Chantal Guy

Chantal Guy - Auteur
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    Chantal Guy est tombée dans la lecture comme Obélix dans la potion magique. Elle n'avait d'autre ambition que de devenir lectrice quand elle serait grande et se destinait à une carrière de libraire ou de bibliothécaire. Elle est devenue directrice du cahier Lectures de La Presse en 2006.
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    Mercredi 6 janvier 2010 | Mise en ligne à 16h49 | Commenter Commentaires (11)

    Bruno Roy (1943-2010)

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    Retour brutal. J’apprends aujourd’hui le décès de Bruno Roy. Je n’ai jamais vraiment eu la chance de rencontrer l’homme, mais je l’admirais de loin. Si l’on croit au concept de résilience, eh bien, il l’incarnait. Incroyable le destin de Bruno Roy, plutôt mal parti dans la vie, étant de ces orphelins de Duplessis. Il ne s’est pas contenté de bâtir une oeuvre imposante, il a aussi été de nombreux combats. Écrivain engagé, c’est certain…

    Stanley Péan, actuel président de l’UNEQ, lui rend un bel hommage sur son blogue.

    Je reproduis ici un très beau portrait de Jocelyne Lepage, publié en 2001 dans La Presse.

    Bruno Roy
    Le père des orphelins et des écrivains
    par Jocelyne Lepage

    Tout le monde aime Bruno Roy. Personne ne lui reproche quoi que ce soit, en tout cas publiquement, même ceux qui le trouvent un peu trop indépendantiste. Sans doute est-ce la raison pour laquelle il fut ramené à la présidence de l’Union des écrivaines et écrivains du Québec après le départ de Denise Boucher, en décembre dernier. Roy avait été à la tête de l’UNEQ de 1987 à 1996.

    Depuis que Bruno Roy, 58 ans, père de jumelles qui ont aujourd’hui 25 ans, a fait son “coming out” en 1991- il a révélé avoir été un orphelin de Duplessis à notre collègue Pierre Vennat- tout le monde se demande comment fait cet homme pour manifester autant d’ouverture aux autres, autant de générosité. Et aussi autant de patience. M. Roy est le porte-parole des orphelins de Duplessis, une cause qu’il n’a nullement abandonnée même s’il s’est fait dire non (aux compensations) par le gouvernement de Lucien Bouchard. Cette affaire-là est loin d’être finie.

    Nous avons rencontré cet homme “hors père” comme il dit en parlant de lui-même, mais aussi une sorte de père pour les orphelins et les écrivains. Une rencontre avec l’homme, le romancier et le président de l’UNEQ. Bruno Roy, qui est aussi poète et essayiste, vient de faire paraître un deuxième roman, Les Heures sauvages. Il s’agit, comme le premier, d’un roman inspiré de sa propre enfance et de celle des orphelins, étiquetés retardés, qu’il a connus.

    On n’échappe pas à son histoire

    “On n’échappe pas à son histoire, dit-il, en parlant du sujet de ses romans. Avant, je vivais en dehors de moi-même. J’avais mis un drap sur mon enfance. Je refusais de m’attarder sur mon passé.” Bruno Roy ne voulait ni se percevoir, ni être perçu, comme une victime. En fait, il considère qu’il a été, d’une certaine façon, privilégié, une religieuse l’ayant rescapé puis envoyé chez les clercs de Saint-Viateur à Joliette quand il fut en âge de quitter l’orphelinat “avec l’équivalent d’une troisième année du primaire”. “Ce qu’il faut, c’est que tu existes, explique-t-il. Cette religieuse m’a fait exister.” De l’âge de 16 ans à 21 ans, l’orphelin a fini son primaire et fait son secondaire. Puis il a pu poursuivre des études en entrant en communauté pour devenir enseignant. Par la suite, tout en enseignant comme laïque, il a fait un doctorat en littérature. Sa thèse portait sur la chanson.

    “En 1970, j’ai rencontré une phrase de Gaston Miron qui se lisait ainsi: Un jour, j’aurai dit oui à ma naissance. J’ai compris alors qu’il me faudrait dire oui à mon histoire. Cette phrase m’a poussé à l’écriture. C’est par elle que j’ai compris le pouvoir des mots. Au début, j’ai fait des pastiches de Gaston Miron, j’étais sous l’influence de l’école de l’Hexagone. J’ai aussi écrit trois livres sur la chanson québécoise.”

    Bruno Roy est devenu un écrivain engagé, politiquement, en passant par la chanson québécoise. “J’étais engagé dans toutes sortes de causes, dans la cause nationale, contre les injustices sociales… mais pas engagé dans une cause qui m’interpellait moi, personnellement.”

