Jozef Siroka

Archive de la catégorie ‘Cinéma québécois’

Jeudi 31 mars 2011 | Mise en ligne à 10h00 | Commenter Commentaires (8)

Yonder, l’institut de la deuxième chance

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Parce que, dans la vie, tout le monde mérite une deuxième chance…

Les projets de films de fiction montréalais refusés par les institutions subventionnelles classiques, telles la SODEC ou Télélfilm, peuvent désormais recourir à une voie alternative. Fondé par la réalisatrice Françoise Lavoie-Pilote et par les producteurs Michel David (La Cavalerie) et Antonello Cozzolino (Cirrus), Yonder est un nouvel organisme à but non lucratif «ouvert à toutes les formes de projets originaux qui font avancer la réflexion et évoluer les pratiques artistiques». Sélectionnés par un jury professionnel, les projets retenus bénéficieront de subventions variant entre 3000$ et 10 000$. Plus de détails sur le site officiel.

Et, qui dit nouvel organisme culturel, dit gros party de lancement. Yonder ne fait pas exception à la règle :

Les productions Karamboles, une équipe formée d’étudiants de l’UQAM en communication, s’est donnée comme mandat d’organiser la soirée YONDERFUL, le lancement-bénéfice de l’organisme Yonder. Plusieurs activités de financement seront au programme sous le thème du cinéma en noir et blanc. Pour l’occasion, nous convions les gens à se vêtir de noir et de blanc, afin de s’imprégner de l’essence de la soirée. De plus, disc-jockey, maïs soufflé, bouchées sucrées, encan silencieux et cadeaux-surprises ponctueront les projections, ainsi que d’autres manifestations artistiques sur place.

En prime, la soirée sera animée par le toujours excellent Simon-Olivier Fecteau.
Un rendez-vous à ne pas manquer donc!

> Adresse: Théâtre Plaza ; 6505 rue St-Hubert

> Coût de l’entrée : 15$

> La page FaceBook de l’événement.

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Jeudi 21 octobre 2010 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (63)

Cinéma québécois, cinéma de la misère…

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Une journaliste de la CBC, Patricia Bailey, tente de comprendre dans cet article «Pourquoi est-ce que les films québécois contemporains sont si déprimants». Elle utilise comme pièces à conviction quelques titres récents comme 10 1/2 de Podz, Curling de Denis Côté, Route 132 de Louis Bélanger, Trois temps après la mort d’Anna de Catherine Martin et À l’origine d’un cri de Robin Aubert; un fameux assortiment de larmes, de crises, de silences inconfortables et de paysages gris.

Bailey identifie l’isolation sociale comme générateur principal des intrigues en question :

Beaucoup de personnages dans ces films semblent à la dérive, sans les les ressources spirituelles et émotionnelles nécessaires pour connecter aux autres. En conséquence, ils font face à la mort, à l’alcoolisme, aux abus sexuels, au suicide et à la maladie; leur douleur amplifiée par leur solitude.

Selon Denis Côté, dont le nouveau film, Curling, raconte l’histoire d’un père qui retient sa fille à la campagne pour la protéger du monde extérieur, la récurrence du thème de l’isolement s’explique entre autres par la spécificité culturelle du Québec :

Plus je voyage, plus j’observe que le Québec est refermé sur lui-même. C’est ce qui nous rend intéressant, mais je crois que parce qu’on est entouré d’anglophones, nous avons une peur de l’Autre. Nous sommes obsédés par l’idée que nous allons être envahis par des étrangers. C’est ce qui nous rend peut-être craintifs du monde extérieur.

Dans sa chronique d’aujourd’hui, Marc Cassivi se penche également sur la relation entre la réalité québécoise et cette grisaille qui affecte son cinéma :

Pourquoi la détresse? Pourquoi le cinéma québécois tire plus souvent vers le gris d’un Kaurismäki que vers le rouge écarlate d’un Almodovar? Pour toutes sortes de raisons, qui tiennent autant à notre histoire (entre autres cinématographique) qu’à notre situation géographique et géopolitique. Le Québec, toutes proportions gardées, n’est pas une terre de grands bouleversements sociopolitiques. Et reste l’un des endroits où le taux de suicide est le plus élevé.

