Jeudi 5 Novembre 2009, 16h15
Richard Kelly : recherche succès désespérément

- Frank Langella et Cameron Diaz dans The Box
Il serait facile d’assumer que le talentueux réalisateur Richard Kelly, âgé de 34 ans seulement, a l’avenir devant lui à Hollywood. La réalité est pourtant tout autre pour celui qui a accumulé moins
de 1 million $ au box-office avec ses deux derniers efforts. Aujourd’hui, il croise fermement les doigts dans l’espoir que The Box, son troisième long métrage qui sort sur nos écrans ce vendredi, rapporte ne serait-ce qu’un profit adéquat. Sinon, ça sent le chômage prolongé…
Les tribulations de Kelly dans l’industrie du cinéma (indépendant) peuvent s’expliquer par un mélange de malchance et d’ambition débridée. Son premier film, Donnie Darko (2001), a reçu un accueil très favorable lors de sa première à Sundance avant d’être retiré des écrans pour cause de psychose nationale. En effet, dans le sillage du 11 septembre, on acceptait mal un récit dans lequel un réacteur d’avion s’écrase soudainement sur le toit d’une maison de banlieue. Donnie Darko a néanmoins obtenu la reconnaissance qu’il méritait sur le tard, grâce à une exploitation en DVD qui a rapporté la fulgurante somme de 15 millions $.
Son second film, Southland Tales (2006), une fresque post-nucléaire de près de trois heures abordant une myriade de «grands thèmes» dont la société de consommation, la guerre ou la sécurité nationale, s’est avéré un retentissant flop (275 000 $ de recettes sur un budget de 15 millions $). Le film, qui contient certainement sa part de défauts, a subi un rejet d’une violence à mon avis disproportionnée. Les Inrocks sont revenus sur l’épisode dans un récent portrait du cinéaste : «La fin du monde est une conséquence logique, presque un soulagement (Un gémissement, dirait T.S. Eliot), si l’on en croit les derniers plans de Southland Tales, son grand oeuvre hué à Cannes en 2006 par un public abruti, démuni face à la beauté chaotique et prométhéenne du film.»
Kelly, qui ne semble toujours pas s’être remis de l’expérience désastreuse de Southland Tales (il continue à en parler avec un trémolo dans la voix) espère tourner la page avec The Box. Situé en Virginie dans les années 1970, le film, qui est inspiré d’une nouvelle de Richard Matheson (I Am Legend), raconte l’histoire d’un couple qui se ramasse avec une mystérieuse boîte munie d’un bouton. S’ils décident de l’appuyer, ils deviendront millionnaires. Le hic? La boîte causera simultanément la mort de quelqu’un, quelque part.
Kelly ne s’en cache pas; The Box est d’abord et avant tout une entreprise commerciale. Habitué de prendre des risques depuis le début de sa carrière, il opte maintenant pour le confort des studios, avec les concessions qui viennent avec. Ce n’est pas dire que Kelly veut nécessairement se transformer en employé docile : son but est d’atteindre le statut de son héros Christopher Nolan, qui maintient un contrôle artistique quasi-absolu sur un produit destiné principalement à la consommation de masse.
En entrevue au New York Times, Kelly discute de son changement de perspective :
J’aimerais rester dans le système des studios. Parce que devoir dépendre d’un festival pour trouver un distributeur, avoir des cadres en acquisitions bafouiller ceci et cela - je l’ai déjà fait, c’est angoissant et je ne veux plus le faire.
En fin de compte, on ne peut battre les studios. Peut-être que Spielberg peut le faire parce qu’il en possède un. Ils sont la banque, il faut juste trouver un moyen de s’arranger avec. J’ai appris que la manière intelligente de procéder passe par la coopération.
S’agit-il là d’une abdication ou d’un simple retour à la réalité pour l’ancien outsider?
La bande-annonce de The Box :
À lire :
> La critique de The Box par l’estimée Amy Taubin
> Une rare critique positive de Southland Tales, par Manohla Dargis du NYT
À voir :
> The Goodbye Place (1996), un court métrage de Richard Kelly
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17 commentaires | Permalien | Publié par Jozef Siroka dans Réalisateur
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hdufort
Le Jeudi 5 Novembre 2009
“Donnie Darko” est l’un des films les plus originaux des dernières années. Un véritable film culte, qui mériterait de retourner sur le grand écran (en “director’s cut”?), ne serait-ce que pour donner à Kelly la gloire qu’il mérite et aux cinéphiles, la chance de (re)voir ce film sombre en version “plus grand que nature”.
johnnythewolf
Le Jeudi 5 Novembre 2009
“son but est d’atteindre le statut de son héros Christopher Nolan, qui maintient un contrôle artistique quasi-absolu sur un produit destiné principalement à la consommation de masse.”
Le fait que la vision artistique de Christopher Nolan se conforme beaucoup à la consommation de masse aide beaucoup, cela dit.
