Samedi 15 Novembre 2008, 9h00
Questions d’arbres…

Floraison automnale
Q. Dans votre chronique de La Presse du 18 octobre sur les plantes d’automne vous avez oublié de mentionner l’hamamelis de Virginie, un arbuste indigène d’environ 4 m de hauteur. Son feuillage automnal est jaune or et ses fleurs originales jaunes s’épanouissent en octobre. Est-ce vraiment le seul arbre qui fleurit l’automne ? Et les hamamelis qui poussent dans les jardins de France sont-ils originaires d’Amérique ?
François Gros d’Aillon, Rosemère.
R. J’ai oublié de parler de l’hamamelis mais ce n’est que partie remise car il y plus d’un automne devant nous, du moins je l’espère.
Il existe par ailleurs cinq ou six espèces d’hamamelis dans le monde dont trois ont donné plusieurs variétés commercialisés. Selon Robert Mineau responsable de l’Arboretum du Jardin botanique de Montréal, l’hamamelis cultivé en France est probablement un des nombreux hybrides issus de croisements entre deux espèces bien utilisées en horticulture. Ils sont habituellement plus spectaculaires que leur cousin nord-américain. Ce qui ne veut pas dire par ailleurs que ce dernier n’est pas cultivé en Europe.
Par ailleurs, il existe en effet un autre arbre qui fleurit en automne et qu’on retrouve aussi dans la collection du Jardin botanique. Il s’agit de l’Heptacodium miconioides, découvert il y a à peine deux décennies en Chine et qui est maintenant largement répandu à travers le monde comme arbre décoratif. Il atteint environ 6m, de hauteur et ses petites fleurs blanches émergent en septembre. Mais les sépales se colorent de rouge un peu plus tard, ce qui rend les rameaux floraux très jolis jusqu’à la fin de novembre, à moins qu’un gel très fort ne mettent un terme à leur beauté.
Le paulownia sous le couperet
Q. Vous avez parlé du paulownia dans un des vos articles. J’ai cru comprendre que vous ne rabattez pas les tiges au sol l’automne. On m’avait conseillé au contraire de les couper, ce qui fut fait. Pouvez-vous m’éclairer ?
Chantal Després, Saint-Hubert.
R. Vous avez bien fait. On plante les paulownias pour ses feuilles gigantesques et ses tiges qui peuvent pousser de plus de 4m au cours d’un seul été. Si vous ne le rabattez pas, l’année suivante ses feuilles seront beaucoup plus petites, si je me fie à mon expérience. À vrai dire, je ne l’ai pas taillé durant deux années consécutives pour observer son comportement. Or contrairement à ce qu’on aurait pu croire, la tige a résisté au gel et a produit d’autres feuilles mais beaucoup moins grandes que celles de l’année précédente. La tige principale s’est aussi allongée mais à peine de d’une trentaine de centimètres. J’ai taillé l’arbre cet automne.
Le résultat de l’expérience m’a cependant troublé un peu. En effet, j’ai été étonné que les tiges de la plante survivent au Québec. Cultivé en foresterie dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, le paulownia est devenu une espèce envahissante dans plusieurs États américains. Évidemment, je me demande si la même chose pourrait se produire ici. Seul l’avenir le dira !
Un érable productif
Q. Depuis quelques années, l’érable devant la maison donne de moins en moins de feuilles Par contre, sa production de samares est énorme. Est-il malade ? Le sol lui convient-il ? L’arbre mesure environ 40 pieds de hauteur et environ 11 pouces de diamètre. Nous y tenons beaucoup.
Nicole Lapierre-Létourneau, Boucherville.
R. Je me fie aux photos livrées avec votre courriel votre arbre serait un érable de Pennsylvanie, une espèce indigène au Québec mais à la taille habituellement plus modeste, autour de 10m, une trentaine de pieds de hauteur. Cet arbre peut vivre une centaines d’années.
Une fois de plus, il est difficile de faire un diagnostic précis d’autant plus que plusieurs facteurs peuvent être en cause, comme les sécheresses successives. Mais il est plus probable que l’arbre souffre d’une maladie comme le dépérissement nectrien ou encore la pourriture du collet qui sont difficilement traitables. Je vous conseille de faire affaire avec un expert, arboriculteur ou agronome. Il n’est pas impossible non plus qu’un cordage ou un fil de métal fil oublié lors de la plantation à la base du tronc ait pu avec les années étrangler lentement votre arbre. Il faudrait vérifier attentivement le tronc en déterrant un peu la base.
Si la production de samares a vraiment augmenté ces dernières années, cela est probablement mauvais signe, un arbre en sursis produisant beaucoup de graines pour assurer sa descendance.
En attendant de consulter un spécialiste, allez visiter le site de l’agronome-conseil Claude Gélinas, de Varennes, (www.phyto.qc.ca) où vous trouverez une foule d’informations sur les problèmes pouvant affecter votre érable. L’accès est gratuit. Pommetier inquiétantQ. J’ai un pommetier décoratif colonnaire planté à 1m des fondations de la maisonet un sorbier des oiseaux qui pousse encore plus près du solage. La maison en rangée a été construite il y a 14 ans et sous les fondations on trouve un drain français en plastique noir trouée. Est-il préférable d’enlever ces deux arbres.
Micheline Sicotte, Longueuil
R. Je ne crois qu’il y ait problème. Il faut se rappeler que la très grande majorité des racines des arbres est concentrée dans les premiers centimètres de sol. Elles ne briseront pas vos fondations. Comme elles ont besoin d’oxygène pour pousser, les racines répugnent aussi à plonger en profondeur, surtout si le sol est argileux comme c’est le cas dans la grande plaine de Montréal. Dépendant de la profondeur où ils sont situés vos drains et de la nature des matériaux de remblais, elles pourront rejoindre vos tuyaux. Mais comme ils sont recouverts de toile géotextile (du moins si la pose a été réalisée selon les normes), elles ne pourront pénétrer à l’intérieur.
Des bulbes pressés…
Q. Croyez-vous que les bulbes qui ont commencé à émerger de terre cet automne en raison de la température dans mon coin, au Saguenay, vont mourir ?
Louis Cloutier
R. Pas de problème. Les plantes bulbeuses vivent ce genre de stress occasionnel depuis des millénaires. Le bout de la tige va geler mais la floraison aura lieu normalement au printemps prochain. Signalons que certaines plantes bulbeuses notamment quelques espèces de muscaris, produisent leur feuillage au cours de l’automne pour ensuite fleurir au printemps sans pour autant que leurs feuilles qui ont passé l’hiver sous la neige ne soient altérées. Un autre exemple d’adaptation.
Huile insecticide
Q. Pourriez-vous nous donner à nouveau la recette d’huile de dormance pour traiter les plantes d’intérieur, surtout celles qui ont passé l’été dehors ?
Michel Denis
R. Il est toujours préférables de vaporiser les plantes avant de leur permettre d’entrer à la maison, mais cela n’est habituellement pas suffisant pour éliminer toutes les bestioles, leurs larves et leurs œufs. Il faut donc poursuivre le traitement à quelques reprises à la maison, disons durant trois ou quatre semaines, à raison d’un traitement hebdomadaire. La recette du Jardin botanique comprend deux solutions distinctes à utiliser en alternance. A) 20 ml de savon insecticide. 20 ml alcool, 1 litre d’eau, B) 10ml d’huile dormance, un litre d’eau.
Ail d’automne
Q. Peut-on planter de l’ail maintenant ? J’ai appris sur le tard que l’ail chinois est très mauvais. Malheureusement, l’ail québécois est très bon mais coûteux.
Alejandra H.
R. On peut planter des gousses d’ail jusqu’au moment où le sol est trop gelé pour procéder à la plantation. Je vous conseille d’utiliser des gousses d’ail québécois achetées à l’épicerie, dans les marchés publics ou encore par catalogue notamment par le site de Manon Collard (www.jardinpotager.com). Je ne comprends pas par ailleurs pourquoi vous affirmez que l’ail chinois est « très mauvais ». J’en utilise régulièrement en cuisine et il en est de même de mon ami Ricardo Larrivée avce qui je travaille depuis plusieurs années. Par contre, on déconseille d’en semer car la plante peut développer des viroses, ce qui n’a rien à voir cependant avec la qualité culinaire du produit.Du safran dans le jardinQ. Est-il possible de cultiver le Crocus sativus, le crocus qui produit le safran, dans les Basses-Laurentides ? Si oui, où peut-on se procurer des semences ?Suzanne Seguin
R. Oui ! Il est possible de faire pousser ce crocus chez nous. Le hic, c’est que la plante n’est pas très rustique au Québec. Mais si j’ai bonne mémoire, certains lecteurs ont obtenu du succès durant quelques années d’affilée dans l’Estrie et dans la grande région métropolitaine. Crocus sativus fleurit en octobre sans ses feuilles qui, elles, font leur apparition au printemps pour ensuite disparaître quelques semaines plus tard. Cette plante bulbeuse se vend justement en bulbe au cours de l’automne. Je suis persuadé que vous pouvez en trouver encore dans les centres de jardins qui vendent beaucoup de bulbes, comme c’est le cas de la Pépinière Jasmin, à Saint-Laurent (Boul Henri-Bourassa ouest , non loin de l’autoroute 13).
Un pygargue peu farouche

