Jozef Siroka

Jozef Siroka - Auteur
  • Le blogue de Jozef Siroka

    Jozef Siroka est journaliste au pupitre à lapresse.ca et blogueur cinéma à temps partiel.
  • Lire la suite »

    Vendredi 5 mars 2010 | Mise en ligne à 18h00 | Commenter Commentaires (6)

    Lecture du week-end: l’aventure Raging Bull

    raging-bull-01

    Comme souvent avec les grandes oeuvres, Raging Bull est un film qui a failli ne jamais voir le jour, qui s’est matérialisé à la suite d’un concours de circonstances pas des plus heureux.

    Martin Scorsese, affaibli par un franc insuccès (New York, New York), des sessions de montage épuisantes (The Last Waltz), un récent divorce et des problèmes d’asthme chronique qui ne faisaient qu’empirer à mesure que sa consommation de cocaïne augmentait, n’était pas disposé à écouter le nouveau projet que son ami Robert DeNiro lui proposait avec insistance.

    «Un film de boxe, je ne connais rien à la boxe» disait-il. Peu de temps après, sa santé fragile finit par flancher et il se retrouva cloué dans un lit d’hôpital, touchant la mort de près. Et c’est là qu’il vit la lumière : Il était Jake LaMotta! Il se reconnut dans se personnage auto-destructeur, qui négligeait de manière égoïste son propre entourage. Raging Bull sera un tournage «kamikaze». Scorsese mettra tout ce qu’il a dans ce film-exutoire, le dernier de sa carrière qu’il se disait.

    Le critique de cinéma Richard Schickel a signé dans le dernier numéro de Vanity Fair une intéressante chronique sur ce qui est considéré comme le chef-d’oeuvre de Scorsese, ainsi que le meilleur film des années 1980. Un extrait :

    Almost everyone knows that as an adolescent Scorsese briefly aspired to the priesthood and that his adult life has been marked by spiritual questioning, spiritual longing. De Niro came from a much more secular background, but like Scorsese he was an Italian-American formed by the same, well, yes, mean streets; he too knew something about the longing for grace by people who had no words to express that longing. Scorsese says, “It’s the old line from The Diary of a Country Priest,” the Georges Bernanos novel about a clergyman who utterly fails to redeem his greedy, ungodly parish yet dies absolved: “God is not a torturer. He wants us to be merciful with ourselves. And Jake kind of gets there.”

    But inexplicably so. Looking back on the film’s writing process, we can see that the entire effort was to strip this story down to its primal elements, to reveal states of being, not states of mind. The controlling idea was never to step back and explain anyone’s behavior; it was to plunge the audience into it, to make us feel, viscerally, every blow Jake La Motta delivered or absorbed in the ring and outside of it. The 40s and 50s, for example, were a period when Hollywood discovered Freud. Picture after picture, as Scorsese puts it, “explained that this guy did this because of that. But you can’t explain any human being with one Freudian term. I said, ‘Let’s take all that out. I don’t want to do any of that.’”

    Voici la première partie (sur huit) du making-of de Raging Bull que l’on trouve
    dans l’édition spéciale du DVD :

    On peut voir les autres vidéos ici.

    À lire aussi :

    > Shutter Island : Scorsese a-t-il abdiqué?
    > À propos de la fin de Goodfellas
    > Scorsese réalisera un film pour enfants
    > Lutte à trois pour décrocher le rôle de Sinatra


    • Un peu hors-sujet, mais il est difficile d’accorder une quelconque crédibilité à Richard Schickel. Il a dit récemment, à une conférence sur l’avenir du métier de critique: “Watching all these kind of earnest people discussing the art or whatever the hell it is of criticism, all that, it just made me so sad. You mean they have nothing else to do? I don’t know honestly the function of reviewing anything” Avant de rajouter: “I never loved movies”. Pas fort pour un critique. C’est ici, sur IFC: http://www.ifc.com/news/2010/03/nothing.php

    • Fascinant ce que vous m’apprenez au sujet de “Raging Bull”. Je rêve d’un film qui nous conterait la genèse d’un autre film.

    • @ cinematographe

      Ah oui, vous me rappelez maintenant que c’est aussi ce même Schickel qui a détruit un livre sur Altman sorti après sa mort (que j’ai acheté) avec des arguments de cour d’école du genre : «C’est un mauvais cinéaste parce qu’il buvait».

      Emerson lui a rendu la monnaie de sa pièce de manière assez éloquente :

      http://blogs.suntimes.com/scanners/2009/11/_richard_schickel_took_an.html

      Il reste que son article sur Raging Bull est assez éclairant.

    • Oui, c’est vrai, j’avais oublié ce livre, j’avais lu le post d’Emerson. Schickel a sorti le même type d’arguments à la conférence aussi, en parlant d’Harry Knowles, le gars d’Aint It Cool : “Why would anybody just looking at him pay the slightest attention to anything he said?!? He’s a gross human being.”
      Enfin, c’est vrai que son article est pas mal, je l’ai lu après avoir écrit mon premier commentaire, mais je le trouve un brin anecdotique. Je ne suis pas très friand du “scorsese s’identifiait au personnage” ou de “le technicien de son utilise des moments de silence”. Oui, et alors, qu’est-ce que le film nous dit, pourquoi ce silence? Schickel reste très peu analytique, sauf l’extrait que vous avez cité, mais c’est déjà un cliché de dire que le film fait l’effet d’un uppercut de La Motta, il faut aller un peu plus loin.

    • Étant relativement jeune, je n’avais pas eu l’occasion de voir ce film avant il y a quelques mois. Après l’avoir vu un première fois, une des scènes m’ayant le plus marqué est celle se passant dans la cellule de Jake.

      Pourtant, comment interpréter cette scène à l’aune du commentaire selon lequel Scorcese aurait tenté de ne rien mettre de Freudien dans son film? Le personnage se dit, à répétition “I’m not that guy!”?

    • Merci pour ces liens: ce samedi matin, j’ai pu recevoir une belle leçon de créativité et de maîtrise technique. Ça m’a fait voyager un peu dans tous les sens. «Le journal d’un curé de campagne», roman de Bernanos, est aussi un classique de Robert Bresson.
      La musique de «Cavaliera rusticana» est tout aussi évocative ici que celle de l’«Adagio» de Barber, dans «Platoon».
      Je viens de terminer un petit travail sur «Woodstock». En 1969, Martin Scorsese et Thelma Schoonmaker étaient les jeunes assistants de Michael Wadleigh pour le documentaire «Woodstock».
      J’ai beaucoup aimé les références à l’animal. Ces références explicites sont encore amplifiées par les trouvailles du bruiteur, un magnifique inventeur.

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • Blogues sur Cyberpresse

  • Calendrier

    juillet 2011
    L Ma Me J V S D
    « juin   août »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    25262728293031
  • Archives