Sciences dessus dessous

Mercredi 8 février 2012 | Mise en ligne à 10h44 | Commenter Commentaires (14)

Le plus vieil organisme du monde aurait 80 000 ans, minimum…

Drôle d’article paru dans le New Scientist : le plus vieil organisme du monde, une sorte de buisson marin (Posidonia oceanica) vivant en Méditerranée, auraient entre 80 000 et 200 000 ans. Rien que ça. Chez P. oceanica, la dernière mode dans les produits financiers s’appelle «Liberté 55 000». Mais je digresse…

Ces herbes aquatiques se reproduisant principalement par clonage, on considère que les populations qui sont génétiquement identiques forment un seul et même organisme. En se basant sur le rythme auquel un buisson s’étend, soit environ 6 cm par année pour P. oceanica, une équipe dirigée par la biologiste française Sophie Arnaud-Haond, de l’Ifremer, a calculé qu’une population de clones couvrant plus de 15 km, découverte récemment, avait entre 80 000 et 200 000 ans. Le précédent record pour ce genre d’«organisme» était de 43 600 ans.

Je dis que c’est un «drôle d’article» de la part du New Scientist parce que, d’abord, les auteurs de l’étude parue dans PLoS ONE avertissent qu’il s’agit d’un «scénario improbable» à cause du niveau des mers, qui était de 100 mètres plus bas qu’aujourd’hui entre 80 000 et 10 000 ans — ce qui plaçait l’endroit où se trouve le buisson marin sur la terre ferme.

Et parce que, ensuite, il me semble qu’on étire un tantinet-pas-mal-beaucoup les concepts d’«âge» et d’«organisme», ici. Je veux bien croire qu’il faille faire preuve d’un minimum de souplesse parce que la vie épouse des formes très diverses, mais il arrive un point où le concept de départ perd tout son sens, et il faut alors l’abandonner complètement plutôt que de continuer à s’en servir. Dans le cas qui nous intéresse, l’âge se définit comme la durée entre la naissance et la mort d’un organisme ; si la pousse initiale de ce P. oceania vit effectivement encore, alors soit, couronnons-la doyenne de la vie terrestre, mais on peut certainement en douter — et ce brin d’herbe risque d’être impossible à trouver de toute façon.

Faut-il considérer tous ces brins d’herbe comme un seul organisme sous prétexte qu’ils sont tous des clones ? S’ils collaboraient pour former un tout, oui, mais l’étude mentionne des «organismes» séparés en plusieurs parties distantes de plusieurs kilomètres. On est loin du compte.

Enfin, je peux assurément me tromper. Peut-être les biologistes ont-ils des raisons convaincantes d’utiliser cette définition d’«âge» et d’«organisme». Y en a-t-il un dans la salle ?

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Mardi 7 février 2012 | Mise en ligne à 14h14 | Commenter Commentaires (17)

Le nucléaire pour… pousser les fusées de la NASA ?

À vue de nez, c’est rien du tout. Ou si peu : sur les 1,3 milliard $ que la NASA investira cette année dans le développement de nouvelles technologies spatiales, il y aura 3 millions $ pour travailler sur un propulseur de fusée qui carburerait au nucléaire. Presque rien, quoi. Mais il n’y a pas si longtemps, c’était le zéro absolu. Et comme le souligne cet excellent papier de Nature, cela pourrait révolutionner le vol spatial.

L’idée est de tirer profit de la «densité énergétique» du nucléaire — 1 kilogramme d’uranium-235, par exemple, contient environ 1 million de fois plus d’énergie qu’un kilogramme d’essence. Essentiellement, la chaleur générée par la fission nucléaire, ou même simplement par la décomposition naturelle de certains isotopes, est utilisée pour chauffer de l’hydrogène, par définition ultra-léger. Cela implique de sacrifier de la puissance à court terme (et d’amener le propulseur en orbite avec une fusée classique, si j’ai bien compris), mais cela permet de propulser des vaisseaux ou des sondes pendant des périodes beaucoup plus longues. Ce mode de propulsion pourrait aussi s’avérer plus rapide sur de «grandes distances» (à l’échelle spatiale, évidemment).

La NASA avait commencé à travailler sérieusement sur le concept au début des années 2000, mais avait tout remisé en 2005, quand ses ressources ont été détournées par un certain projet de reconquête lunaire…

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Mardi 7 février 2012 | Mise en ligne à 10h03 | Commenter Commentaires (9)

Lac Vostok : faire durer le suspense

Les Russes sont-ils vraiment parvenu, comme certaines agence l’annonçaient hier, à forer jusqu’au lac Vostok, ce lac de l’Antarctique enfoui sous 4 kilomètres de glace ? Il est certain qu’ils en sont proches — le contraire serait d’ailleurs désespérant, puisqu’ils creusent depuis 1989 ! —, mais il est encore trop tôt pour le confirmer, nuancent ce matin diverses sources, dont Nature, Science et Sciences et avenir.

Bien qu’il soit recouvert de glace depuis des millions d’années, peut-être même 35 millions, le lac Vostok recèle encore de l’eau liquide, que l’énorme pression empêcher de figer. L’intérêt scientifique de forer jusque là est d’analyser la composition de son eau et et de ses sédiments pour possiblement en tirer des information sur la composition de l’atmosphère à l’époque où le lac s’est recouvert de glace ; il est également envisageable d’y découvrir des colonies de bactéries inconnues.

D’un point de vue technique, il s’agit d’une opération beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraît, car la glace a tendance à se refermer derrière la «mèche». L’intérêt scientifique est également contesté, car en l’atteignant, on risque de contaminer le lac avec des bactéries de la surface.

AJOUT : À la fin des fins, comme disent les Russes, on est maintenant certain que le lac a été atteint. L’eau sous pression a remonté plusieurs dizaines de mètres dans le forage avant de geler et, ainsi, de former un bouchon qui doit empêcher la contamination du lac, lit-on dans ce papier du New York Times.

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