Le blogue de l'édito

Archive de la catégorie ‘Histoire’

Mardi 13 décembre 2011 | Mise en ligne à 14h56 | Commenter Commentaires (43)

On est 8 millions, parlons-en

Andre Pichette_mUn des 88 300 bébés nés en 2010. (Photo André Pichette, La Presse)

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

Ariane Krol

C’est chose faite, ou ça ne saurait tarder: nous serons 8 millions d’habitants avant la fin de l’année, confirme l’Institut de la statistique du Québec. Il nous aura fallu 21 ans pour gagner un million de concitoyens de plus – le seuil des 7 millions avait été atteint en 1990. Quelques tendances:

Stable

- Les naissances: 88 300 en 2010, contre 88 600 l’année précédente.

- Les remariages. Depuis 10 ans, environ le tiers des mariages comptent au moins un des deux conjoints ayant déjà été marié.

En hausse

- L’espérance de vie à la naissance (81,7 ans)

- Les décès: 58 400 l’an dernier, 20 % de plus qu’il y a 20 ans. Et avec le vieillissement de la population, ça ira en augmentant.

- Le mariage: presque 23 200 l’an dernier, contre 22 600 en 2009 et environ 22 000 de 2005 à 2008.

- Les mariages célébrés par  une personne désignée, comme un membre de la famille (15 %) ou un notaire (12 %).

- Les bébés hors mariage: presque deux sur trois l’an dernier, contre un sur deux en 1995.

- Le Maroc, l’Algérie et la France, les trois principales sources d’immigration en 2010.

- Les Québécois nés à l’étranger: 11,5 % de la population en 2006, contre 8,7 % en 1991.

En baisse

- L’écart entre l’espérance de vie hommes-femmes: 4,1 ans contre 7,7 ans à la fin des années 1970.

- Le poids démographique du Québec dans le Canada: 23,1 % depuis juillet dernier, contre 25,3 % en 1990. La population québécoise augmente moins vite.

- Le divorce: 13 900 en 2008, soit 400 de moins que l’année précédente et 1100 de moins qu’en 2006.

- Les mariages religieux: 55% des mariages de couples de sexe opposé en 2010, la plus faible proportion jamais enregistrée.

- Les très jeunes mères. Chez les jeunes filles de 15-19 ans, seulement 9 sur 1000 ont eu un bébé l’an dernier, ce qui serait le plus faible niveau
jamais enregistré.

- Le Liban, Haïti et le Viêt Nam,  qui étaient les trois principales sources d’immigration en 1990.

- Les Québécois qui vont vivre ailleurs au Canada. Le déficit migratoire interprovincial (environ 3000 personnes l’an dernier) est l’un des plus faibles depuis 20 ans.

On est 8 millions, et on est bien différents de lorsqu’on était 5, 6 ou même 7 millions. Et à 9 millions, on aura l’air de quoi?

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Mardi 19 juillet 2011 | Mise en ligne à 12h34 | Commenter Commentaires (11)

Chicane pour une épave


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Ariane Krol

Ça se passe au Nunavut, sous des mètres d’eau glaciale, et ça concerne un tas de bois en décomposition. Bref, rien pour faire la manchette par une belle journée d’été. Mais la querelle de chiffonniers qui se déroule en ce moment autour d’une épave d’Amundsen est une honte pour le Canada, et nous devrions nous empresser de remettre ce vestige à qui il appartient.

Le Maud a été abandonné à Cambridge Bay (Ikaluktutiak en inuktitut) par l’explorateur norvégien Roald Amundsen en 1925. Le vaisseau n’a pas réussi à atteindre le Pôle Nord comme prévu, mais comme le rappelle le Globe and Mail, il a quand même franchi le passage du Nord-Est et permis de faire des découvertes importantes. La Compagnie de la Baie d’Hudson l’a racheté en 1925 et utilisé durant cinq ans jusqu’à ce que le navire, pris dans les glaces, coule par le fond. L’entreprise a revendu l’épave, rebaptisée Baymaud, en 1990 pour la somme symbolique d’un dollar à la commune d’Asker, en banlieue d’Oslo.

Les Norvégiens veulent rapatrier le Maud et lui consacrer un musée. Ça ne pourra pas attendre indéfiniment: selon des scientifiques canadiens qui l’ont visitée au milieu des années 90, l’épave tombe en morceaux et risque de se désintégrer complètement si rien n’est fait pour la préserver. Le problème, c’est que des résidants de Cambridge Bay s’y opposent. Ils font même circuler une pétition à cet effet. Le navire, plaident-ils, est «un site archéologique canadien depuis 1930». Pardon?  «C’est dans notre baie, et nous y amenons beaucoup de touristes», a expliqué une porte-parole au Globe.

Que les gens du coin aient exploité cette épave tandis qu’ils l’avaient dans leur cour, c’est tout naturel. Mais qu’ils s’y accrochent alors qu’elle revient de toute évidence à la Norvège est proprement disgracieux. Il y a déjà assez des pays émergents qui doivent batailler durant des années pour récupérer leur patrimoine spolié durant les guerres et les colonisations, on s’attendrait à ce qu’entre pays dits développés, on ait des discussions un peu plus intelligentes.

