On dit souvent qu’Internet ébranle les grands médias traditionnels. Ça a rarement été aussi vrai que dans le cas de l’entrevue que Mark Zuckerberg, fondateur du site Facebook, a donnée à une journaliste du magazine américain Business Week, à l’occasion de la conférence South by Southwest, ce weekend. Je vous présente une vidéo intégrale ci-après, qui fait la double démonstration que le Web 2.0, (avec ses Twitter, Facebook et Youtube), combiné à une mauvaise entrevue, est un cocktail explosif.
La journaliste est, de l’avis de tous (ou à tout le moins, de gens ici, ici et ici), très professionnelle. Elle n’a simplement pas eu le tact nécessaire pour s’effacer afin de mener efficacement cette entrevue sur scène, en direct, devant public.
En privé, pour un article dans l’hebdo pour lequel elle écrit, on peut imaginer que ça se serait mieux passé. Qu’elle aurait évidemment pu taquiner Zuckerberg sur son jeune âge, sur la valeur estimée de son entreprise (15 milliards!) ou sur ses manies dans l’intimité, sans que ça ne dérange personne. Elle aurait ensuite rédigé un papier qui aurait fait passer tout ça pour une conversation intelligente, articulée. Elle aurait même pu donner l’impression d’être très chummy-chummy avec Zuckerberg, ce qui était loin d’être le cas sur scène (il y en a pour dire qu’elle ne sera plus de la liste d’amis de Zuckerberg sur Facebook, ha, ha).
Se faire reprendre parce qu’il estime qu’elle a «complètement inventé» son histoire sur des calepins qu’il brûle une fois remplis, c’est pourtant un signal assez clair que l’entrevue dérape.
En tout cas. Ce que démontrent les nombreux commentaires émis en direct sur Twitter, tandis que la journaliste n’y comprend rien, est manifeste: en 2008, il y a journalisme et… journalisme 2.0.
Mme Lacy suggère aux gens présents dans la salle de lui envoyer un mot par courriel pour lui indiquer ce qui, selon eux, n’a pas fonctionné durant sa conversation avec le jeune entrepreneur. Disons-le: dans une conférence techno comme SXSW (par ailleurs religieusement suivie par le collègue Nico sur son propre blogue), placer un buzzword ici et là et faire son auto-promotion ne suffit pas. Mme Lacy a plogué le site Digg, le blogueur Michael Arrington (TechCrunch), son show de télé et un livre qu’elle a écrit sur le phénomène du Web 2.0, tout ça de façon plutôt gratuite et non informative. Avant que quelqu’un lui crie d’aller «jeter un coup d’œil à Twitter» pour voir ce qui cloche avec son comportement…
Éventuellement, elle a remis le micro à la salle, d’où ont émergé des questions plus pertinentes, dans les circonstances. Des questions sur Facebook, ses lacunes, ses défis, etc.
Nous y voilà donc: journalisme 2.0, le public tient le micro. Bon, rien de nouveau là. Mais il y a plus: la réaction est instantanée et sans appel. Dans ce cas-ci, sur Twitter d’abord, sur Youtube ensuite. Et enfin, sur ces tas de blogues peu originaux, comme le mien, qui reprennent l’histoire pour la commenter un peu plus. Imaginons cette entrevue en direct à la télé: on étouffe l’affaire rapidement en passant à autre chose. Avec Internet? Impossible.
À South by Southwest, ce weekend, Sarah Lacy incarnait les médias traditionnels affrontant le Web 2.0. À petite échelle (une salle de conférence bondée, tout de même), on dirait une reproduction de la même chose à l’échelle continentale: le choc entre les médias traditionnels qui veulent tout contrôler et un public de plus en plus grandissant qui sait ce qu’il veut voir, entendre, regarder, écouter.
Remarquez, j’ai quand même hâte de lire le compte-rendu de tout ça dans Business Week…
























nikolai35
11 Mars 2008
18h41
T’as-tu pris ça sur mon blogue? Si tu veux j’ai des photos hi-res de Zuckerberg prises à ses pieds. Une copine qui lui a parlé hier au party de Facebook dit qu’il fait comme 5′5″
-niko@vulusu
mcken
11 Mars 2008
19h36
Hey! Non je suis tombé dessus sur une couple de sites américains, mais j’étais pas mal certain que tu suivrais ça de près!