    Le privé est politique En rendant son histoire publique grâce à Vennat, même s’il le l’avait pas prévu, Bruno Roy a donné de ses nouvelles aux orphelins avec qui il avait vécu. Ils sont allés le chercher pour qu’il les aide à défendre leur cause. Il n’a pas pu refuser.

    “Alors j’ai changé comme écrivain, dit-il. Et je comprends bien ce que veulent dire les femmes quand elles disent que le privé est politique.”

    Le roman qui vient de paraître, Les Heures sauvages, (éditions XYZ) se déroule sur trois jours, du Vendredi saint à Pâques. Il commence par l’évasion d’un jeune homme- un orphelin que l’on garde à l’asile même s’il n’est pas malade mentalement. Il connaîtra une sorte de résurrection grâce à une rencontre avec un vieil érudit sans-abri et grâce à l’amour. “Le salut est dans la rencontre, dit Roy en reprenant une phrase de Simone Weil”. Les Heures sauvages fait suite aux Calepins de Julien, celui-là plus autobiographique. Il y aura un troisième roman sur le même thème inspiré des Orphelins de Duplessis. Il traitera celui-là d’orphelins placés dans des fermes et que l’on appelait “engagés”.

    Les problèmes de l’UNEQ

    Si les orphelins de Duplessis occupent beaucoup de place dans sa vie et dans son oeuvre romanesque, Bruno Roy s’occupe aussi de défendre les intérêts des écrivains. Il reconnaît qu’il y a eu de la bisbille l’an dernier au sein de l’Union. Certains auteurs ne se sentent pas chez eux là où l’on a tendance à privilégier le roman, la poésie, l’écriture littéraire au détriment de l’essai, des livres pour enfants, de la littérature populaire, par exemple. D’autres membres souhaitent que l’Union s’occupe de défendre les intérêts des auteurs et laisse tomber l’appui officiel donné au mouvement indépendantiste québécois.

    “Il y aura un congrès d’orientation l’automne prochain, dit Bruno Roy. Il faut comprendre que la position défendue par l’UNEQ a été approuvée par les membres. Si les membres n’y tiennent plus, ils en choisiront une autre.” L’UNEQ, explique-t-il, a été créée en 1977 par une cinquantaine d’écrivains autour de Jacques Godbout. Elle avait deux objectifs: défendre les intérêts socio-économiques des écrivains et promouvoir la littérature québécoise et les écrivains (il y a des anglophones dans l’Union).

    Avant d’appuyer l’indépendance, l’UNEQ était intervenue sur la question de la langue et faisait partie du mouvement Québec français avec les syndicats, l’UDA, les nationalistes, les artistes. On est en 1987, sous la gouverne d’Yves Beauchemin.

    “Le Mouvement Québec français en est venu à la conclusion que la défense totale du français n’était possible qu’avec la souveraineté, poursuit-il. La langue est notre premier matériau et la souveraineté, le meilleur moyen de la sauvegarder. Une conclusion adoptée par l’Union en assemblée générale et par vote postal.” En 1992, l’Union se joint au Mouvement pour la souveraineté qui regroupe des citoyens et des organismes. “Puis il y a eu le référendum de 1995 et, aujourd’hui, des membres se posent des questions sur la pertinence de garder ces positions.”

    “L’UNEQ pourrait juger plus à propos de n’intervenir que sur les questions touchant la langue, par exemple. Décider de concentrer l’énergie sur le dossier le plus important à venir: les droits électroniques…”

    Quant à Métropolis Bleu, “l’autre” festival de littérature, bilingue celui-là, qui fait ombrage à la plus importante manifestation de l’UNEQ- le Festival de la littérature- Bruno Roy dit n’avoir rien contre, mais il aurait préféré qu’il ait lieu à l’automne plutôt que quelques jours avant celui de l’Union. Selon Bruno Roy, on dirait que c’est fait exprès pour créer une controverse.


    • Il y a eu aussi une lettre signée Maka Kotto dans le Devoir de samedi le 9 janvier qui rendait hommage à Bruno Roy intitulée “Le Québec pleure Bruno Roy”"”"

      elle complète bien votre propos

    • Voici le texte complet de “” Le Québec pleure Bruno Roy”

      “”"”"”"”"”"L’écrivain, le militant, le père et l’ami: ce sont toutes ces facettes de la vie de Bruno Roy que le Québec pleure aujourd’hui. Un homme qui aura travaillé sans relâche à faire en sorte qu’on se réapproprie ce que nous sommes.

