C’est réglé, au Journal de Québec. Quatorze mois de conflit. C’est énorme. À une autre époque, disons il y a dix ans, le JdeQ aurait probablement fermé ses portes. Il y a dix ans, avant l’ère numérique, « sortir » un journal, c’était dix fois plus difficile. C’était, en tout cas, plus difficile à « sortir » sans ses artisans. À l’ère d’Internet, c’est plus facile de le faire.
Pourquoi le conflit a-t-il duré si longtemps ? Après tout, les syndiqués étaient solidaires et engagés. Ils ont même lancé un quotidien concurrent ! La réponse est simple : le conflit a duré longtemps parce que le journal continuait à faire des sous. Il n’a perdu qu’une quantité négligeable de lecteurs. Le patron peut être ferme quand il fait des sous. Peut-être a-t-il subi une baisse des revenus, mais quand tu sors ton journal avec une poignée d’employés-cadres qui ne coûtent qu’une fraction de ce que coûtait ta masse salariale, il faut perdre beaucoup, beaucoup d’argent avant d’avoir un puissant incitatif à régler.
Pourquoi ça s’est réglé, 14 mois plus tard ? On le saura probablement bientôt, quand les protagonistes vont commencer à parler. Il semble que Pierre Karl Péladeau et le chef de la FTQ, Michel Arseneault, aient eu des discussions directes.
Dans l’immédiat, il sera intéressant de voir comment le retour au travail se fera. De tous ces cadres embauchés avant le lock-out, combien resteront ? Des cadres qui étaient au JdeQ depuis longtemps, combien pourront rester ? Nonobstant leurs qualités individuelles, les troupes les verront toujours comme des scabs. La chimie des rapports interpersonnels et professionnels s’en trouvera forcément entamée.
Comment les syndiqués feront-ils le saut dans l’ère numérique ? Comment valseront-ils, un pied dans le papier et l’autre sur le web ? Ce sera intéressant à voir. En ce sens, le JdeQ sera un laboratoire pour Quebecor Média et, peut-être, pour la profession.
Je pense que les journalistes, au 21e siècle, devront pouvoir raconter des histoires sur plus d’un médium. Tous les médiums, du blogue au podcast en passant par le clip et la chronique ? Non. Parce que même si les patrons de presse aimeraient bien que le journaliste (payé une fois) décline son produit sur plusieurs plateformes (chacune susceptible d’être vendue à des annonceurs différents), nous ne sommes pas des pieuvres. On peut bien nous demander de l’être, et de nourrir la bête tévé, la bête papier, la bête blogue, la bête web, la bête radio, la bête magazine en même temps, on risque au final de travailler tout croche. Et si tu travailles tout croche, il y a de fortes chances que le consommateur de nouvelles aille voir ailleurs…
Prochaine étape : le JdeM. La convention collective du Syndicat des travailleurs de l’information du JdeM vient à terme le 31 décembre. Généralement, le « crunch », le sprint final des négos, arrive quatre, cinq mois plus tard. Dans les négos entre le JdeM et son syndicat, l’ombre des 14 mois de conflit à Québec planera, c’est sûr. Jusqu’à quel point ? Bonne question. Chose certaine, la direction de QMI a désormais dans ses coffres le mode d’emploi dans le domaine « Publier un journal sans syndiqués, 101 ». Les syndiqués du JdeM auront aussi appris de ces 14 mois. Bataille épique en vue. En même temps, on pourrait être surpris, ça pourrait se régler sans guerre civile. Qui sait.
























bennyboy77
3 Juillet 2008
01h28
Bonjour à tous!
Il est certain que le JdeM pourra rouler en cas de grève ou de lock out avec des cadres, mais il faut savoir que le Québécois moyen va chercher son information de lui-même à plusieurs endroits par les temps qui courent…. RDS, RDI, TVA, TQS, LCN, RIS, Sportsnet, SCORE, RC, CBC.. et j’en passe. On se promène au gré de nos goût et passions….. cyberpresse, canoé et RDS qui nous permettent de sélectionner nos propres nouvelles avec leur site…. et que dire de nos journaux…. qui reprennent constamment les dépêches de AP, UP ou bien la presse canadienne…. Disons qu’il est rafraîchissant de lire Martin Leclerc du JdeM ainsi que MA Godin, M Bégin et même R. King ce matin au sujet des UFA dans La Presse…..
grenierb
3 Juillet 2008
01h29
Effectivement, un nouveau rôle attend selon moi les journalistes de Québec. Sauront-ils s’adapter ? Assisterons-nous à une nouvelle forme de journalisme ? Pas certain ! Est-ce qu’encore une fois l’organisation du travail et les spécialistes de l’inefficacité viendront tout bousiller ? On est encore loin du web 2.0 ici tandis qu’ailleurs…dans le monde on avance à grands pas. C’est vrai que dans le pays du Québec, on s’occupe bien des travailleurs (42% de syndiqués)
sirkowski
3 Juillet 2008
01h31
Ça en dit long sur le lectorat du Journal de Québec si ça continuait à vendre. N’importe quel torchons ferait l’affaire.
Unspoken_Request
3 Juillet 2008
07h43
Vous connaissez ça mieux que moi. Votre article donne l’impression que les syndicats ont perdu, alors qu’hier, en regardant le téléjournal, j’avais plutôt l’impression que le syndicat avait gagné. Est-ce que je me trompe?
J’avais vraiment l’impression que c’était Quebecor qui avait mis beaucoup d’eau dans leur vin et non les journalistes. Les demandes de PKP et cie était très importante, me semble-t-il. Malgré 14 mois de conflit, ils ont reculé beaucoup
P.S. Je sais que c’est simpliste de demander qui a perdu et qui a gagné, mais quand un syndicat vote à 98% pour une entente de principe, elle ne doit pas être si mauvaise.
Patrick Lagacé
3 Juillet 2008
15h37
Unspoken : désolé si vous avez eu cette impression. Ce n’est pas le cas. Je n’ai pas commenté le fond du dossier, section gagnants-perdants, gains-pertes.
pierrejcallard
6 Juillet 2008
18h11
Les syndicats dans leur forme actuelle n’ont pas d’avenir… et les journaux sur papier n’ont plus. Si les blogueurs comme vous s’unissaient, lancaient leur site et vendaient des abonnements à 1 $ par mois, ils feraient plus d’argent et s’émanciperaient de la politique éditoriale de Gesca.
Pierre JC Allard hyperlien
julienn
6 Juillet 2008
22h35
Le journal continuait effectivement a faire des sous Patrick. Mais les employés aussi !
Les deux partis avaient prévu la confrontation. Le look-out a eu lieu le 24 avril mais le syndicat était prêt a mettre en marche son journal dès janvier !
Rappel des détails et de la confiance qui règnait en début de conflit dans cette article de Paul Cauchon du Devoir.
hyperlien
Dès le début les employés avaient prévus publier leur journal gratuit 5 jours semaine pendant un an sans problème. Et vu que l’employeur aussi s’enlignait pour que ce soit long c’était bien parti pour durer très longtemps!
Aucun doute que les publications papier sont confrontés au choc du net. La production de papier de journal est en recul de 25% dans le monde…
Et il n’est pas évident que les revenus de publicité vont rester les mêmes pour les médias.