Sophie Cousineau

Mardi 24 janvier 2012 | Mise en ligne à 23h09 | Commenter Commentaires (32)

Le Barack Obama de 2012: populiste et nationaliste

Alors que la création d’emplois est la préoccupation première des Américains, le président Barack Obama vient de livrer un discours à la nation à saveur résolument économique. Même si les nouvelles mesures qu’il a évoquées n’ont à peu près aucune chance d’être adoptées par un Congrès hautement divisé, elles donnent le ton de la campagne électorale à venir.

Le président Obama se positionne comme l’homme d’État qui veut préserver le grand idéal américain selon lequel la richesse et le succès sont à la portée de toutes les personnes qui travaillent avec acharnement. Dans une Amérique où l’écart entre les riches et les pauvres se creuse, cet idéal s’apparente de plus en plus à un mythe.

«Tout le monde devrait avoir une chance», a insisté Barack Obama dans un discours combatif.

«Les règles du jeu devraient être les mêmes pour tout le monde», a-t-il ajouté, en revenant sur l’importance de réformer les impôts, pour restaurer l’équité entre les millionnaires et les autres. La célèbre secrétaire de Warren Buffett, dont le taux d’imposition est plus élevé que celui de son patron, s’était d’ailleurs déplacée à Washington pour l’occasion!

Le président Obama s’est félicité d’avoir rescapé Détroit avec un sauvetage financier de l’industrie automobile qui était contesté encore tout récemment. Ainsi, il compte tout mettre en oeuvre pour favoriser la renaissance de l’industrie manufacturière américaine. Cela se traduirait par la mise en place d’incitatifs pour les entreprises qui rapatrient des emplois aux États-Unis et le retrait de crédits d’impôt aux sociétés qui privilégient le off-shoring.

«Il est temps d’arrêter de récompenser les entreprises qui expédient des emplois outremer», a-t-il dit. Le président a aussi évoqué la création d’un impôt minimal pour les multinationales afin de contrer l’évasion fiscale.

Avec ce discours nationaliste et populiste, le président Obama courtise délibérément les Américains qui, tout en travaillant fort, ont toujours du mal à joindre les deux bouts. Les 98% de ménages qui gagnent moins de 250 000 dollars par année.

Mais ce populisme fleure bon le protectionnisme. Le président voudrait par exemple créer une nouvelle agence pour enquêter sur les pratiques commerciales déloyales. Il a nommément cité les entreprises chinoises qui exportent aux États-Unis en profitant d’un financement de l’État à des conditions plus favorables que celles offertes sur le marché - ce qui ne manquera pas de froisser Pékin.

Barack Obama n’a jamais nommé le Canada. Cependant, les Canadiens savent pertinemment qu’une telle agence peut aussi se retourner contre leurs industries, à la suite de pressions exercées par des entreprises américaines en concurrence avec des intérêts canadiens. D’autant que le président Obama a insisté sur l’importance d’assurer l’autonomie énergétique des États-Unis, en ouvrant toutes grandes les valves du gaz de schiste et du pétrole off-shore en territoire américain.

Comme c’est souvent le cas, notre meilleur ami est aussi notre pire ami.

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Dimanche 22 janvier 2012 | Mise en ligne à 23h24 | Commenter Commentaires (25)

Rescaper RIM, une mission impossible ?

C’est la fin d’une époque. Les deux grands patrons de Research in Motion, Mike Lazaridis et Jim Balsillie, se retirent de la gestion de l’entreprise au jour le jour.

C’est ce que nombre d’actionnaires réclamaient, déçus par les performances de RIM, qui a de plus en plus de mal à concurrencer Apple et les fabricants de téléphones intelligents s’appuyant sur le système d’exploitation Android de Google.