On ne doit donc pas s’étonner que notre cinéma ait si peu de prétentions politiques, soit si peu souvent le porte-étendard de causes sociales et s’intéresse plus volontiers au particulier qu’à l’universel. Le cinéma québécois d’aujourd’hui reste foncièrement ancré dans son époque. C’est un cinéma tout sauf désincarné.

Tout ceci étant dit, le seul fait québécois n’explique pas la morosité des films qui sont produits dans La Belle Province. Il y a aussi cette notion suspecte qui veut que les thèmes déprimants sont forcément représentatifs du cinéma d’auteur, sphère à laquelle s’identifient beaucoup, sinon la plupart, des cinéastes québécois (ce qui est d’ailleurs le cas dans presque toutes les industries nationales). Un film dit «sérieux», un film avec un «message», ne doit pas faire rire, ou si peu. À moins qu’on ne parle d’humour noir, ou très décalé.

Il faut également tenir compte du facteur budget. Les moyens de production dictent souvent la forme qui, elle, influence le contenu. Un film qui dispose de peu de fonds, comme ceux mentionnés ci-haut, va généralement présenter une approche plus dépouillée, un rythme plus lent et, par le fait même, plus triste. Un plan fixe de deux minutes sur un personnage immobile dans sa cuisine coûte moins cher qu’un mouvement de grue dans un club bondé du centre-ville.

Côté admet d’ailleurs que son style austère est une affirmation esthétique très consciente, une réponse au cinéma commercial local : «Je réagis définitivement aux films lustrés qu’on fait ici. Un des plus beaux compliments que j’ai eus à propos de Curling, c’est qu’il évoque le cinéma québécois des années 1970».

Enfin – et c’est là un argument qui ne risque pas de faire l’unanimité – faire des films tristes est plus facile ou, du moins, plus intéressant, que faire des films débordants de joie de vivre. Krzysztof Kie?lowski, grand manitou du cinéma dépressif (voir son Décalogue), s’est déjà fait demander pourquoi il explorait toujours des thèmes aussi lourds. Il a répondu que, en tant que cinéaste, il souhaitait provoquer une réaction auprès du public. Faire rire lui apparaissait trop compliqué. Mais choquer, par contre, il n’y a rien là. Prenez un chat mignon, dit-il. Le plan suivant, montrez quelqu’un lui casser la nuque. Une forte exclamation est garantie dans la salle. Vous avez fait votre boulot.

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Mardi 12 octobre 2010 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (37)

L’affaire RemyFX : la lettre de Robert Morin

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Rémy Couture, alias RemyFX, est un maquilleur montréalais spécialisé dans les films d’horreur. Il s’est fait arrêter en octobre 2009 par le SPVM et comparaîtra demain en cour pour répondre à des accusations de «corruption des mœurs». Son délit? Une série de courts métrages de fiction jugés trop explicites. Couture, qui plaidera non coupable, risque deux ans de prison. (Détails sur l’affaire sur InnerDepravity).

Le milieu artistique québécois, estomaqué, crie à la censure. Richard Desjardins, qui a récemment apposé son nom à la Lettre ouverte en support à RemyFX, a déclaré : «Cette histoire m’écoeure bien plus que l’horreur que le cinéaste peut évoquer. Qu’ils ouvrent les cercueils des soldats canadiens morts pour rien en “Agonistan”. On va voir c’est quoi l’indécence. La vraie.»