“Donnie Darko”, en revanche, c’est vraiment un OVNI filmique : à la fois très bien fait et tout à fait incompréhensible. J’ai beau avoir lu des articles et des FAQ sur le Web, je suis complètement incapable d’expliquer le scénario, qui rappelle énormément celui du jeu Marathon: Infinity, sorti cinq ans plus tôt par les futurs créateurs de la série Halo.
melo_carmelo
Le Jeudi 5 Novembre 2009
Ouf… Ok c’est un film de peur… Ça a l’air terriblement mauvais…
radioqueen
Le Jeudi 5 Novembre 2009
réal: sébastien cordon
france 2002
hyperlien
j’ai vu exactement la même histoire en court métrage de 8 minutes, c’était formidable. mais vraiment, comment peut-il étirer ça sur 2h???
jaylowblow
Le Jeudi 5 Novembre 2009
J’espère que le thème musical de SAW ne sera utilisé que pour la bande annonce, sinon ça fera pas très sérieux.
moi2007
Le Vendredi 6 Novembre 2009
Cette histoire a déjà fait l’objet d’un épisode de Twillight Zone. Encore une fois, rien de nouveau sous le soleil des studios.
johnnythewolf
Le Vendredi 6 Novembre 2009
“Cette histoire a déjà fait l’objet d’un épisode de Twillight Zone. Encore une fois, rien de nouveau sous le soleil des studios.”
En même temps… James Cameron s’est grandement inspiré de deux épisodes de la série “Au-delà du réel” pour son premier “Terminator”. Il a même été accusé de plagiat!
Et puis, “A Fistful of Dollars”, le premier film de la Trilogie de l’homme sans nom de Sergio Leone, est un copier-coller de “Yojimbo”, d’Akira Kurosawa.
L’histoire est un éternel recommencement.
moi2007
Le Vendredi 6 Novembre 2009
@johnnythewolf
Et on ne parlera même pas de Reservoir Dog, parce que ça ce n’était pas du plagiat, mais carrément une photocopie de “Lung fu fong wan “
Jozef Siroka
Le Vendredi 6 Novembre 2009
@ moi
Quel est le problème si l’histoire a déjà été racontée? C’est le traitement de celle-ci qui importe.
unholy_ghost
Le Vendredi 6 Novembre 2009
Astyanax, toujours là? Tu penses quoi de ce Kelly ?
PS: Tu as vu, les Zinrocks ont coupé le deux tiers de mon article (publié aujourd’hui), je vais p-e envoyé le reste aux Cahiers.
moi2007
Le Vendredi 6 Novembre 2009
@Jozef Siroka
C’est que j’en ai un peu marre du repackaging à outrance.
Et je crois qu’il y a plus à une oeuvre que son traitement.
johnnythewolf
Le Vendredi 6 Novembre 2009
@ moi2007
J’avoue que mes exemples ne sont pas les meilleurs, mais vous devez comprendre qu’il n’est pas toujours évident de concevoir quelque chose de vraiment original. Ça n’excuse pas les pièges à nostalgiques et le plagiat, mais bon…
Je me souviens que quelqu’un, je ne sais plus qui, disait que l’important en poésie (et, par extension, en art), c’était de prendre les mots des autres pour faire ses propres phrases. À ne pas confondre avec la tendance actuelle, qui consiste à prendre les phrases des autres et d’en changer quelques mots pour se les approprier…
astyanax
Le Vendredi 6 Novembre 2009
Hola Ghost!
J’ai du mal à penser quoi que ce soit de Richard Kelly, pour la simple (et excellente, me semble-t-il) raison que je n’ai vu aucun de ses films. Tu me diras que puisque l’on peut parler, depuis le bouquin de Pierre Bayard, de livres qu’on n’a pas lus, la chose devrait aussi être envisageable pour les films non vus, soit. Mais je vais me garder une petite gêne cette fois-ci.
Ça m’intéresse toutefois. En particulier son SOUTHLAND TALES qui semble parfaitement entrer dans cette catégorie des «grands films malades» que nous affectionnons tous les deux.
Et toi, qu’en dis-tu?
Silverr
Le Vendredi 6 Novembre 2009
En fait, ‘The Box’ et l’episode de Twilight Zone sont basés sur un short story des années 70s. De toute facon, personne l’a lu et personne se souvient de l’épisode alors on s’en fou.
astyanax
Le Vendredi 6 Novembre 2009
Pour les Inrocks, pas encore lus non plus, ça fait partie de mon petit rituel du samedi matin. Je t’en donne donc des nouvelles quand ce précieux instant de paix (comprendre femme et enfants occupés ailleurs) sera passé.
chihiro
Le Vendredi 6 Novembre 2009
Donnie Darko est culte car il provenait du champ gauche, demeurant complexe et énigmatique, comme chez Lynch.
Comme c’est généralement le cas lorsqu’il y a des attentes, le second film déçoit. Même s’il était loin d’être parfait, Southland Tales n’est tout de même pas catastrophique. Il est même fascinant, sans doute trop ambitieux, mais souvent jugé à tort.
Ce sera également le cas de The Box qui ressemble parfois aux Body Snatchers. Encore une fois, l’esprit de série B plane dans l’air, mais le film fonctionne car la tension est au rendez-vous. Et quelle trame sonore des membres d’Arcade Fire! Mais bon, c’est un film qui aura beaucoup d’admirateurs et autant (sinon plus) de détracteurs…
unholy_ghost
Le Vendredi 6 Novembre 2009
Ce que j’en pense? Donnie Darko avait tout du film que je déteste: film à dispositif et chair à Sundance (fausse subversion des indépendants américains). Et bien, ce film m’a hanté (tu reconnaîtras que hanter un fantôme c’est pas donné).

