Marc-André Lussier

Marc-André Lussier - Auteur
  • Le blogue de Marc-André Lussier

    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
  • Lire la suite »

    Lundi 15 mars 2010 | Mise en ligne à 9h14 | Commenter Commentaires (8)

    Un métier à haut risque!

    Roy Scheider-1

    Le dernier rôle de Roy Scheider est dans Iron Cross.

    Sur ce blogue, qui entame bientôt sa troisième année d’existence, les discussions sur le rôle et l’utilité de la critique ont été nombreuses.

    Une nouvelle étape a été franchie la semaine dernière. D’abord, le métier de «critique» devient de plus en plus précaire, surtout dans les médias écrits américains. Où, traditionnellement, un journaliste appelé à faire de la critique n’était affecté qu’à cette seule tâche. Après 31 ans de services, Todd McCarthy, le critique en chef cinéma du journal spécialisé Variety, a été remercié. Il en fut de même de David Rooney, le critique en chef théâtre. Variety ne veut plus de critiques permanents dans ses rangs et préfère dorénavant, pour des raisons économiques (?), faire appel à des pigistes. Soit.

    Mais au-delà de ces questions de gestion de personnel, un autre événement est venu secouer le monde de la «critique» en général, et celui de Variety en particulier. Le New York Times faisait écho ce week-end dans un blogue médias à une poursuite judiciaire intentée par une maison de production  contre Variety. La raison? Préjudices et dommage apparemment causés par une mauvaise critique qu’a publiée le vénéré journal spécialisé!

    Lisez cet article du New York Times.

    Pour résumer sommairement, les producteurs du film britannique Iron Cross, le dernier film dans lequel a joué Roy Scheider, auraient été contactés par le service de publicité du Variety afin d’orchestrer une campagne de promotion dans le journal visant plus particulièrement les membres des Academy Awards. Des sommes importantes ont été investies (400 000 dollars, dont 226 000 déjà versés). Les producteurs affirment avoir accéléré leur rythme de postproduction afin de pouvoir répondre aux critères d’admissibilité de l’Académie et présenter le film dans une salle de Los Angeles dans les délais prescrits.

    Qui dit présentation publique dit forcément recension de la part des critiques. Celle de Variety, rédigée par Robert Koehler, n’étant guère favorable, les producteurs d’Iron Cross estiment aujourd’hui avoir été lésés. Et réclament dédommagement. Si jamais la cause est entendue, ce sera une première.

    Cette histoire résume assez bien le profond malentendu qui existe entre le milieu et la critique. Pour plusieurs intervenants, la critique sert d’instrument de promotion et s’inscrit dans l’ensemble d’une stratégie de marketing. Dans les faits, le service de publicité d’un journal et le service de la rédaction sont deux entités bien étanches. Et doivent le rester.

    Faudra-t-il désormais faire de la prison pour défendre ce principe?

     

    Suivez-moi sur Twitter. Cassivi y est aussi.


    • Sans être présomptueux, si je comprends bien au premier degré, les critiques doivent encenser le produit peu importe le contenant et le contenu. Est-ce le cas? Advenant que oui, il est maintenant démontré que tout ce qui vient d’Hollywood est parfait et surtout doit le rester dans les mentalités. En résumé, aucune opinion qui diffère de la ligne indiquée n’est tolérée.

      C’est peut-être un peu catégorique de ma part, mais je ne vois pas de second degré possible d’interprétation de votre exposé. Est-ce le cas?

    • Monsieur Lussier!

      Je trouve que vous montez très rapidement aux barricades en oubliant (volontairement?) de mentionner quelques faits établis dans cette affaire, sous prétexte de vouloir défendre la liberté d’expression.

      Le probleme en art, c’est qu’on nage dans l’abstrait. Au hockey, quand un joueur compte un buts, on voit le filet qui bouge, tout le monde s’en rend compte en même temps, c’est un but. Au cinema, quand un film “marque des points”, il n’y a pas de lumière rouge qui s’allume. Si le spectateur a la tête ailleurs ou interprète la scene a sa maniere, il peut passer a côté de certaines notions et idées du film. Le critique se veut le “régisseur” de la quantification de la qualité d’un film. C’est l’arbitre qui compte les bons et les mauvais coups, fait une moyenne et “détruit” ou “encense” le film. Mais les critiques sont-ils tous d’une nature généreuse et ouverte d’esprit ? Ou vont-ils parfois voir un film avec une idée préconçue et n’en dérogent pas jusqu’a la fin? On ne peut pas savoir. Alors comment faire confiance a ce nom derrière un ordinateur qui y va de sa plus fine prose pour nous convaincre de la médiocrité ou de la qualité d’une oeuvre. Comment savoir qu’il n’a pas de vendetta personelle a régler, de problemes d’ego ou juste une mauvaise semaine… Le probleme c’est qu’on lit seulement le point de vue d’une seule personne et que contrairement a la cour, on entend rarement la replique du camp accusé.
      Cependant, une fois de temps en temps, certains realisateurs prendront le temps de rediger une contre-critiques pour expliquer a leur tortionnaire ce qu’ils ont manqué de leur oeuvre. Je vous invite a lire celle de Joshu Newton, scénariste-réalisateur de ce film hautement personnel.
      http://gawker.com/5481280/variety-will-kill-a-bad-review-of-your-mediocre-movie-for-just-400000