      Auteur au talent immense, ses romans, chansons, essais et textes polémiques n’ont pas fini de nous inspirer. Infatigable défenseur de la langue française, il l’aura servie autant par sa création que par son activisme. Son plus bel héritage, c’est l’amour qu’il nous a inspiré pour la chanson québécoise. C’était le coeur de son oeuvre, toujours tourné vers la nécessité de reprendre en main le devenir de notre culture nationale.

      Éveilleur de conscience, n’hésitant pas à prendre le ton du pamphlet, Bruno Roy aura forcé la société québécoise à regarder son histoire en face. Non pas sur un ton vengeur, mais bien avec toute la douceur qu’on lui connaissait. Il aura rendu leur dignité aux orphelins institutionnalisés à l’époque de Maurice Duplessis. La même volonté de rendre à chacun ce qui lui revient pour s’épanouir et se développer traverse ses quatorze années à la tête de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois. C’est la même conviction qui nourrissait son engagement indépendantiste.

      Celles et ceux qui ont connu Bruno Roy évoquent aujourd’hui sa chaleur et sa tendresse. Lui qui est né sans famille parlait avec émotion de celle qu’il s’était donnée et qu’il chérissait plus que tout au monde. Lui qui n’a pas reçu d’instruction s’est battu avec acharnement pour s’en donner une et offrir la même chance à chacun.

      Reprendre en main notre culture. Rendre à chacun sa dignité. Nous donner un pays. Toute l’âme de Bruno Roy est fixée là: faire en sorte que chacun se réapproprie ce qu’il est et qu’il puisse l’exprimer de toutes les façons possibles.

      L’instant nous oblige avec humilité à saluer l’homme et son oeuvre. Son héritage s’inscrit dans notre mémoire collective comme un phare qui contribue à éclairer le chemin de notre pleine liberté nationale. Merci, Bruno Roy!

      Maka Kotto

    • J’ai connu Bruno personnellement, c’était un homme humble, généralement de bonne humeur et franchement sympathique. On parle souvent de Bruno l’auteur, le président de l’UNEQ, le militant, le défenseur des faibles… mais il ne faudrait pas oublier d’insister sur ses grandes qualités humaines.

    • bon courage en Haiti

    • bon courage a haiti

    • @ Chantal Guy
      Depuis que je sais que vous êtes en Haïti, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour vous.
      Je vous souhaite tout le courage, tout l’amour et tout le soutien du monde pour traverser cette épreuve. Je suis solidaire, avec le peu de moyen que j’ai, de votre souffrance.
      Mes pensées, mes prières et ma solidarité vont aussi au peuple haïtien.
      Un lecteur de votre blogue.

    • J’admire beaucoup Monsieur Bruno Roy. Pour moi il est le type parfait de la “résilience”. Après avoir tant souffert dans un orphelinat où les enfants étaient classés “malades mentaux” il s’en est sorti, grâce à une rencontre bénéfique.

      Mais je ne “digère” pas encore qu’on ait élevé une statue à Maurice Duplessis près du Parlement à Québec. Ce qui me contente c’est de voir que les pigeons vont…..sur lui tous les jours. C’est un homme indigne qui a fait passer ses intérêts personnels avant ceux des “québécois”…Il ne mérite aucune considération.

      J’ai moi-même été orphelin…pas dans le même contexte, mais j’ai vécu dans un orphelinat dirigé par les bonnes soeurs. Il y avait beaucoup de religion mais pas d’AMOUR envers les enfants. J’avais QUATRE ans…

    • J’admire toujours Monsieur Bruno Roy, le modèle parfait de la “résilience”…et tous ces orphelins anonymes de Duplessis.

      Ce que je n’accepte pas c’est qu’on ait élevé une statue à Monsieur Duplessis non loin du Parlement du Québec. N’oublions pas qu’il est le responsable de toutes ces vies brisées, de toutes ces blessures psychologiques profondes imposées à des orphelins qui ne demandaient qu’à être aimés, aidés, compris.

      Ce qui atténue ma grade déception c’est que chaque jour des pigeons vont…..sur la statue…Il ne mérite que cela….

    • Mon deuxième commentaire sera-t-il publié?
      Le “politicly correct”viendra-t-il CACHER cette vérité du régime le plus néfaste de notre histoire jusqu’en 1959,
      lors du décès de cet imposteur et profiteur de la Grande Noirceur.

    • «ceux qui le trouvent un peu trop indépendantiste»
      Ce que l’on est jamais trop à mon humble avis.
      Perte importante pour nous, Monsieur Bruno Roy.

    • Un autre indépendantiste de moins, rien de plus exaltant. À quand le prochain??? Au plus vite, si possible.

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