
Je râle souvent contre Londres. Mais Dieu qu’elle peut être une ville fascinante, pleine de contradictions. Hier, j’en ai eu un aperçu en quelques heures lors d’une balade dans le quartier des affaires, la City. J’avais tout d’abord rendez-vous avec Richard Kingdon, un intervenant en toxicomanie pour les banquiers. La culture d’alcool et de drogues est prédominante dans le quartier mais personne n’en parlait. Puis, Richard a ouvert un bureau à quelques mètres de la Banque d’Angleterre il y a deux ans. Tranquillement, le phénomène n’est plus si tabou.
Ensuite, course jusqu’à la Bourse de Londres, le London Stock Exchange pour une conférence de presse avec le premier ministre italien, Mario Monti. Un vrai technocrate celui-là. Il tenait un langage aride, typique de l’économiste pragmatique qui dort avec la biographie de Keynes sous son oreiller. Sur un ton monocorde, il a énuméré ses mesures pour relancer l’économie italienne et semblait se réjouir que l’agence de notation S&P reconnaisse enfin qu’un politique d’austérité doit être accompagnée de stimuli pour l’économie. Prochaine étape: libéraliser le marché du travail, paralysé par les “ateliers fermés”, ces professions hypersyndiquées et hermétiques. Nous n’avons pas appris grand chose à cette conférence éclair mais nous avons tout de même eu droit à un moment savoureux, lorsque Monti s’est dit d’accord avec un journaliste de la BBC que Berlusconi était un “bouffon”.
Enfin, en sortant du LSE, j’ai marché quelques mètres pour visiter les indignés, toujours établis sur le parvis de la cathédrale Saint-Paul. Ils ont perdu au procès qui les opposait à la municipalité de la City hier. Le juge leur a donné jusqu’au vendredi 27 janvier pour quitter les lieux. Ils demandent en ce moment la permission de faire appel. Le camp, celui qui a survécu le plus longtemps dans le grand mouvement des indignés, est dans le même état qu’à ma première visite en octobre dernier. C’est plutôt une bonne nouvelle. L’ambiance était bonne, malgré la défaite.
Dans la cuisine, un homme a attiré mon attention. Complet bien coupé, barbe bien taillée, il écoutait patiemment un homme éméché derrière le comptoir. Il m’a expliqué qu’il avait joint le camp après avoir eu un aperçu des pratiques bancaires. Alors qu’il était consultant pour une banque, un des patrons lui a montré comment profiter de failles dans le système fiscal pour payer seulement quelques points de pourcentage d’impôt. “Je ne suis pas contre le capitalisme mais on n’aurait jamais dû sauver les banques de la faillite. Les épargnes des petits investisseurs étaient protégés par la loi de toute façon”, a-t-il dit.











