
Le constructeur d'hybrides électricité-essence Fisker : dans le rouge?
DENIS ARCAND -
Une autre tuile s’abat sur la tête de Fisker Automotive. Le ministère de l’Énergie américain suspend un prêt de 529 millions accordé l’an dernier au constructeur de la voiture hybride haut de gamme Karma. Les fonctionnaires estiment que Fisker n’a pas atteint « certains objectifs », sans autre précision. Il est possible que la compagnie n’ait pas réussi à vendre assez de Karma, des voitures à plus de 100 000 $ qui fonctionnent à l’électricité et à l’essence.
Fisker avait déjà tiré 193 millions de ce prêt et comptait sur les 336 millions restants pour continuer à développer un nouveau modèle entièrement électrique, la Nina.

Perdre sa ligne de crédit, ça freine les ardeurs.
Fisker a aussitôt mis à pied 26 travailleurs à son usine de Wilmington, au Delaware, (où la Nina doit être assemblée un jour), dit Fisker dans un communiqué. Une quarantaine de contractuels en Californie ont aussi été renvoyés chez eux, selon une dépêche d’Associated Press.
Fisker affirme être en négociations avec le fédéral pour satisfaire aux exigences gouvernementales et retrouver l’accès au reste du prêt..
La semaine dernière, la compagnie avait réduit ses projections de ventes pour 2012 à 10 000 (au lieu de 15 000).
Le marché est sceptique
On ne veut pas avoir l’air de se réjouir des malheurs de Fisker, mais on n’avait pas vraiment cru Fisker il y a deux mois quand elle avait claironné son ambition de vendre 15 000 voitures cette année. Et on ne croit pas que 10 000 soit particulièrement réaliste non plus.
La Chevrolet Volt, qui a un système de propulsion « hybride en série » semblable à celui de la Karma, coûte 60 000 $ de moins que la Karma et consomme moins d’essence. Même la Volt a des ventes décevantes (8272 en 2011, au lieu des 10 000 espérées par GM).

Le Congrès américain a Fisker à l'oeil.
L’agence de presse Bloomberg rappelle qu’à la mi-décembre, Fisker disait avoir expédié 225 Karma à ses concessionnaires en avoir 1200 autres en route.
En 2011, Toyota a vendu plus de 136 000 Prius, un type d’hybride différent de celui utilisé dans la Karma et la Volt.
Il faut dire, cependant, que la réexamen du prêt fédéral à Fisker s’inscrit dans un contexte de scepticisme accru au Congrès américain. Le prêt destiné à encourager les nouvelles technologies énergétiques vient de la même enveloppe que des aides financières controversées encaissées par trois compagnies qui ont fait faillite après obtenu de l’argent grâce au ministère de l’Énergie. Ener1, un fabricant de batteries pour voitures électriques, en est une. Il y a aussi de la politque : ce programme de prêts est un bébé de l’administration démocrate de Barack Obama. Les Républicains, qui dominent le Congrès jusqu’aux élections de novembre, tentent de discréditer au complet tout ce programme qu’ils considèrent comme un symbole d’intervention gouvernementale inefficace dans l’économie.
Le retrait du prêt fédéral à Fisker survient dans ce contexte où d’autres facteurs que ses mérites sont en cause. Il est possible qu’à la fin de ce réexamen, la compagnie parvienne à renégocier son financement fédéral en totalité ou en partie.

Ça va mal à la shop...
Mais pour l’instant, il est clair que perdre 336 millions met Fisker dans rouge par rapport à son plan d’affaires. Dans son communiqué de ce midi, Fisker note qu’elle démarche aussi des investisseurs privés, qui ont déjà injecté 850 millions de dollars dans la compagnie, dont 260 millions à la fin décembre.
Fisker a plusieurs fois reporté les dates de livraison de ses Karma, qui sont fabriquées par le sous-traitant Valmet, en Finlande.
La plus récente tuile de Fisker survient moins d’une semaine après l’annonce de ses trois premiers concessionnaires au Canada (à Vancouver, Calgary et Toronto).