Ève Dumas
Georges Laraque, l’homme fort des Canadiens, prône la non-violence… envers les animaux (et aussi les bébés). Végétalien nouvellement converti, il pratique le yoga depuis une dizaine d’années et est porte-parole de nombreuses causes humanitaires. J’ai voulu jaser un peu avec ce hockeyeur atypique. Compte-rendu d’un lunch végé au restaurant Aux vivres.
Ève Dumas: Quand et pourquoi es-tu devenu végétalien?
Georges Laraque: L’été dernier, j’ai vu le film Earthlings, qui montre comment les animaux sont maltraités, tant dans l’industrie de l’alimentation que dans celle de la mode. Et si les enfants savaient ce que les animaux endurent au cirque, ils ne voudraient pas y aller! Quelques jours plus tard, j’assistais à une manifestation anti-fourrure devant la place Bonaventure. Maintenant, je ne mange plus aucun produit animal et j’achète des souliers en faux cuir chez Payless. Je me suis aussi engagé à montrer Earthlings une fois par mois. Je loue une salle, à mes frais, et j’invite les gens à voir le film gratuitement. Récemment, j’ai même fait le doublage du film en français (C’est Joaquin Phoenix qui fait la narration en anglais). Je demande à tous mes amis de le regarder. S’ils sont encore capables de manger de la viande après ça, c’est leur choix. Je les laisse tranquille. Pour l’instant, aucun de mes amis n’est végétalien, ni même végétarien.
È. D.: Comment devient-on végétalien du jour au lendemain, lorsqu’on a en plus des besoins énergétiques particuliers?
G. L.: J’ai consulté ma diététiste, Anne-Marie Roy, qui m’a expliqué comment manger. Je ne me suis jamais senti aussi bien. J’ai plus d’énergie parce que mon corps en gaspille moins, n’ayant pas de viande à digérer. Avant, je prenais des médicaments pour un problème de pression. Maintenant je ne prends plus rien. Ça m’a fait prendre conscience du fait que le végétalisme a aussi un gros impact sur la santé.
È. D.: Comment tes coéquipiers ont-ils réagi?
G. L.: Au début, ils se moquaient de moi. Ils mangeaient de la viande sous mon nez et faisaient exprès de me le faire remarquer. Mais maintenant, ils ont modifié les menus lorsque nous mangeons en équipe et la moitié des plats sont végétaliens. Il faut dire que Pierre Gauthier, le directeur général adjoint, est aussi végétalien. Finalement, les gars aiment ça, la bouffe végé. Ils trouvent que ça fait changement. J’ai quand même réussi à leur faire boire moins de lait, qui, d’après mes recherches, est un aliment encore plus nocif pour la santé que la viande. Maintenant, quand les gars m’agacent, je leur dis de manger leurs cadavres tout seuls!
È. D.: Es-tu un végétalien intransigeant?
G. L.: Si on me sert un pâté chinois végé mais qu’on me dit qu’il y a du beurre dans les pommes de terre, je ne le mangerai pas. Mais ça n’arrive pas vraiment. Maintenant, les gens savent que je suis végétalien.
È. D.: Ce n’est pas un peu radical?
G. L.: Je ne toucherai plus jamais à un produit animal de ma vie.
È. D.: Quel est ton plat végé préféré?
G. L.: Le chili.
È. D.: Comment as-tu commencé à faire du yoga?
G. L.: Ce sont mes amis, les patineurs artistiques David Pelletier et Jamie Salé qui m’ont initié au yoga, à Edmonton. J’ai essayé plusieurs styles. L’ashtanga, le vinyasa et, finalement, c’est le Moksha que je préfère. Pour moi, ça prend de la chaleur. L’été, je vais chez Moksha cinq fois par semaine. J’ai deux hernies discales qui m’empêchent souvent de jouer. Le yoga me fait du bien au dos.
È. D.: Est-ce que tu t’intéresses aussi à la méditation et à l’aspect spirituel du yoga?
G. L.: J’ai toujours été un gars très spirituel. Je connais toutes les religions. Je les ai toutes étudiées, pour comprendre le monde. J’ai fait un peu de Reiki, mais je ne pratique pas la méditation. Je suis trop hyperactif. Je ne tiens pas en place deux secondes, sauf pendant la relaxation finale dans le cours de yoga, parce que je suis trop mort pour bouger!
È. D.: Certains profs de yoga te diraient que si t’évites la méditation, c’est probablement parce que c’est ce qui te ferait le plus de bien!
G. L.: Peut-être!
È. D.: Est-ce que ça t’arrive de trouver que tes nouvelles valeurs de non-violence entrent en conflit avec ton travail?
G. L.: Ce que je suis sur la glace, ce n’est pas ce que je suis dans la vie. Je me bats parce que j’ai été engagé pour ça. C’est un show. Je n’ai pas le choix. C’est comme l’avocat qui défend des violeurs. Est-ce qu’il a le choix?
È. D.: On a toujours le choix!
G. L.: Le fait que je sois un bon bagarreur, c’est ce qui m’a permis d’accéder à la LNH. Et grâce au hockey, au salaire que je gagne et à la reconnaissance que ça m’amène, j’arrive à avoir un plus grand impact dans la société. Il y a plein d’organismes de charité qui viennent me voir pour que je sois porte-parole. Je ne dis non à rien. Tout me touche. Je ne m’intéresse pas qu’aux animaux.
Décidément, il est difficile de mettre une étiquette sur ce cher Georges Laraque. Le voici en Virabadrasana II (Guerrier 2), une posture qui lui va à merveille!

Photo prise sur le site www.georgeslaraque.com
P.-S.: Habitués des Vivres, vous vous demandez ce qu’il a mangé, notre Big Georges? Le fameux Bol du dragon, avec tofu. Comme toujours.