Q. Je vous envoie quelques photos d’un très gros rapace que nous avons vu dans la cour de notre chalet, au nord du lac Saint-Jean, à la fin du mois d’octobre. Nous pensons avoir identifié un aigle à tête blanche juvénile. Qu’en pensez-vous ?
R. Vous avez raison. J’ai d’ailleurs soumis vos clichés à l’ornithologue amateur Pierre Bannon pour confirmer mon identification. M. Bannon est un expert réputé notamment dans l’identification des rapaces, un domaine où les confusions sont très faciles en raison des grandes similitudes entre plusieurs espèces notamment au stage juvénile. Il y a, en effet, une certaine ressemblance entre l’aigle royal et votre oiseau.
Rappelons que le pygargue à tête blanche de son vrai nom (aigle à tête blanche est une traduction boiteuse de l’anglais car cet oiseau n’est pas un aigle au sens scientifique du terme) est une espèce en danger au Québec. Certains individus sont migrateurs alors que d’autres vivent en permanence sur le territoire québécois. C’est le cas notamment de la population de l’île Anticosti, la plus importante chez nous. Par ailleurs, votre excellente photo est exceptionnelle car les pygargues, jeunes ou vieux, sont habituellement très farouches.
À la prochaine.
Vous désirez commenter cet article? Ouvrez une session | Inscrivez-vous
Aucun commentaire | Permalien | Publié par Lucie Lavigne dans Jardinage
Vous désirez signaler des abus sur ce blogue? Écrivez-nous


Fils RSS

