Ikaluktutiak signifie «lieu où il fait bon pêcher». J’espère que le ministre du Patrimoine canadien ne fera pas de chichis lorsque les Norvégiens demanderont la permission de repêcher le Maud. Si les gens qui vivent du tourisme dans le coin avaient un peu de vision, ils feraient un partenariat avec eux. Entre le film du sauvetage et l’histoire des missions d’Amundsen, il y a de quoi faire un lieu d’interprétation très intéressant pour les touristes à cet endroit qui est au début du passage du Nord-Est.

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Mardi 28 juin 2011 | Mise en ligne à 12h15 | Commenter Commentaires (49)

Le plus grand

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André Pratte

Le magazine Maclean’s a publié récemment les résultats d’un sondage mené auprès d’une centaine d’historiens et de spécialistes de la politique canadienne, sondage visant à déterminer qui fut le plus grand premier ministre de l’histoire du Canada. C’est Wilfrid Laurier, premier ministre de 1896 à 1911, qui figure au premier rang, tout juste devant John A. Macdonald (1867-1873 & 1878-1891) et William Lyon Mackenzie King (1921-1926, 1926-1930, 1935-1948).

Je suis particulièrement heureux de ce choix parce qu’il reconnaît à quel point M. Laurier fut un leader exceptionnel. Comme je l’ai écrit dans la courte biographie que je lui ai consacrée (Wilfrid Laurier, Boréal, 2011), «plus encore que ses prédécesseurs, Laurier fut confronté aux démons de l’intolérance et du préjugé qui n’allaient cesser de menacer l’oeuvre des Pères de la Confédération et qui, encore de nos jours, montrent leur visage à intervalles réguliers. Et c’est Laurier qui, mieux que tout autre avant lui et depuis, montra aux Canadiens la seule voie possible, celle du compromis.»

Contrairement à Macdonald (l’alcool, la corruption) et à King (le spiritualisme), Laurier ne souffrait pas de graves lacunes personnelles. Si, comme King, il était foncièrement pragmatique, il exprimait aussi avec force une vision ambitieuse de l’avenir de son pays. «Passionné, charismatique, une puissance intellectuelle dans les deux langues, Sir Wilfrid avait tout pour lui», résume un des historiens consultés par Macleans.

En rédigeant mon livre, j’ai été consterné de réaliser combien les Canadiens, en particulier les Québécois francophones, ne savaient à peu près rien de ce grand leader qui, à son époque, était littéralement adulé. Quand je raconte à des interlocuteurs la vie de Laurier, sa contribution à la naissance d’un sentiment national au Canada, son combat contre les évêques ultramontains, sa résistance aux volontés des impérialistes britanniques, je constate à quel point ils sont intéressés et fascinés par le personnage que je leur fais découvrir, et que j’ai moi-même découvert au fil de mes recherches.

Quand Laurier devient premier ministre, en 1896, sa victoire est une sorte de révolution pour le Canada. Le pays n’existe encore que sur le papier de l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique, adopté 30 ans plus tôt. Dans l’esprit de la grande majorité des habitants de ce territoire, le Dominion du Canada sera un pays essentiellement anglais. Les Canadiens français n’acceptent la Confédération que parce qu’elle leur accorde leur gouvernement à eux, le gouvernement de la province de Québec, d’où ils pourront gérer leurs propres affaires.

Personne ne s’attend à ce qu’un jour, un Canadien français devienne premier ministre de ce pays. Les francophones ressentiront donc un immense fierté à la vue de l’un des leurs parvenu au sommet de la pyramide politique. D’autant que Laurier est vraiment un politicien à part. D’un port naturellement noble, très cultivé, il tranche par ses discours qui évitent la démagogie et les attaques personnelles. La carrière de Laurier prouve au monde que les Canadiens français sont tout autant capables de gouverner le Canada que leurs compatriotes anglophones.

Laurier fut accusé par ses adversaires, en particulier par le formidable Henri Bourassa, d’accepter trop de compromis, de ne pas défendre avec assez de conviction les droits des francophones catholiques des provinces anglaises. Il est vrai qu’on a parfois l’impression que le chef libéral aurait pu faire davantage. Mais avant tout, Laurier veut préserver l’unité du jeune pays. C’est pourquoi il cherche toujours des solutions susceptibles d’être acceptées par le plus grand nombre. À ses yeux, les francophones ont besoin du Canada pour préserver leur culture. S’ils refusent toute concession, le pays éclatera, et le Québec sera avalé par les États-Unis. C’en sera fait de la langue française, qu’il chérit autant que quiconque.

Qu’on soit sympathique ou non à l’approche de Laurier, on ne peut qu’admirer son intelligence, ses grandes qualités d’orateur, son opiniâtreté et son caractère éminemment aimable. Tout le monde aime Laurier, y compris ses adversaires. Lorsqu’il meurt en 1919, toujours chef du Parti libéral, les Canadiens sont profondément attristés. Le plus bel hommage funèbre lui fut rendu par Henri Bourassa, lui qui l’avait tant combattu: «Les vertus privées de l’éminent homme d’État, ses admirables qualités de coeur, cette inlassable et discrète charité, la grande dignité de sa vie, sont autant de motifs de confiance et de consolation pour tous ceux qui l’aimaient. Et qui, de ceux qui le connaissaient, partisan ou adversaire, ne l’aimait pas, pouvait ne pas l’aimer?»

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