Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Mardi 16 mars 2010 | Mise en ligne à 22h07 | Commenter Commentaires (13)

    Un dilemme cornélien

    Journal coopérant-1

    Robert Morin incarne Jean-Marc Phaneuf dans Journal d’un coopérant.

    Pour ceux que cela intéresse, une autre petite visite dans les coulisses du métier.

    J’ai vu Journal d’un coopérant, dont la sortie est prévue le 26 mars. J’ai rencontré le cinéaste Robert Morin afin de rédiger un article, lequel paraîtra dans notre cahier Cinéma de samedi, soit six jours avant la sortie du film. Rien de bien particulier là-dedans, me direz-vous. En effet.

    Sauf qu’en rédigeant l’article en question, j’ai dû faire face à un réel dilemme. Je m’explique.

    Depuis que Robert Morin a annoncé son projet – et toute l’opération qui a suivie sur le web – on sait que son film propose une vue de l’intérieur du monde de la coopération internationale. Le cinéaste y incarne lui-même le personnage principal du film, Jean-Marc Phaneuf, un électronicien célibataire qui se rend en Afrique pour la première fois de sa vie à titre de coopérant pour une ONG, Radio du monde. Sur place, Phaneuf se filme un journal de bord et découvre une réalité moins reluisante que celle que laisse entrevoir habituellement le domaine de l’aide humanitaire.

    Tel est le premier sujet du film; celui qui a été mis de l’avant depuis le début.

    Or, il y a un autre sujet dans ce Journal d’un coopérant. Très fort. Or, l’effet qu’a sur le spectateur l’arrivée de ce nouveau thème dans le récit est beaucoup dû à son aspect plus inattendu. Personnellement, j’ai l’impression que l’impact du film risque de s’amoindrir si le spectateur sait d’avance de quoi il s’agit. Le plus déchirant, c’est que le cinéaste a un point de vue intéressant à exprimer sur ce sujet.

    Que faire? Dévoiler ce dont il s’agit en risquant de gâcher la qualité du rapport entre l’œuvre et son spectateur potentiel?

    J’ai demandé conseil à Robert Morin. Il m’a regardé en riant, visiblement fier de son coup. «Si tu décides de ne pas vendre la mèche, je vais avoir hâte de te lire en maudit! Va falloir que tu patines!» J’ai compris dans son attitude et son propos qu’il préférait cette discrétion.

    Même si je sais très bien que l’info reste facile à obtenir pour quelqu’un qui souhaite savoir tout de suite; même si je sais que des collègues dans d’autres médias choisiront probablement une autre voie que la mienne, j’ai décidé de patiner. Je ne révèlerai rien (ou si peu) de cet aspect du film dans mon article. Peut-être fais-je une erreur. Mais j’assume.

    Ce qui me rassure, c’est que Robert Morin est toujours intéressant, avec ou sans choses à cacher.

    En attendant de lire cette interview, encouragez-moi pendant que j’exécute mon quadruple axel suivi d’une triple boucle piquée…

    Voyez la plus récente bande-annonce.

    Suivez-moi sur Twitter. Cassivi y est aussi.


    • Je boycotte tous les articles sur Robert Morin tant que j’ai pas vu le film. Merci pour l’avertissement!!

    • C’est vraiment une triste époque… où même un journaliste dois se poser la question à savoir s’il doit tout expliquer ou s’il doit faire confiance à l’intelligence de ses lecteurs… Vous êtes pas au Devoir, mais fais ce que doit! Marc de Montréal

    • Ça change de Six dans la cité où il y a au moins un “spoiler” par émission…

    • Pour ma part, je ne vois pas le dilemme: un critique devrait parler du langage, de la mise en scène, des obsessions du cinéaste, de sa vision du monde au besoin, de l’inscription de sa poétique dans l’histoire de son art. Pour dire la qualité d’un film, il devrait jamais faire appel aux péripéties: ni le punch final ni les autres retournements du scénario. La description du scénario devrait s’en tenir à la situation initiale et à la situation problématique. Du reste, c’est le B-A-BA du travail de critique.

      Pour revenir au film de Morin, malgré votre délicatesse, il est certain que je vais attendre le retournement; l’effet de surprise sera en partie gâchée.

      J’y pense, tant qu’à être sur le sujet, il faudrait aussi dénoncer les descriptions des guides télé (reprises aussi dans le bottin de la Boîte noire) qui réussissent souvent en une ligne à donner le punch final (Vertigo et Psycho, par exemple)…

    • Je vous appuie a 100% ! Par contre j’aurais aimé vous voir patiner un peu plus longtemps :D ! Mais il faut quand même pas voler du contenu pour les articles d’Annabelle Nicoud ;) !

    • @ghost

      Parfois, pour parler de langage et de mise en scène, il faut prendre en compte le punch. Je pense à Shutter Island entre autres, où l’artificialité du film se justifie en partie dans la révélation finale. Et d’après ce que j’ai lu du dernier Morin, c’est le cas aussi, la finale n’est pas qu’une péripétie de plus, elle amène carrément une autre façon d’aborder le film, ce qui j’imagine a des répercussions sur le langage, ou en tout cas à coup sûr sur les obsessions du cinéaste et sa vision du monde.

    • @cinematographe

      Dans ces cas-là, et ils sont rares, il faut mettre un avertissement pour que les gens lisent la critique après avoir vu le film. Simple as that.

    • Si je ne m’abuse, il s’agit bien de : «fais ce que doiS»

    • La référence au Devoir de la part d’un intervenant est non seulement injustifiée mais tout à fait fallacieuse. L’employeur pour lequel travaille un journaliste, ici de la presse écrite, n’a aucune incidence — sans faire de jeu de mots — sur son devoir d’éthique journalistique, voire sur son code de travail.

      Ceci dit, se poser la question n’a pas sa raison d’être, ne devrait même pas faire partie des interrogations d’un journaliste envers son public à savoir s’il doit ou non dévoiler, dans le cas qui nous importe, un pan important du film. Alors M. Lussier, vous devez laisser le spectateur voir le contenu et s’enquérir lui-même de ce nouveau thème « inattendu ».

      @ sapine

      Vous avez raison, c’est bien cela.

    • Bonjour Monsieur Lussier,

      Je préfère de loin votre approche. Et tant que vous ne commenterez pas un film comme un Alain Goldberg une épreuve de patinage artistique, eh bien je vous encouragerai. Blague à part, je déteste les articles ou ”preview” qui en révèlent trop.

    • M. Lussier, c’est foutu, l’inénarrable René Homier-Roy a donné le “punch” hier à Six dans la cité. C’est une habitude chez lui.

      Pour lui, ses sparages télé, son spectacle navrant, sont toujours plus importants que les films dont il parle. Une honte.

    • Ghost, juste pour t’empêcher de te calmer: J’ai déjà entendu RHR déclarer péremptoirement (excuse le pléonasme…) que L’ARGENT de Robert Bresson était le pire film qu’il ait vu dans sa vie. Mais c’est vrai que «tous les goûts sont dans la nature», (y compris celui de chiottes serait-on porté à ajouter)…

    • Je ne suis pas surpris qu’il n’aime pas L’argent, il ne s’intéresse qu’à la (petite) monnaie de singe.

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