE ratent leur cible (mise à jour)

291390-10_mPhoto Patrick Sanfaçon, La Presse

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Ariane Krol
Le modèle des Centres de la petite enfance (CPE) est mûr pour de sérieuses remises en questions. Le rapport du Vérificateur général du Québec, mercredi, ne sera pas tendre à leur égard. (Ajout: vous le trouverez ici, au chapitre 5)

Le ministère de la Famille doit s’occuper de ses problèmes de cohérence et de supervision, mais je trouve les lacunes signalées ici encore plus préoccupantes.

«Le Québec s’enorgueillit d’un réseau étendu de garderies à sept dollars par jour. Toutefois cette politique sociale, qui favorise la participation des mères de jeunes enfants au marché du travail, attire moins les mères pauvres dont les enfants profiteraient davantage d’une stimulation précoce que les autres», souligne la Direction de santé publique de Montréal dans son rapport annuel.

Ça se vérifie ailleurs au Québec. Les enfants qui auraient le plus besoin de fréquenter un CPE n’y vont pas. C’est un problème majeur. Évidemment, le travail des éducatrices n’est pas perdu. Je n’ai pratiquement jamais entendu de commentaires négatifs de parents qui ont la chance d’avoir des places en CPE. Mais leurs enfants, pour la plupart, s’en tireraient très bien à l’école s’ils n’étaient pas passés par là. Pour les enfants de milieux défavorisés, par contre, ça peut faire toute la différence du monde – la différence entre décrocher ou réussir ses études.

Malheureusement, c’est souvent dans les secteurs moins aisés de l’île de Montréal que le nombre de places en CPE par 100 enfants est le moins élevé. Ça n’explique pas tout, puisque les familles qui ont un revenu moindre ou dont la mère est peu scolarisée ont moins tendance à utiliser les services de garde. Le directeur de santé publique de Montréal a beau recommander d’accroître l’accessibilité aux CPE dans les quartiers les plus démunis, je me demande qui va l’appuyer.

Ce serait pourtant essentiel. On parle toujours des «places à 7$» sous l’angle économique. Ce qu’elles nous coûtent collectivement, ce qu’elles permettent (deux revenus dans le ménage, un enfant de plus, etc.), le casse-tête financier et logistique de ceux qui ne trouvent pas de places subventionnés à la fin du congé parental…  Où est passée la mission d’insertion sociale?

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Mardi 8 novembre 2011 | Mise en ligne à 14h49 | Commenter Commentaires (29)

Jeunes + crédit = danger?

cegep_mNDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publiera désormais que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

Ariane Krol

Il est de bon ton de déplorer la disparition des cours d’économie familiale de nos écoles secondaires, je l’ai souvent fait moi-même. Ce n’est pas si simple, monte une enquête récente auprès de diplômés du secondaire. «Le seul fait d’avoir suivi un cours de littératie financière (…) n’avait guère d’impact sur les attitudes, les comportements ou les connaissances. Pour que le cours d’apprentissage financier ait un impact positif, en effet, il fallait à la fois qu’il ait été approfondi et qu’il ait été présenté de manière productive et intéressante. Lorsque l’assistance au cours s’était avérée une expérience pénible pour l’étudiant, le résultat était le même que s’il n’avait pas suivi le cours», note la Commission des valeurs mobilières de la Colombie-Britannique.

Déjà, un terme comme «littératie financière» est un obstacle majeur. Novembre est le mois de la littératie financière. Étiez-vous au courant? Vous sentez-vous sensibilisé?

«Économie familiale» n’était pas plus sexy, mais j’y ai pris conscience de quelques réalités incontournables, comme le fonctionnement et les coûts du crédit. Dans le monde dans lequel nous vivons, c’est aussi utile à connaître que la gravité: ça évite de se péter la gueule. Essayons de rendre ça amusant si on peut, mais n’attendons pas la formule magique pour en parler. Sinon, d’autres s’en chargeront. Bien du monde veulent faire dépenser les jeunes, qu’ils en aient les moyens ou non. Ça commence avec le cellulaire au secondaire et ça passe à la carte ou la marge de crédit dès le cégep.

Le Globe and Mail raconte le cas d’un jeune adulte de 19 ans qui s’est acheté une console PlayStation pour «se gâter» durant les Fêtes. Comme il n’avait pas d’argent, il l’a mise sur sa carte de crédit. Sauf qu’il a perdu son emploi et n’a pas pu rembourser sa dette. Les intérêts ont fait boule de neige, le solde a grimpé à 400$. L’article ne dit pas combien de temps ça a duré, mais quand il s’est retrouvé un boulot, il est allé voir sa banque pour remettre le compteur à zéro. «Ils ne voulaient pas de mon argent, ils ont dit que je devais aller à l’agence de recouvrement», raconte le jeune homme. Eh oui, l’ignorance a un prix.

L’idée n’est surtout pas de jeter la pierre aux jeunes. Ma collègue Stéphanie Grammond, qui a publié des papiers très intéressants sur le sujet, le confirme: le manque de connaissances élémentaires se manifeste à tout âge. Mais je trouve ça particulièrement injuste envers les étudiants, qui n’ont jamais été aussi sollicités.  Je ne suis pas la seule à m’en préoccuper.

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