Est-ce que c’étaient les essais olympiques ou les Jeux olympiques?!? Je me suis posé la question à quelques reprises la semaine dernière.
Il y a quatre ans, je n’avais pas besoin de participer aux essais olympiques, car j’étais pré-qualifiée (heureusement, car j’avais une pneumonie!). Mais cette fois-ci, je devais gagner ma place, du moins au 3000 m.
J’en étais à ma troisième expérience d’essais olympiques, mais je n’avais jamais rien vécu de tel. Je me sentais un peu comme si j’étais déjà aux Jeux. La nervosité, le doute, la peur, le questionnement et une sérieuse anxiété m’habitaient avant le 3000 m, le 28 décembre.
Ça avait commencé la veille, en regardant la première ronde du 500 m chez les femmes et les hommes. J’étais dans les gradins, accrochée au bras de mon mari Peter et je me suis caché le visage avant plusieurs des courses. La tension était à couper au couteau. Une foule imposante s’était déplacée et, vue de nos sièges de plastique, la piste de 400 m de l’Anneau olympique de Calgary avait l’air d’un jeu vidéo. Les patineurs ressemblaient à des robots dans leurs combinaisons brillantes.
Mais ce n’était pas un jeu. C’était le moment qu’ils attendaient tous et dont ils avaient rêvé, le moment pour lequel ils avaient tant travaillé et qu’ils ne vivraient peut-être plus jamais. C’était le moment où ils réaliseraient ou non le rêve d’une vie : participer aux Olympiques dans leur propre pays.
Je voulais assister aux courses pour jauger l’énergie à l’Anneau. Je n’étais pas préparée pour une telle intensité. En rétrospective, je suis vraiment contente d’y être allée. Ça m’a rappelé l’importance de cette compétition pour tous ces patineurs. Et l’importance de cette compétition pour moi.
J’ai regardé deux de mes jeunes coéquipières, Anastasia Bucsis et Tamara Oudenaarden s’affronter pour une place aux Jeux. Dans leurs combinaisons, on aurait dit des sœurs jumelles, toutes deux grandes et minces et un peu gauches. Je me souviens de ces deux mêmes filles, il y a cinq ans, pleines d’enthousiasme, aussi grandes et plus longilignes encore, quand elles s’entraînaient dans un groupe de développement à l’Anneau et rêvaient d’aller vite. Et maintenant, leur tour était venu de tenter d’obtenir leur place aux Jeux!
L’une (Anastasia) a fait l’équipe, l’autre non. C’était pareil pour les hommes. Beaucoup de visages heureux et encore plus de têtes baissées en signe de déception.
Ça m’a profondément remuée. Le lendemain, ce serait mon tour de sentir l’une de ces deux émotions. Ça m’a inspirée, cette possibilité de façonner mon avenir. Je me sentais bien vivante en voyant mes coéquipiers laisser leur âme et leurs tripes sur la glace. J’étais nerveuse, mais j’étais prête.
L’heure de disputer le 3000 m est finalement arrivée. Et j’ai fait ce que j’avais à faire. Mon objectif était de gagner et de me donner une chance non seulement d’ajouter une autre course à mon programme olympique, mais aussi de me préparer pour ma distance favorite, le 5000 m. J’ai couru le 3000 m en mettant de côté le fait que j’étais préqualifiée pour le 5000 m. J’en voulais plus. Sinon, ça aurait été de la complaisance. Et la moindre touche de complaisance pourrait ouvrir la porte à une défaite.
Je ne peux pas dire que ça a été ma meilleure course, mais j’ai pu confirmer quelque chose que j’avais déjà ressenti quelques fois cette saison : quand je me concentre trop sur mon objectif, j’ai tendance à décrocher de mes sensations. Franchement, je ne souviens pas de grand-chose de mes sept tours et demi. J’étais trop occupée à m’assurer de faire ce que je devais faire.
Si je veux atteindre mon potentiel et combler mes attentes personnelles lors des Jeux, je dois profiter des 45 jours qui restent pour me laisser aller, pour être moi-même et me libérer afin d’être capable de donner la pleine mesure de ma performance. Si je n’y parviens pas, je ferai quand même bonne figure; peut-être même assez pour gagner. Mais je ne serai pas satisfaite.
Je voulais aussi disputer le 1500 m et le 5000 m, quelques jours plus tard. Je n’étais pas obligée de faire ces courses, mais je le voulais. Il y a une limite au travail qu’on peut faire à l’entraînement. Il était temps pour moi de bâtir sur les progrès techniques, tactiques et émotionnels que j’ai faits cette année et de les mettre en application là où ça compte : lors des courses.
Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme ça. Comme il y a quatre ans, je n’ai pas pu courir. Je suis tombée malade peu après le 3000 m (juste après, en fait) et j’ai été clouée au lit. Une intoxication alimentaire n’a rien d’agréable.
Je voulais voir ce qui se passerait lors des 12 tours et demi de torture du 5000 m. J’étais prête pour la douleur que j’aurais éprouvé dans les cinq derniers tours. Et j’avais hâte de voir à quel point je devrais puiser dans mes ressources pour me rendre au fil d’arrivée. Je n’ai pas pu le faire, mais j’ai au moins eu le temps de relire des choses que j’ai écrites au cours des derniers mois, à la recherche de tendances et pour découvrir comment je suis parvenue à mon niveau actuel – et comment je peux encore m’améliorer.
Je voulais aussi voir ce que j’avais fait de bien dans le passé et j’ai donc relu mes journaux intimes d’il y a plusieurs années. Ça m’a permis de me remémorer des moments frappants et des leçons que j’ai tirées non seulement de moi-même, mais aussi des autres.
Ces lectures m’ont beaucoup inspiré, notamment cet extrait d’une entrevue avec Gaétan Boucher. En parlant de son expérience de médaillé d’or olympique, il disait ceci:
«Je sentais mes jambes devenir ankylosées et je voyais que ce serait difficile. La douleur était indescriptible. Il n’y a rien de semblable. Tu as l’impression de ne plus avoir de jambes. Je leur parlais, leur disais de continuer à travailler. Aujourd’hui, elles ont obéi. Mais les derniers 100 mètres, c’est purement une question de tripes. Tu n’as plus rien. Tu sais à l’avance la douleur qui t’attend et tu te prépares en conséquence.»
J’ai aussi relu des commentaires que j’avais faits en 2002, après ma toute première victoire en Coupe du monde, à Erfurt, en Allemagne. C’était particulièrement inspirant, car j’ai appris il y a tout juste quelques jours que notre entraîneur québécois Gregor Jelonek sera aux Jeux de Vancouver. Gregor a été au fil des ans une grande source d’inspiration pour moi. Depuis que je fais partie de l’équipe nationale, il a toujours su trouver les mots qu’il fallait pour tirer le meilleur de moi-même:
«Avant de me présenter sur la ligne de départ, Gregor Jelonek m’a dit, “Clara, tu es une guerrière”. Hors contexte, ça peut sonner bizarre, mais c’était la chose à dire pour me mettre dans le bon état d’esprit. J’étais là pour livrer bataille, pour lutter afin de trouver la dernière once d’énergie en moi, et j’étais prête à relever le défi. Dès ma première enjambée, j’ai su que j’allais battre la rivale avec laquelle j’étais jumelée. J’ai eu la meilleure ouverture de ma vie et j’ai continué comme ça, en attaquant la course comme si chaque tour était mon dernier.»
Pendant que je me reposais à la maison, en attendant de filer mieux, ces paroles m’ont rappelé à quel point ce sport est difficile et le sera toujours. La seule façon de passer à travers est de se laisser porter par le moment et de le vivre pleinement. C’est mon objectif dans les courses qui s’en viennent. Quel processus! Je rêve de combiner cette capacité avec l’énergie vibrante de mes jeunes coéquipiers. Beau mélange de vivacité et de sagesse à viser.
Et maintenant, je suis en Arizona. Eh oui! Je roule dans un désert magnifique, sous un soleil ardent, et j’ai l’impression d’être la personne la plus heureuse sur la planète. Je vais passer cinq jours ici et bien des heures sur mon vélo. C’est le temps de recharger le moteur, de travailler sur mon endurance et de profiter du soleil pour faire le plein d’énergie. Après, il restera un dernier bloc d’entraînement sur glace d’ici les Jeux. Si vous êtes fou de vélo et que vous avez le temps et l’argent, vous devez venir ici. Le climat est superbe et c’est un endroit incroyable pour rouler.
Bonne année!















Syrius78
5 janvier 2010
13h11
Bravo
Enfin un commentaire d’une gagnante! Bravo Clara, peut importe ton résultats sur la glace, tant que tu garde cette attitude et que tu t’amuse tu es gagnante. En fait, les vraies personnes qui devraient lire votre commentaire sont les parents des futurs athlètes.
Tous les athlètes qui vont porter le drapeau nous font honneurs, peu importe le nombre de médailles. Faites nous vibrer. Personnellement, je vais vous suivre dans vos souffrances!
Nous sommes tous derrières vous, même si vous nous entendez pas. On est présent.