Sophie Cousineau

Le Samedi 19 mai 2007 | Mise en ligne à 11h36 | Commenter Commentaires (23)

Gagner 5127$ l’heure

5127 dollars et six cents. Voilà ce que Hunter Harrison, le grand patron du Canadien National, a empoché pour chaque heure de travail l’an dernier, 65 heures semaine, 52 semaines par année.

Avec une rémunération de 17,3 millions en 2006, Harrison est le PDG le mieux payé chez les dirigeants des grandes entreprises québécoises, révèle l’excellent palmarès publié dans La Presse aujourd’hui.

Il faut travailler sept semaines pour gagner l’équivalent sur un salaire de 40 000$ par année. Démago ? Un peu, mais pas tant que cela.

La rémunération des PDG est fonction du salaire, des primes, du régime de retraite et des options d’achat d’actions exercées durant 12 mois. Si un patron passe à la caisse avec ses options une certaine année, il se retrouve invariablement en tête de peloton. Mais voilà, Hunter Harrison en a encore pour 96,4 millions de dollars en réserve !

Comment les entreprises peuvent-elles donner autant d’argent à leurs dirigeants ? Surtout que, dans le cas du CN, ils n’ont pas ouvert leurs goussets pour leurs travailleurs grévistes qui ont été forcés de rentrer au travail par une loi spéciale.

Cela ne se décide pas sur le coin d’une table. «Tiens, Hunter, voilà 17,3 millions.» Le comité de rémunération du conseil tient compte des salaires de l’industrie, des salaires d’entreprises de taille comparable, de la performance de l’entreprise et de d’autres critères.

Par exemple, une société peut richement payer un patron qui a été recruté pour la sortir de graves difficultés, même si le salaire semblera disproportionné comparé à la tenue de son action en Bourse.

Cela dit, il y a un problème dans le jeu de la comparaison. Les PDG magasinent leurs emplois (normal). Et comme certaines industries offrent des salaires stratosphériques de façon inconsidérée, cela tire l’ensemble des rémunérations vers le haut.

Le milieu de la haute finance est à blâmer en particulier. En 2006, par exemple, les employés de la firme Goldman Sachs se sont partagés 16,5 milliards US en salaires et autres avantages, soit 20% de plus que l’année précédente. Le président Lloyd Blankfein a empoché 54 millions US à lui seul.

«Révolté», l’ancien coprésident de la firme John Whitehead a affirmé cette semaine que son ancienne firme menait le bal de la «hausse scandaleuse des salaires». Malheureusement, on ne voit toujours pas ce qui freinera la spirale inflationniste.

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