Le scénariste de La liste Noire, Sylvain Guy, remarque que l’Histoire se répète : «Vous savez que Baudelaire et Wilde ont aussi fait face à des accusations similaires (outrage aux bonnes mœurs, etc.) en leur temps. Je vous en parle non pas pour faire un rapprochement entre leur œuvre et les films de Rémy Couture (qui ne me disent pas grand-chose pour être franc) mais bien entre toutes ces âmes bien pensantes qui, à travers les âges, ont cherché et cherchent toujours à faire taire les créateurs au nom d’une morale infantilisante qui voudrait éradiquer tout ce qui dérange. »

D’autres personnalités du milieu, dont les réalisateurs Simon-Olivier Fecteau et Éric Tessier, le comédien Julien Poulin et l’écrivain Patrick Sénécal ont également manifesté leur soutien à la cause de RemyFX.

Robert Morin, quant à lui, a choisi de directement interpeller le constable du SPVM chargé de l’affaire. Dans une lettre portant essentiellement sur la liberté artistique, le réalisateur de Yes Sir! Madame…, Le nèg’, et Petit Pow! Pow! Noël aborde l’éternelle question de l’influence de l’art sur le comportement des individus.

Montréal, le 1er octobre 2010

Lettre au constable Fournier
SPVM

Cher monsieur,

Je sais bien que vous ne faites pas les lois, mais que vous êtes plutôt responsable de les faire appliquer. Et c’est pour ça que je vous écris : parce que c’est dans l’application des lois qu’il faut faire preuve de jugement et faire la différence entre le règlement et le bon sens.

Mon propos porte sur l’art. Et j’espère qu’il pourra vous aider en ce qui a trait au dossier de Remy Couture.

L’art avant tout sert à distraire. Il permet de nous évader momentanément du quotidien, au même titre que le sport. Il peut nous faire réfléchir à des sujets que le sport n’aborde pas. Mais la réflexion en soi, sérieuse ou légère, est toujours une forme d’évasion. En aucun cas, il ne peut influencer les masses. L’Histoire n’a pas retenu de mouvements sociaux ou politiques dus à l’art. Certes, il accompagne les peuples dans leur évolution respective. Il corrobore les frustrations et les questionnements des sociétés, comme le fait le sport de masse à sa façon. Rarement, en revanche et contrairement aux partisans des sports de masse, les amateurs d’art poussent-ils l’enthousiasme jusqu’à déferler dans les rues des villes en saccageant parfois le bien privé ou public au passage.

Il faut bien le reconnaître : s’il est impensable de punir les sportifs en fonction des dommages causés par certains de leurs partisans, pourquoi devrions-nous punir des artistes en fonctions des dommages que certains admirateurs détraqués pourraient causer inspirés par leurs œuvres?

Si telle est la logique, les autorités devraient en priorité s’attaquer à des secteurs de l’activité humaine qui offrent beaucoup plus de matière aux détraqués potentiels. Le secteur de l’automobile pourrait ainsi facilement faire l’objet de censure.

J’essaie ici d’expliquer, constable Fournier, que l’art est un canal entre un auteur unique et un spectateur unique. Une activité intime qui peut conforter ou déranger. Chaque spectateur exerce de ce fait sa propre censure en ce qui a trait aux sujets qui lui déplaisent ou qui lui sont indifférents. En aucun cas, cette responsabilité ne doit lui être enlevée, ne serait-ce que pour respecter sa liberté et son intelligence. Et puis les tueurs en série n’ont pas besoin de voir des tueurs en série à l’écran pour tuer en série; ils ont cette déviation en eux et depuis la nuit des temps, bien avant l’invention du cinéma et des effets spéciaux. C’est même simpliste de supposer que leur déviation puisse être le produit d’une œuvre d’art.

Pour voir les choses en face et dans les normes de nos constitutions, l’acharnement des autorités dans le cas de Rémy Couture est injustifié et inutile, une perte d’énergie totale. Aussi je vous demanderais d’intercéder auprès de vos chefs de manière à ce que la poursuite dont il fait l’objet soit abandonnée le plus tôt possible.

Veuillez agréer, monsieur, à l’expression de mes sentiments les meilleurs,

Robert Morin

Cinéaste

La population est invitée manifester son appui à RemyFX – en costume, si désiré – devant le palais de justice demain à 13h. Plus de détails sur FaceBook.

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