Il n’y a pas si longtemps, on disait que les fusions entre places boursières, qui se négociaient à la chaîne, étaient inévitables. Une fatalité à laquelle aucun parquet ne pouvait échapper.
Et puis les autorités de la concurrence et les élus ont mis leur nez inquisiteur dans ces transactions. Après le refus de Canberra, qui a bloqué la fusion des bourses de Singapour et d’Australie, voici que la Commission européenne intervient pour empêcher le mariage de la Deutsche Börse et de NYSE Euronext, une transaction de 17,9 milliards US.
Il ne s’agit pas d’une grande surprise. Les autorités européennes avaient déjà exprimé des réserves sérieuses sur ce projet au cours des dernières semaines.
En revanche, les raisons données sont intéressantes. Et lourdes de sens pour le consortium canadien Maple, qui attend depuis plusieurs mois une décision du Bureau de la concurrence sur son projet d’acquérir le Groupe TMX, avec l’achat de son concurrent Alpha comme condition sine qua non.
Si la Commission européenne s’est opposée à cette transaction, c’est en raison de la très forte concentration dans la négociation des produits dérivés qui aurait résulté de la combinaison des filiales Eurex (Deutsche Börse) et Liffe (NYSE Euronext). Leur part de marché aurait été supérieure à 90%.
Le parallèle avec le Canada est patent. Si Maple réunit la Bourse de Toronto et sa concurrente Alpha sous un même toit, elles accapareront ensemble plus de 80% du volume de négociation des actions au pays. Le Bureau de la Concurrence a d’ailleurs exprimé de «sérieuses préoccupations» à cet égard, dans un avis rendu public cet automne.
Dans sa décision, la Commission européenne a aussi dénoncé le fait que Deutsche Börse et NYSE Euronext comptaient marier leurs filiales de compensation. Une chambre de compensation aussi dominante inciterait les participants du marché à privilégier ces joueurs établis plutôt que leurs jeunes concurrents.
Ici encore, Maple prévoit dégager des économies d’échelle et des gains d’efficacité en étant propriétaire à la fois de la chambre de compensation CDS et de la Corporation canadienne de compensation des produits dérivés (CDCC), une filiale de la Bourse de Montréal.
Au risque de répéter ce qui s’apparente à une évidence, les choses semblent mal engagées pour le consortium Maple.