Mais la rupture avec le passé n’est pas totale. Le nouveau chef de la direction, Thorsten Heins, un ancien ingénieur de Siemens âgé de 54 ans, a été recruté par Lazaridis et Balsillie voilà un peu plus de quatre ans. Et dans une entrevue accordée au Globe & Mail, Thorsten Heins n’annonce aucun coup de barre, bien qu’il compte reconstruire l’image de RIM avec un nouveau chef du marketing.

Cependant, il envisage d’offrir sous licence le nouveau système d’exploitation de RIM, BlackBerry 10, à d’autres fabricants de téléphones sans fil. Un moyen habile d’accroître la portée de ce système et de susciter un intérêt plus grand chez les développeurs d’applications.

Mike Lazaridis et Jim Balsillie restent aussi au conseil d’administration, qui sera dorénavant présidé par Barbara Stymiest, une comptable de 55 ans qui s’est fait connaître comme présidente de la Bourse de Toronto.

Prem Watsa fait une entrée remarquée au conseil de RIM après avoir investi dans l’entreprise. Le grand patron de Fairfax Financial, surnommé le Warren Buffett du Nord, est une sorte de champion des causes désespérées, ayant notamment investi dans Mega Brands et dans AbitibiBowater, maintenant Produits forestiers Résolu. Lire à ce sujet ce portrait que je signais en 2008.

Mike Lazaridis et Jim Balsillie ont construit un champion canadien de la techno au cours des 20 dernières années. Mais il est clair qu’ils devaient passer le témoin à un autre coureur, d’autant qu’ils n’arrivaient plus à cacher leur exaspération devant le flot continu de mauvaises nouvelles. Thorsten Heins hérite ainsi du job le plus difficile de la planète. Et la lune de miel s’annonce courte.

Priorité absolue : lancer au plus vite, et avec fanfare, la prochaine génération de téléphones BlackBerry, pour faire oublier les erreurs du passé.

Thorsten Heins peut-il infléchir le cours des choses ? Ou est-ce que ce changement de direction arrive trop tard ?

Chose certaine, le nouveau grand patron de Research in Motion n’a pas droit à l’erreur.

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Mercredi 18 janvier 2012 | Mise en ligne à 20h47 | Commenter Commentaires (14)

Des courriels en temps supplémentaire

Nous le savons tous, la frontière entre le bureau et la maison s’estompe de plus en plus avec les téléphones intelligents. Même avec de discrètes vibrations, les courriels et appels reçus en soirée nous sortent de plus en plus de notre ailleurs pour nous replonger dans le travail.

Pour imposer des limites au travail 24/7, le Brésil vient d’introduire un projet de loi pour le moins étonnant. Il force les entreprises du pays à payer en heures supplémentaires leurs employés qui répondent à des courriels ou discutent affaires sur leur sans-fil à l’extérieur de leurs heures de travail ! Lire à ce sujet cet article du Financial Times.

Ce projet de loi suscite une vive polémique au Brésil, surtout dans les grandes villes où nombre de dossiers se règlent au téléphone lorsque les cadres et salariés sont coincés dans les bouchons de circulation.

Les lois du travail au Brésil sont réputées lourdes et tatillonnes, et les employeurs se plaignent régulièrement de leurs coûts de main-d’oeuvre élevés, comparativement aux autres juridictions.

Que l’on soit pour ou contre, toutefois, ce projet de loi paraît difficile d’application. Imaginez remplir ou traiter des feuilles de temps supplémentaire où les minutes en soirée sont comptabilisées ?

En Allemagne, un pays pourtant réputé pour son efficacité, le géant automobile Volkswagen a mis en place juste avant Noël une mesure encore plus dramatique pour rétablir la frontière entre travail et repos, à l’insistance des syndicats. Les travailleurs et professionnels syndiqués qui disposent d’un BlackBerry fourni par le constructeur automobile ne reçoivent plus aucun courriel 30 minutes après la fin de leur quart de travail. Les serveurs de l’entreprise acheminent ces courriels seulement 30 minutes avant le début de la prochaine journée.

J’en connais qui seraient contents. J’en connais qui vireraient fous.

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