Jozef Siroka

Le Vendredi 12 mars 2010 | Mise en ligne à 17h25 | Commenter Commentaires (5)

Regard sur un festival unique en son genre

Anaïs Barbeau-Lavalette (écharpe rouge) après avoir lu les contraintes du public avec lesquelles elle devra composer. (Photo : John Desjarlais)

Anaïs Barbeau-Lavalette (écharpe rouge) après avoir lu les contraintes du public avec lesquelles elle devra composer. (Photo : John Desjarlais)

On peut apprendre bien des choses sur une ville en faisant la file, disons, dans une pharmacie Jean Coutu. Cet homme qui insiste que les écouteurs de luxe qu’il a entre les mains valent 7,99$; la caissière, infiniment patiente, qui lui explique que le prix affiché sur l’étalage ne correspond pas à l’item… Et la bonne demi-douzaine de personnes qui attendent, sereins, voire sincèrement amusés par les tentatives d’un client à la recherche d’un rabais inespéré. Ou cette femme devant moi, deux 2L de Coke dans les mains, qui vide sa maigre bourse sur le comptoir. Il manque 47 cents. «Pas grave, j’assure la balance» réplique sans hésiter la caissière qui semble avoir accumulé une tonne de ces élans de généreuse compassion.

Pareillement, le festival Regard sur le court métrage au Saguenay transpire cette attitude détendue, conviviale. Ses deux principaux organisateurs, Éric Bachand, fondateur et directeur artistique, et Ian Gailer, directeur général, se montrent toujours souriants et disponibles. Responsables d’un des évènements cinéma les plus respectés au Québec, et qui ne cesse de gagner en reconnaissance à l’échelle mondiale, ils transmettent une humilité et une simplicité qui font franchement plaisir à voir.

Hier soir, le festival prenait officiellement son envol avec la présentation du premier tronçon (sur 9) des films en compétition. La projection, qui avait lieu dans la vaste Salle François-Brassard, au cégep de Jonquière, fut précédée d’un 5 à 7 durant lequel fut présentée l’équipe du traditionnel «court métrage à contraintes», une manière loufoque pour souligner les réelles contraintes (budget, permis, temps) auxquelles font face les cinéastes qui évoluent dans ce format. Détails sur le site de Regard :

Anaïs Barbeau-Lavalette relève le défi de réaliser le film improvisé de la 14e édition, elle a 48 heures et pas une seconde de plus pour le faire. Le film sera présenté à la Salle François-Brassard samedi à 21h30.

Les contraintes ont été votées par la foule durant le 5 à 7 du lancement du Festival. Anaïs Barbeau-Lavalette et ses collaborateurs devront jongler avec :

-une piscine
-une boutique de robe de mariée
-un émotif
-une danseuse de Baladi
-un F-18
-une combinaison de couleur fluo

D’autres contraintes : les jeunes présents aux séances scolaires ont voté pour qu’il y ait un pantalon de jogging mauve. Tandis que le Festival impose un terrain de tennis et la présence des 37 musiciens de l’Orchestre symphonique du Saguenay—Lac-saint-Jean.

Anaïs Barbeau-Lavalette sera épaulée devant la caméra par les vedettes de son long métrage prisé Le ring (2007), Maxime Desjardins-Tremblay et Maxime Dumontier (qui assure d’ailleurs le rôle principal dans le formidable Tout est parfait). La distribution est également composée de Stéphanie Lapointe, qui composera en plus la musique du film, et par Yvon Martin, acteur dans le film français en compétition Donde Esta Kim Basinger?, et désormais tombeur officiel de Saguenay.

Je l’affirme sans faux jovialisme, la sélection de la présente édition de Regard est de très haut niveau. Bien sûr, mes fonctions de jury m’interdisent pour l’instant de parler de mon appréciation des films en particulier; impressions que je dévoilerai avec plaisir une fois la remise de prix complétée. Je tiens toutefois à dire que je suis tombé amoureux de l’univers du court métrage. Il n’y a pas si longtemps, je considérais ce format surtout comme un tremplin vers le long métrage, un passage obligé pour les cinéastes qui cherchent à entrer dans la «cour des grands». N’importe quoi. Le court métrage est une forme d’art en soi, aussi respectable que n’importe quelle autre. Un bon court est plus concis mais pas nécessairement moins dense qu’un long. J’ai vu dans le cadre du festival quelques films qui m’ont fait passer par toute la gamme d’émotions en plus de me fournir de la matière à réflexion bien plus complexe que ne réussissent à le faire bien des films d’une heure et demie ou plus. Comment dit-on encore, c’est dans les petits pots qu’on trouve les meilleurs onguents…

