Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
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    Samedi 20 mars 2010 | Mise en ligne à 17h49 | Commenter Commentaires (16)

    Amiante : le rendez-vous manqué

    Que se passerait-il si, au lieu d’interdire la possession et la consommation de cocaïne, le Code pénal criminalisait la «poudre blanche» sous toutes ses formes ? Essentiellement on jetterait le bébé avec l’eau du bain… D’une part, bien sûr, plusieurs substances dangeureuses (la coke elle-même, l’anthrax, etc) seraient toutes bannies d’un seul coup, et personne qui soit vraiment sain d’esprit ne pourrait s’en plaindre. Mais d’autre part, bien d’autres substances qui sont au contraire très utiles (farine, sucre en poudre, etc) basculeraient du même coup dans l’illégalité. Et au final, une telle loi n’aurait pas grand-sens.

    C’est par cette analogie que le géologue et doyen de la Faculté des sciences de l’Université d’Ottawa, André Lalonde, décrit la controverse historique au sujet de l’«amiante», un terme qui recouvre plusieurs composés très différents mais que beaucoup d’études médicales ont mis dans un même panier. Certaines amiantes sont, certes, épouvantablement cancérigènes, mais d’autres le sont beaucoup, beaucoup moins, et cette distinction demeure cruellement absente du débat — et même de plusieurs études de santé publique.

    J’en parle dans un texte publié ce matin dans Le Soleil, où j’ai aussi interviewé (par téléphone) quelques participants à un colloque sur la question, qui s’est tenu le week-end dernier à Baltimore.

    M. Lalonde n’est pas le seul de son camps, notons-le. Quatre professeurs de géologie de l’Université Laval ont envoyé la semaine dernière une lettre ouverte aux médias, défendant essentiellement le même point. Le texte est intéressant, mais comme il ne semble pas avoir trouvé d’écho, je le reproduis ici:

    Amiante et chrysotile: on mélange des pommes et des bananes!

    Le débat sur l’utilisation sécuritaire du chrysotile est biaisé par la confusion sur la

    nature des minéraux qui ont été commercialisés sous le nom d’amiante. L’amiante n’est

    pas un minéral, mais plutôt le nom utilisé pour le commerce de produits constitués de

    fibres minérales qui ont des propriétés mécaniques, thermiques et chimiques utiles. On

    parle en fait de six minéraux qui appartiennent à deux familles : 1) la serpentine

    chrysotile forme un feuillet enroulé sur lui-même, comme un rouleau de papier, qui

    donne des fibres soyeuses et flexibles; et 2) les amphiboles constituent une vaste

    famille de minéraux qui prennent la forme d’aiguilles, plutôt que de feuillets. Les

    amphiboles ont une composition chimique variable (Fe, Mg, Ca, Na) et des propriétés

    physiques différentes. Le chrysotile et les amphiboles ne se forment pas dans les

    mêmes environnements géologiques. Le chrysotile et les amphiboles sont donc des

    minéraux très différents, à part la forme fibreuse. Les amalgamer ensemble équivaut à

    mélanger des pommes et des bananes.


    Dans le débat actuel sur la santé publique, nous sommes particulièrement

    inquiets qu’une telle confusion sur les minéraux fibreux, communément appelés

    amiante, continue d’alimenter les idées reçues. Manifestement, certains interlocuteurs

    n’ont ni la compétence ni l’expertise pour différencier les minéraux en cause. Plusieurs

    études démontrent que les amphiboles demeurent dans l’organisme 10 fois plus

    longtemps que le chrysotile. D’autres études montrent qu’il faut une dose de chrysotile

    plusieurs centaines de fois plus élevée pour induire un risque similaire à celui de

    certaines amphiboles. Malgré les preuves scientifiques qui différencient les impacts sur

    la santé, on continue de confondre chrysotile et amphiboles sous le nom amiante.


