Sylvie St-Jacques
C’était un soir vraiment froid et moche du mois de mars 2007.
Je me remettais difficilement et pas vraiment intelligemment- relations pansements vous dites?- d’une rupture avec un gars beau, super brillant, aimable, mais qui n’était juste pas pour moi.
J’errais comme une âme en peine chez Indigo centre-ville. Ayant décidé sur un coup de tête total de partir seule, un mois, en Écosse (Expedia peut créer l’accoutumance), je m’étais rendue à la librairie pour me procurer un guide de voyage. Puis, au moment de passer à la caisse, mes yeux ont été attirés vers la couverture de cet étrange titre à trois mots.
Je ne l’ai pas acheté tout de suite, préférant confier à ma soeur aînée (moins radine que moi) la lecture de cet intrigant objet. Elle n’a pas tardé à livrer son verdict: “oui, c’est très bon, faudrait que tu le lises.”
Cette semaine, alors que je travaillais sur mon dossier sur le “phénomène Eat, Pray, Love” (qui paraît aujourd’hui dans les Arts et Spectacles), Caro et moi revenions sur ce livre qui nous a tant marquées pour des raisons qui sont propres à chacune d’entre nous.
Ma soeur- qui a surtout apprécié l’invitation au voyage de ce livre- me disait qu’Eat, Pray, Love était le titre qu’elle a le plus recommandé, dans toute sa carrière d’entremetteuse littéraire …
En entretien téléphonique, Paul Slovak, éditeur de la maison Penguin (qui a pris le risque de financer le périple d’un an en Italie, en Inde et en Indonésie d’Elizabeth Gilbert) abondait dans le sens de ma frangine, disant que le “virus” Eat, Pray, Love a été moins une affaire de critique et de promo qu’un phénomène de bouche-à-oreille.
J’ai dévoré Eat, Pray, Love en 72 heures et souligné plusieurs passages. Ce livre m’a transformée, pour des raisons pas très originales apparemment: les 7 millions d’entre nous qui avons lu ce livre devons bien partager certaines névroses, dépendances et mauvais plis typiques de notre époque.
Avec le recul, je constate que la lecture du récit d’Elizabeth Gilbert a réveillé en moi le désir d’entretenir un vie spirituelle. Et par cela, je n’entends pas faire brûler de l’encens par jour de pluie ou me faire infuser du thé Eat, Pray, Love (les produits dérivés, quelle hérésie…)
En décrivant le “mur” qu’elle a frappé entre 30 et 35 ans, Liz Gilbert a mis le doigt, de toute évidence, sur un malaise assez bien partagé. J’en parlais à Mark Darby, mon prof de yoga, cette semaine. Celui-ci me confirmait qu’il était assez typique de voir des gens se mettre au yoga, à cette période de la vie. “Dans la vingtaine, on cherche un confort matériel, on se consacre à trouver un partenaire de vie, faire de l’argent, trouver une carrière. Mais le besoin de trouver un sens finit par nous rattraper.”
Si, lors de cette soirée de mars 2007, vous m’aviez parlé de l’importance de “trouver l’équilibre” avant de m’annoncer que deux ans plus tard, j’allais passer un mois dans un ashram en Inde, je vous aurais traité d’extraterrestre.
J’ai ma soeur à remercier. Et Liz Gilbert.
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