Quelques clichés de la journée d’hier, gracieuseté de John Desjarlais, «Génial et sensationnel photographe mode, musique, événements à Montréal» :
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Le Mardi 9 mars 2010 | Mise en ligne à 16h30 | Commenter Commentaires (16)

En route vers le Saguenay!

affiche

J’ai eu le grand plaisir d’être invité à faire partie du jury professionnel du festival Regard sur le court métrage au Saguenay, qui se déroule du 10 au 14 mars. Un événement international qui présentera cette année quelque 140 films provenant du Canada mais aussi de partout à travers le monde (France, Belgique, Espagne, Suède, Allemagne, Grande-Bretagne, Bulgarie, Pologne, Pérou Iran et Pakistan).

Mon rôle consistera à évaluer les 76 films en compétition officielle (des oeuvres de fiction, d’animation ou documentaires, d’une durée allant de 2 à 30 minutes) et de décerner, en consultation avec deux autres collègues, une dizaine de prix totalisant 30 000$ en argent et services.

Les films qui ne sont pas en compétition sont regroupés dans divers programmes spéciaux dont une carte blanche sur le Festival de Bristol, une rétrospective sur l’oeuvre de Guy Maddin, un focus sur la danse ou un panorama sur les courts régionaux.

Il va sans dire que Regard sur le court est un véritable happening au Saguenay. Pendant cinq jours et cinq nuits, des projections, des activités reliées au cinéma et des fêtes se dérouleront à Chicoutimi, Jonquière et Alma. En 2009, le Festival a accueilli plus de 30 000 spectateurs et 250 professionnels.

> Vous pouvez consulter le programme ici.

> La présentations des jurys professionnel et public est ici

> Le mot de la porte-parole Anne-Marie Cadieux est ici

Malheureusement, mes préparatifs de voyage et le temps consacré à visionner les films en compétition m’ont enjoint à négliger mon blogue ces derniers jours (chose d’autant plus inconfortable puisque je reviens tout juste d’une longue «trêve olympique»). J’aurais aimé parler, par exemple, de Signes vitaux, assurément le meilleur film québécois depuis Tout est parfait en ce qui me concerne, de ce lumineux portrait de Roger Ebert dans Esquire (je sais, je suis en retard) ou de cette violente sortie de Pierre Foglia contre Inglourious Basterds. Je suis cependant confiant que de nouveaux et tout aussi intéressants sujets feront surface à mon retour.

En principe, je devrais vous garder régulièrement au courant de mon aventure saguenéenne; tout dépendra de ma quantité de temps libre et de de mon accès à internet.

Enfin, pour rester dans l’esprit du court métrage tout en faisant référence au film hollywoodien de l’heure, je tiens à vous faire part d’une splendide découverte gracieuseté de SlashFilm : la première adaptation cinématographique d’Alice in Wonderland, datant d’il y a plus de 100 ans :

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Le Dimanche 7 mars 2010 | Mise en ligne à 12h00 | Commenter Commentaires (8)

La citation du jour

adventures_of_baron_munchausen

La seule fois que je suis allé c’était pour The Adventures of Baron Munchausen (1988), parce qu’on était en lice pour cinq choses, et ma femme (Maggie Weston) était mise en nomination pour le maquillage. C’était génial. Je suis allé avec elle. C’était une chance de voir tous les Italiens avec qui nous avons travaillé. Mais quand Driving Miss Daisy a battu Munchausen… Pour donner un air vieux à Jessica Tandy? Elle est vieille! Et pour rendre Morgan Freeman noir? Il est noir! Tout ce maquillage élaboré que nous avons fait sur Munchausen et nous ne gagnons pas? La limite a été atteinte. À ce point, j’ai dit «Fuck it». (Rires).

- Terry Gilliam en entrevue à Vanity Fair qui explique pourquoi il n’a pas assisté à la soirée des Oscars depuis plus de vingt ans.

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