    Il est particulièrement déplorable que l’Institut national de santé publique du

    Québec (INSPQ) ne fasse pas cette distinction. En particulier, l’INSPQ utilise une

    méthode qui permet de compter les fibres, mais pas de les différencier! Même pas les

    fibres minérales des autres fibres, comme la cellulose. La teneur en « fibres d’amiante »

    établie par l’INSPQ est donc la concentration de fibres de toutes origines. La teneur en

    « fibres d’amiante » n’est pas une donnée fiable, la considérer dans le débat actuel

    revient à mélanger légumes, pommes, bananes et autres fruits : quelle salade!


    Il nous apparaît donc essentiel d’appeler un chat un chat dans le débat sur

    l’utilisation sécuritaire du chrysotile. Des études épidémiologiques qui prennent en

    compte la minéralogie des fibres doivent être entreprises pour établir clairement le

    risque associé à différents usages du chrysotile. C’est ce que recommande aux Etats-

    Unis le National Institute for Occupational Health and Safety.  La méthode utilisée par

    l’INSPQ pour mesurer la teneur en fibres doit permettre de distinguer la proportion des

    différents minéraux. Les décideurs doivent agir à partir d’informations fiables et

    complètes, afin d’établir des critères qui permettront, s’il y a lieu, un usage sécuritaire du

    chrysotile. On doit cesser de mélanger les pommes et les bananes.

    Dr. Georges Beaudoin, géo., PhD

    Dr. Josée Duchesne, ing., PhD

    Dr. Tomas Feininger, PhD

    Dr. Réjean Hébert, géo., ing., PhD

    Professeurs,

    Département de géologie et de génie géologique

    Université Laval, Québec (QC)


    • Très bon article, M. Cliche, j’ai beaucoup appris sur ce sujet. Ce dossier est encore un bel exemple de politisation de la science.

    • Dans le même ordre d’idée, il y a quelques années il semble que l’on avait trouver une façon de rendre l’amiante sécuritaire en utilisant une teinture qui limitait son activité chimique.

    • Merci pour ramener un peu de sens commun dans ce dossier.

    • «Manifestement, certains interlocuteurs n’ont ni la compétence ni l’expertise pour différencier les minéraux en cause»

      Oui et en voici quatre :
      Dr. Georges Beaudoin, géo., PhD
      Dr. Josée Duchesne, ing., PhD
      Dr. Tomas Feininger, PhD
      Dr. Réjean Hébert, géo., ing., PhD

      Franchement une simple recherche sur internet nous prouve qu’ils ont tort.

    • @djiefp Les quatres auteurs sont des experts in minéralogie. Ils ont certainement l’expertise te la compétence pour identifier les minéraux en cause.

    • @djiefp

      J’aimerais bien savoir ce qui vous amène à avancer ça. Quatre DOCTEURS, dont deux géologues, avancent ce fait. Et vous dites quoi exactement à ce sujet? Qu’ils ont tort où?

    • @ djiefp

      Une simple recherche sur internet nous prouve aussi que la terre est plate: http://www.theflatearthsociety.org/tiki/tiki-index.php

    • Je sais que les cas personnels ne comptent pas, mais ma grand-mère, qui fait plus 90 ans, a passé sa vie à Asbestos et anciennement, il y avait de la poussière d’amiante partout même que les enfants jouaient avec ce minéral… Y-a-t-il des plus hauts taux de cancers là-bas ?…

      Ha, je vous dirais peut être bien, car la ville est devenue un chateau-fort du désoeuvrement et que ce type de fléau coincide souvent avec une forte consommation de tabac…

      @djefp, on consulte des sites sur internet… on ne fait pas de la recherche… C’est une insulte pour ceux qui font de vrais travaux de recherche que de lire cette phrase.

    • @Walt68
      Il va falloir changer le nom des “moteurs de recherche” pour “moteurs de consultation”. En français, les mots ont souvent plusieurs sens. Comme “respirer par le nez” qui est une expression qui a deux sens et qui sont intéressantes à exercer.

      @Jim777
      Je pleure de rire en lisant ce site !!! Merci beaucoup. 99.9% des gens conspirent contre 0.01% !!! hihihihi.

