
George Clooney, l’une des star du TIFF
Je le dis et je l’écris depuis plusieurs années. Mais la situation semble pire que jamais. De tous les grands festivals de cinéma, celui de Toronto est de loin le plus difficile à gérer pour les journalistes et les professionnels. N’étant pas compétitif, le TIFF a davantage l’allure d’un immense «showcase». Les œuvres s’y bousculent, livrées en pâture à des pros qui ne savent plus où donner de l’œil. 268 longs métrages. Tous dignes d’intérêt. C’est beaucoup trop. Et la plupart n’obtiennent pas l’attention qu’ils méritent. Dans ma chronique de vendredi, je donnais notamment l’exemple du sort réservé à Francis Coppola. Dont la conférence de presse fut programmée à une heure où au moins quatre autres films incontournables étaient présentés aux professionnels et journalistes.
Il faut d’ailleurs préciser qu’au TIFF, il est très difficile pour les pros ayant raté l’unique projection d’un film destinée pour eux de rattraper le dit film au cours de projections publiques. La plupart de ces projections affichent en effet déjà complet. Votre accréditation n’y change rien. Pas de billet; pas d’entrée.
Alors, ça râle. Le TIFF est devenu tellement énorme qu’on y croise rarement des pros heureux d’y être. On s’y rend par obligation, pour brasser des affaires. On repart sitôt la «business» faite. Dès le mardi suivant le premier week-end (où ont lieu les plus gros événements), le TIFF se vide. Pros et journalistes déguerpissent. La nature non-compétitive de la manifestation fait en sorte qu’aucun suspense n’est créé. À cause de cela, le Festival de Toronto a plus de difficulté à s’inscrire dans notre imaginaire. Faust d’Alexandre Sokourov fait maintenant saliver les cinéphiles du monde entier parce qu’il vient d’obtenir le Lion d’or de la Mostra de Venise. À Toronto, seul le film ayant été plébiscité par le public risque d’avoir un écho mondial. Cette année, Et maintenant on va où?, le nouveau film de Nadine Labaki (Caramel) a droit à cet honneur. Une surprise. Cette récompense sera sans doute très utile pour la carrière internationale de ce film qui portera pavillon libanais lors de la prochaine course aux Oscars. Rappelons qu’Et maintenant on va où avait été sélectionné à Cannes dans la section Un certain regard.
Tout cela pour dire que, même si la position du TIFF n’est en rien menacée sur l’échiquier des grands festivals, on sent quand même une certaine mouvance. Le Festival de Telluride, qui a lieu quelques jours avant le TIFF, attire de plus en plus l’attention de la presse spécialisée américaine. La sélection ne comportant qu’une vingtaine de longs métrages, chaque présentation est auréolée de prestige. D’autant que la sélection est dévoilée à peine quelques heures avant la tenue de ce court festival. C’est finalement à Telluride qu’a eu lieu la première mondiale de The Descendants (Alexander Payne).
Les producteurs de l’excellent Carnage (Roman Polanski), présenté à Venise il y a quelques semaines, ont préféré lancer la carrière nord-américaine du film au Festival de New York plutôt qu’à Toronto. L’organisme Unifrance, chargé de la promotion du cinéma français dans le monde (et très actif habituellement à Toronto), n’était présent qu’au marché du TIFF cette année. Toutes les communications étaient assurées par une firme de relations publiques new-yorkaise. C’est plutôt significatif…
Cela dit, le TIFF reste très utile sur le plan des ventes. Et maintenant on va où? (prix du film le plus populaire) et le Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau (prix du meilleur long métrage canadien), seront probablement les grands gagnants à cet égard.
On me pardonnera quand même de préférer de loin Cannes et Berlin…
Bande annonce de Monsieur Lazhar
Bande annonce de Et maintenant on va où?
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