
Anaïs Barbeau-Lavalette (écharpe rouge) après avoir lu les contraintes du public avec lesquelles elle devra composer. (Photo : John Desjarlais)
On peut apprendre bien des choses sur une ville en faisant la file, disons, dans une pharmacie Jean Coutu. Cet homme qui insiste que les écouteurs de luxe qu’il a entre les mains valent 7,99$; la caissière, infiniment patiente, qui lui explique que le prix affiché sur l’étalage ne correspond pas à l’item… Et la bonne demi-douzaine de personnes qui attendent, sereins, voire sincèrement amusés par les tentatives d’un client à la recherche d’un rabais inespéré. Ou cette femme devant moi, deux 2L de Coke dans les mains, qui vide sa maigre bourse sur le comptoir. Il manque 47 cents. «Pas grave, j’assure la balance» réplique sans hésiter la caissière qui semble avoir accumulé une tonne de ces élans de généreuse compassion.
Pareillement, le festival Regard sur le court métrage au Saguenay transpire cette attitude détendue, conviviale. Ses deux principaux organisateurs, Éric Bachand, fondateur et directeur artistique, et Ian Gailer, directeur général, se montrent toujours souriants et disponibles. Responsables d’un des évènements cinéma les plus respectés au Québec, et qui ne cesse de gagner en reconnaissance à l’échelle mondiale, ils transmettent une humilité et une simplicité qui font franchement plaisir à voir.
Hier soir, le festival prenait officiellement son envol avec la présentation du premier tronçon (sur 9) des films en compétition. La projection, qui avait lieu dans la vaste Salle François-Brassard, au cégep de Jonquière, fut précédée d’un 5 à 7 durant lequel fut présentée l’équipe du traditionnel «court métrage à contraintes», une manière loufoque pour souligner les réelles contraintes (budget, permis, temps) auxquelles font face les cinéastes qui évoluent dans ce format. Détails sur le site de Regard :
Anaïs Barbeau-Lavalette relève le défi de réaliser le film improvisé de la 14e édition, elle a 48 heures et pas une seconde de plus pour le faire. Le film sera présenté à la Salle François-Brassard samedi à 21h30.
Les contraintes ont été votées par la foule durant le 5 à 7 du lancement du Festival. Anaïs Barbeau-Lavalette et ses collaborateurs devront jongler avec :
-une piscine
-une boutique de robe de mariée
-un émotif
-une danseuse de Baladi
-un F-18
-une combinaison de couleur fluoD’autres contraintes : les jeunes présents aux séances scolaires ont voté pour qu’il y ait un pantalon de jogging mauve. Tandis que le Festival impose un terrain de tennis et la présence des 37 musiciens de l’Orchestre symphonique du Saguenay—Lac-saint-Jean.
Anaïs Barbeau-Lavalette sera épaulée devant la caméra par les vedettes de son long métrage prisé Le ring (2007), Maxime Desjardins-Tremblay et Maxime Dumontier (qui assure d’ailleurs le rôle principal dans le formidable Tout est parfait). La distribution est également composée de Stéphanie Lapointe, qui composera en plus la musique du film, et par Yvon Martin, acteur dans le film français en compétition Donde Esta Kim Basinger?, et désormais tombeur officiel de Saguenay.
Je l’affirme sans faux jovialisme, la sélection de la présente édition de Regard est de très haut niveau. Bien sûr, mes fonctions de jury m’interdisent pour l’instant de parler de mon appréciation des films en particulier; impressions que je dévoilerai avec plaisir une fois la remise de prix complétée. Je tiens toutefois à dire que je suis tombé amoureux de l’univers du court métrage. Il n’y a pas si longtemps, je considérais ce format surtout comme un tremplin vers le long métrage, un passage obligé pour les cinéastes qui cherchent à entrer dans la «cour des grands». N’importe quoi. Le court métrage est une forme d’art en soi, aussi respectable que n’importe quelle autre. Un bon court est plus concis mais pas nécessairement moins dense qu’un long. J’ai vu dans le cadre du festival quelques films qui m’ont fait passer par toute la gamme d’émotions en plus de me fournir de la matière à réflexion bien plus complexe que ne réussissent à le faire bien des films d’une heure et demie ou plus. Comment dit-on encore, c’est dans les petits pots qu’on trouve les meilleurs onguents…
Quelques clichés de la journée d’hier, gracieuseté de John Desjarlais, «Génial et sensationnel photographe mode, musique, événements à Montréal» :

Une ballade de traîneau à chiens a été organisée pour les invités du festival au Domaine de la Chute, à Saint-Honoré.
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L'acteur français Yvon Martin semble faire du «chien-stop».
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Carol Courchesne, sympathique réalisateur du documentaire en compétition «Léo», sur un fabriquant de moppes hors-pair et propriétaire d'un mythique dépanneur de Rouyn-Noranda.
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La porte-parole du festival Anne-Marie Cadieux s'adresse à la foule avant la projection du premier segment de films en compétition à la Salle François-Brassard, à Jonquière.
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Les gens se sont présentés en grand nombre pour la soirée d'envol du festival.
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Le fondateur et directeur artistique de Regard sur le court, Éric Bachand, et Anne-Marie Cadieux.
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«Le cinéma, disait André Bazin, substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs»
> D’autres photos à voir ici.
Ma prochaine entrée à propos du festival devrait être mise en ligne au courant de la journée de mardi.










p0917666
12 mars 2010
21h28
«Le cinéma, disait André Bazin, substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs»
- Cette phrase n’est certainement pas attribuable à la pensée bazinienne. Elle est même antinomique à bon nombre des poncifs établis par le célèbre critique. L’histoire de la ” méprise ” au sujet de la paternité dudit apophtegme que vous citez est d’ailleurs explicité dans l’article ci-bas:
http://mourlet.blog.mongenie.com/index/p/2008/10/702432
Vous êtes donc à moitié pardonné. Ou peut-être étiez déjà au courant et souhaitiez simplement nous épargner une explication alambiquée sur la question…
Jozef Siroka
13 mars 2010
11h22
@ p0917666
En fait je ne fais que placer cette ligne du Mépris qui trottait dans ma tête depuis un bout de temps déjà, pour une raison ou une autre, rien de bien compliqué…
p0917666
13 mars 2010
15h45
@ Jozef Siroka
À Michel Mourlet. Mes hommages. La méprise du mépris.
” Citons une fois de plus l’aphorisme en question : « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs. » En premier lieu, cette phrase, que Godard m’a empruntée en l’attribuant à Bazin, est citée de travers et, en l’espèce, semble signifier quelque chose quand on la lit très vite, alors qu’en réalité elle ne veut rigoureusement rien dire. Qu’est-ce qu’un monde, c’est-à-dire la chose regardée, qui se substituerait à un regard, c’est-à-dire à la conscience qui regarde ? Ce qui regarde et ce qui est regardé, ressortissant à des fonctions et natures essentiellement distinctes, ne sauraient être interchangeables et par conséquent se substituer l’un à l’autre. La phrase d’origine, la mienne, et qui tient debout, est la suivante : «le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs… » ”
- M.M.
andre_d
13 mars 2010
22h54
Qui a fait ces photos? Elle sont magnifiques.
andre_d
14 mars 2010
00h31
Si j’avais regardé, j’aurais vu en toute lettre. Jonathan Desjarlais. J’aime particulierement la 19, la salle de projection. Vraiment tres belle photos.