      Question comme ça: Est-ce que l’extraction des divers types d’amiante est sécuritaire ? C’est-à-dire est-ce qu’on retrouve la “bonne” amiante aux même endroits que la “mauvaise” amiante ? (On dirait qu’on parle du cholestérol !!!).

    • @gl00001

      Je ne suis pas sûr à 100%, mais je dirais que non, l’amiante chrysotile (celle du Québec, possiblement la “bonne”) ne se retrouve pas dans les mêmes gîtes minéraux que les amiantes amphiboles (que l’on retrouve par exemple au Brésil)

    • Merci Lordcraft.
      Répandons la bonne nouvelle maintenant sans avoir l’air de “The flat earth society”. Ca va être dur avec tous les préjugés dans le monde sur l’amiante.

    • @gl…1,

      Ha, ha, ha !

    • Le sujet m’a rappelé toutes les roches et minéraux que je trouvait à Asbestos, aux abords des montagnes constituées des restes rejetés par la compagnie JM Canada : Mica, muscovite, schiste, serpentine, grenat rose, grenat rouge… etc.

      À part la chrysotile, il me semble qu’il y avait un type d’amiante, dont je ne me rappelle pas le nom, qui était gris et sous forme de pâte ou de poudre… Je ne me rappelle pas vraiment. Peut être était-ce de l’amphibole mentionné précédemment par @lordcraft ?

    • @walt68,
      Vous êtes bien chanceux d’avoir pu fouiller dans les scories; on y trouve de beaux échantillons et parfois des gros cristaux, qui ont une valeur esthétique mais non commerciale. “amiante” est un mot générique qui désigne une bonne dizaine de minerais. L’amphibole est généralement verte olive ou noire, et cassante (les fibres, aiguilles ou filets sont souvent grosses comme du crin de cheval). La chrysotile, fine comme de la soie, peut prendre différentes teintes, du vert pâle au bleu pâle en passant par le blanc et le gris. Le mot “asbestos” ou “asbeste” ne désigne aucun minerai en particulier et est surtout utilisé en anglais.

    • @walt68

      En passant, la muscovite est un mica :) Les mica sont une famille de minéraux et souvent, celle qu’on rencontre est la biotite, en feuillets bien formés et noirs/bruns. La muscovite forme de plus petits feuillets, blancs ou verts. Le schiste est une roche, donc un assemblage de minéraux. Juste comme ça :)

      Cela dit, ça explique une partie du problème de la minéralogie: très vaste et difficile. Si certains cristaux sont faciles à reconnaîtres, beaucoup de minéraux adoptent plusieurs formes et couleurs. je me rappelle un échantillon à mon examen de minéralogie: bleu azur, pas de cristaux bien formés, dureté moyenne, etc… Finalement, c’était tout simplement… du sel! (ou de la halite, si vous préférez) Le seul moyen de l’identifier réellement, c’était d’y goûter. Évidemment, on a moins le goût de le faire quand l’échantillon a passé au travers de 30 paires de mains et que certains étudiants ont probablement testé à l’acide…

      Enfin, tout ça pour dire que c’est très difficile d’identifier un minéral à partir d’une description sur un blogue… Mais de même, peut-être tout simplement une minéralisation différente de la chrysotile? Ou plus simple encore: du talc. Mais le talc n’est pas une amiante… En tout cas, probablement pas de l’amphibole!

    • @lordcraft,

      Je le sais, car j’avais de la muscovite dans ma collection. Pour arriver à identifier mes échantillons, je les faisait passer différents tests physiques et chimiques.

      @hdufort,

      C’est vrais que j’étais chanceux de vivre dans une ville qui était percée, à l’époque, par la plus vaste mine à ciel ouvert au monde. De la variété, il y en avait bien en masse. Par contre, il manquait de roches sédimentaires ainsi que de fossiles.

      P.S.
      Le mot : scories est à utiliser au niveau figuré… Je vous le dit seulement dans le cas ou vous ne saviez que ce terme se rapporte aux roches volcaniques.

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