Jozef Siroka

Lundi 6 février 2012 | Mise en ligne à 15h00 | Commenter Commentaires (19)

Le cinéma comme outil de recrutement

Act-of-Valor-Wallpaper-01

Ce n’est un secret pour personne, Hollywood et l’armée américaine entretiennent une solide relation depuis belle lurette. Au début des années 1940, nombre de films ont été produits afin d’amadouer une population réticente et des politiciens isolationnistes à supporter une participation à la Seconde guerre mondiale. Durant l’après-Vietnam, alors que l’uniforme militaire avait nettement perdu de son lustre, une série de films d’action chauvins ont permis de redorer l’image de l’armée. Après la sortie de Top Gun (1987), le recrutement militaire a connu un bond faramineux de 500 %.

L’armée faisant face à un nouveau cycle de désabusement ces temps-ci, il n’est pas surprenant qu’elle fasse appel à son allié de longue date dans l’industrie du divertissement. Ce qui nous amène à Act of Valor, un film qui pousse le concept de cinéma de propagande à un autre niveau. Le projet a initialement pris la forme d’une vidéo de recrutement pour la US Navy, et a ensuite donné lieu à un long métrage, le premier de Mike McCoy et Scott Waugh, une paire d’anciens cascadeurs qui oeuvrent dans la pub.

Act of Valor est présenté comme une expérience immersive de la réalité militaire. Les principaux acteurs sont de vrais Navy SEALS – la crème des soldats d’élite, spécialisés dans des missions secrètes à haut risque – dont les noms ne sont pas dévoilés au générique. Les armes et les munitions sont authentiques. Le récit (une mission de sauvetage d’un agent de la CIA kidnappé par des terroristes) est basé sur des faits réels.

En entrevue à Variety, Waugh a dressé un parallèle entre son éthique de travail et celle de ses héros. «Nous faisons les choses de manière très efficace et économique – comme une équipe de SEALS, nous aimons cette idée collective». Parmi leurs influences cinématographiques, les cinéastes mentionnent The Deer Hunter et, curieusement, le cinéma de Claude Lelouch…

Un lecteur du blog, Simon L., m’a demandé quelle est mon opinion par rapport à cette approche ultra-réaliste du sujet. Comme je l’ai souvent répété ici, je ne crois pas que le degré de réalisme d’une oeuvre soit nécessairement garant de sa qualité artistique. Et en regardant bande-annonce et le making-of ci-dessous, je dois admettre que je ressens un certain malaise. Cette idée de glorifier à grands coups d’élans patriotiques une machine à tuer n’est mon idée d’un bon temps au cinéma.

Le succès commercial de ce 24 boosté aux stéroïdes, qui prendra l’affiche le Jour des présidents, est cependant pratiquement assuré (un article sur les détails financiers à lire ici). Reste à voir à quel point les entrées en salle sauront se convertir en demandes d’admission dans l’armée, le véritable objectif d’Act of Valor

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Samedi 4 février 2012 | Mise en ligne à 14h45 | Commenter Commentaires (3)

Le court du week-end: «Taxi Driver»

Avec Be Kind Rewind (2008), Michel Gondry a brièvement parti la mode du «suédage»: des recréations artisanales de films populaires ou classiques, bricolées avec peu de moyens. Ci-dessus, la version «suédée» de Taxi Driver; un hommage ludique et affectueux. (Avec Gondry lui-même dans la peau de «Travis Bickle»).

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Jeudi 2 février 2012 | Mise en ligne à 18h30 | Commenter Commentaires (19)

Death Wish: le retour du justicier des villes

Death Wish 1974

Paul Kersey est de retour. L’iconique justicier des villes va faire passer un mauvais quart d’heure à la racaille de Los Angeles cette fois-ci, après avoir nettoyé New York dans les cinq films de la série Death Wish (1974-1994).

C’est Joe Carnahan qui est en charge du remake, ou de la «réinterprétation du livre original», comme il l’a dit sur Twitter. «Ce sera le L.A. de Collateral. Ça se passe dans les autobus, les taxis, les métros. Je veux montrer une version méconnue de L.A. Le L.A. pédestre. Le vagabondage. La chasse. Le vaste vide du centre-ville», poursuit le réalisateur de The Grey, thriller de survie avec Liam Neeson qui a remporté la course au box-office le week-end dernier.

Pour les novices, les Death Wish (surtout le premier) ont été une influence majeure sur un sous-genre du cinéma d’exploitation très prisé par un certain segment de la population; appelons-les les Blancs de 18 à 88 ans de la classe moyenne qui, politiquement, tendent plutôt vers la droite. Le slogan de ralliement de ce type de films (qui incluent notamment la série des Dirty Harry), pourrait provenir de cette réplique de Taxi Driver (1976) :

All the animals come out at night – whores, skunk pussies, buggers, queens, fairies, dopers, junkies, sick, venal. Someday a real rain will come and wash all this scum off the streets.

Le concept de Death Wish est assez simple : Kersey, architecte d’un certain âge qui se définit initialement comme un «bleeding heart liberal», perd violemment sa femme et sa fille aux mains de voyous violeurs et tueurs. Désemparé par l’inefficacité de la police – dans le cas qui le concerne et par rapport à la répression du crime en général – il décide de prendre la justice dans ses propres mains. Lors de virées nocturnes, Kersey tombe sur divers malfrats, engendre une provocation, et finit par les flinguer. Il n’y a pas de zones grises dans Death Wish; Kersey est une sorte de Robin des Bois sanglant, un héros populaire qui assure la sécurité de manière noble mais illégitime, tandis que ses victimes n’ont pas plus de valeur morale que des zombies ou des vampires.

On ne sait toujours pas qui prendra le relais de l’inimitable Charles Bronson, une sommité dans la catégorie des «bons mauvais acteurs». Liam Neeson serait un choix logique puisqu’il a connu un franc succès avec Taken, film à la facture similaire, et qu’il a de surcroit déjà établi une relation de travail avec Carnahan. Mais l’acteur de 59 ans a récemment affirmé qu’il faisait une croix sur le cinéma d’action. Ça reste donc à voir. Pour l’instant, seul Frank Grillo, l’énergique et charismatique entraîneur de MMA dans Warrior, fait partie de la distribution. Et pour ce qui est du choix du cinéaste, on espère qu’il saura retrouver l’inspiration de son second long-métrage, Narc (2002), thriller policier sombre et intense qui reste à ce jour son meilleur effort.

De tous les Death Wish, le plus outrancier et le plus jouissif est sans aucun doute le troisième de la série. Dans sa critique du film, Matt Cale de Ruthless Reviews le considère comme le plus grand plaisir coupable de tous les temps. Je seconde.

Et voici la bande-annonce du Death Wish original :

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