      J’ai vu récemment le film “Up in the Air” et permettez-moi de tracer un parallèle entre votre prise de position aujourdhui et celle de Ryan Bingham(George Clooney) dans le film. Lorsqu’il apprend que sa firme va se transformer et que son métier va changer, il refuse et tente de détruire la petite nouvelle qui a eu l’idée mais ce n’est pas la vérité qu’il protège, c’est son propre mode de vie.

    • Je suis peu biaisé car mon intérêt pour le cinéma est né en partie avec la lecture des critiques (Serge Dussault, Luc Perreault, Richard Gay et quelques autres).

      Comme tous les critiques, Todd McCarthy avait ses partis-pris avec lesquels on pouvait où non être d’accord. Reste que le bonhomme avait une culture cinématographique clairement supérieure à la moyenne et qu’il savait étayer ses arguments d’une façon claire et concise. Plus généralement, en mettant à la porte ses critiques vedettes, Variety joue un jeu dangereux qui peut lui nuire à plus ou moins brève échéance. Car c’est la crédibilité du discours critique qui donne à ce journal son intérêt, bien plus que ses ‘scoops’ sur les négociations de contrats entre producteurs.

    • @etienne

      C’est quoi le lien? Bien sûr qu’un critique est personnel, subjectif, etc., mais c’est pas le problème ici. Que le critique de Variety ait tort ou raison vis-à-vis d’Iron Cross on s’en fout pas mal, il reste qu’une publication a retiré une mauvaise critique après avoir reçu une somme d’argent pour publiciser le film en question. Il y a une raison pourquoi les critiques sont appelés critiques et pas publicitaires.

    • Les critiques, il ne faut plus les lires, ce que je fais depuis longtemps, parce qu’il n’y en a pratiquement plus de crédibles. Faites vous une idée par vous-mêmes selon vos connaissances. Dernier exemple, la cote de 2.5 étoiles donnée au film Le hérisson cette semaine dans ce même site. Voici un film fort intéressant, divertissant et réussi sans être le film de l’année. Les acteurs y sont 10 fois mieux dirigés et naturels que dans J’ai tué ma mère pour ne prendre que ce seul exemple. Le problème est la comparaison avec bon nombre de presque navets made in US mais dont la promotion est bien exécutée auprès de ces supposés critiques et qui obtiennent de bien meilleurs scores. Ensuite, ces mêmes critiques se désoleront de la disparition des films autres qu’Américains. Une telle cote envoie pourtant nettement le message aux amateurs occasionnels d’aller voir Avatar.

    • Étrange cette histoire. Le Variety est réputé pour le sérieux et le professionalisme de ses critiqes. Quelle bizarre idée que d’avoir tenté de se servir du Variety comme outil de promotion? Ils ont des pages de publicités pour cela. D’autres magazines comme Premiere ou je ne sais plus lesquels sont idéal pour la promotion déguisée en critique.

      Dans le milieu des arts visuels, plusieurs articles ressemblent à de la promotion depuis le départ de Jérome Delgado. Quand un critique est bon, on s’en souvient, on le suit dans ses aléas. Je suis moi-même stalker de certains critiques.

      Sultitan

    • Peut-être que des mauvaises mains hollywoodiennes se sont emparé du Variety.
      Avec le temps, on apprend à faire face à la fumisterie. Que tous les producteurs et réalisateurs D’Iron Crosses à travers le monde se le tienne pour dit.

    • Faire de la publicité sous la forme d’une critique, cela s’appelait au début du 20e siècle de la réclame. Lisez La Presse de l’époque: les soi-disant critiques ne disent que du bien des spectacles et disent à peu près la même chose dans La Patrie. En fait, les journaux recevaient un texte de publicité qu’ils paraphrasaient. Personne ne pouvait se faire d’idée des spectacles puisque tout était dythirambiques.

      Par ailleurs, ceux qui ne veulent plus des critiques ne réalisent pas leur utilité, en particulier sur le long terme. La complaisance tire tous vers le bas dans la mesure où la peur de la critique négative fait que les artistes paufinent leur travail, ont le trac, remettent sur le métier etc, etc. Sans parler des faux artistes et les fumistes qui n’encombrent pas les écrans et les scènes.

      Il faut aussi dire que les critiques découvrent et encouragent par leur bonne critique les artistes nouveaux (qui deviendront populaires par la suite).

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • Blogues sur Cyberpresse

  • Calendrier

    janvier 2012
    L Ma Me J V S D
    « déc   fév »
     1
    2345678
    9101112131415
    16171819202122
    23242526272829
    3031  
  • Archives