Archives : Janvier 2009
Jeudi 29 Janvier 2009, 13h21
La dangereuse vie d’un blogueur techno
Dans la Silicon Valley, on pourrait dire que le site Techcrunch est aux technologies ce que l’émission Tout le monde en parle est à la société québécoise: vous y faites une apparition et subitement, vous devenez “Quelqu’un”.
Le fondateur de Techcrunch, Michael Arrington, s’est carrément fait une réputation de lanceur de ‘’startups” depuis qu’il a créé son site en 2005. N’importe quelle entreprise qui tente de percer dans le secteur des nouvelles technologies sait que Techcrunch est un passage obligé. Si Techcrunch et son gourou daignent parler de vous, les investisseurs daigneront, à leur tour, s’intéresser un minimum à ce que vous avez de si merveilleux à vendre.
Mais voilà, à la grande surprise de toute la technosphère, Arrington vient d’annoncer qu’il tire la plogue sur sa carrière de gourou pour quelques semaines. Il dit vouloir réfléchir sur son avenir, au moins pendant tout le mois de février.
Dans ce billet émouvant publié sur son blogue, il explique que ce questionnement découle d’un incident survenu lors de la Digital Life and Design Conference, à Munich. Sans crier gare, un entrepreneur en manque de publicité s’est avancé vers lui et lui a craché au visage.
“Généralement, lors de ces salons, les gens viennent à moi pour me parler de leurs “startups”. Ma réaction varie selon le nombre d’heures de sommeil que j’ai accumulées la veille et selon le nombre de ”pitchs” de vente qu’on m’a faits dans la dernière heure”, explique Arrington. Parfois, je m’assieds et je regarde leur démo, dans d’autres cas, je demande aux entrepreneurs leur carte d’affaires et je leur demande de rappeler plus tard.”
“Hier, je combattais un rhume, j’étais en décalage horaire, j’avais peu dormi, et je subissais depuis trois jours les ”pitchs” de vente d’entrepreneurs désespérément à la recherche de couverture médiatique.” Alors qu’il s’apprêtait à quitter pour se rendre à une autre conférence à Davos, Arrington a vu un homme s’approcher de lui. “J’ai détourné le regard pour éviter un contact visuel. Parfois ça marche.” Pas cette fois-là. L’homme, frustré de ne pas avoir l’attention du gourou des ‘’startups”, lui a craché au visage, puis s’est vite effacé dans la foule.
“Par le passé, on m’a bousculé, tassé, pris par le bras et agressé de différentes façons lors de ces conférences. Mais jamais on ne m’a craché dessus. C’est là que je trace la ligne”, écrit Arrington.
“J’ai toujours aimé discuter avec les patrons de ‘’startups” (…). Mais je ne peux plus dire que mon travail est plaisant. Les ‘’startups” qui n’obtiennent pas la couverture qu’elles souhaitent ont tendance à m’accuser de tous les maux”, ajoute-t-il.
Arrington parle aussi d’un incident survenu l’été dernier - un homme anonyme l’a menacé de mort, lui et sa famille, sans raison claire - ce qui l’a forcé à se cacher au domicile de ses parents pendant plusieurs jours, le temps que la police fasse son enquête.
Le billet d’Arrington m’a ému. Pas que je sois un grand sensible ou que je m’identifie le moindrement à lui. Mais j’ai comme l’impression qu’avec la crise économique et les sources de financement qui se sont taries, on va en voir de plus en plus de ces manifestations d’agressivité. Je compatis avec Arrington; mais je me sens encore plus mal pour ce pauvre homme anonyme, probablement persuadé, après plusieurs échecs, que le seul recours qui lui restait était de vomir sur le seul homme qui pouvait encore sauver son entreprise.
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Mercredi 28 Janvier 2009, 12h43
Belle surprise, ce matin, en écoutant La Première à la carte (un podcast radio-canadien que je télécharge religieusement).
Le journaliste Jacques Beauchamp, de l’émission Désautel, y présente un reportage sur les “natifs” du numérique, ces enfants qui comprennent instinctivement les technologies puisqu’elles ont toujours été présentes dans leurs vies. Marc Prensky, l’idéateur du concept de “natifs” (opposé aux “immigrants” du numérique), y élabore sa pensée:
“C’est comme si les adultes avaient un accent. Moi, par exemple, quand quelqu’un me (pose une question concernant la géographie), que je suis devant mon ordinateur et que j’ai Google Maps et Google Earth devant moi, ma tendance c’est d’aller consulter l’Atlas. (Contrairement aux natifs du numérique), je ne compte pas sur la technologie comme quelque chose qui est mon ami”, explique-t-il.
Devant cette nouvelle génération d’autochtones des technologies, cette différence fondamentale de langage force l’école à se transformer rapidement, note-t-il.
“Les professeurs leurs parlent. C’est la façon dont on enseigne en général. Mais les jeunes n’aiment pas entendre quelqu’un qui leur parle. Ils aiment faire quelque chose: chercher, lier. Nous, les immigrants, quand nous faisons quelque chose, nous aimons faire une chose à la fois, aller lentement, commencer au début et aller jusqu’à la fin. Eux (les natifs), ils ne fonctionnent pas comme ça du tout. Ils veulent aller vite, (travailler) en petites parties, chercher au hasard. Et ils arrivent quand même à quelque chose qui leur permet de comprendre le monde.”
Le reste du reportage est aussi très intéressant, surtout si, comme moi, vous élevez un p’tit monstre qui apprend sur la vie des baleines ou des tortues davantage sur YouTube qu’à la télé ou en allant au Biodôme.
Si le sujet vous intéresse, vous pouvez aussi lire “Digital Natives, Digital Immigrants” ici. Le Devoir, sous la plume d’un Pas très humble chroniqueur, a également publié un bon papier sur Prensky il y a quelques semaines.
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Lundi 26 Janvier 2009, 21h48
Un nouveau coup fumant signé Trent Reznor
Parlez-moi d’un gars qui a compris l’essence du web et de la culture numérique. Trent Reznor, le chanteur du groupe Nine Inch Nails, un avant-gardiste qui a déjè incité ses fans à “voler” sa musique parce que les compagnies de disque traînent de la patte dans leur offre en ligne, a fait un autre coup surprenant (ça fait déjà quelques semaines, mais c’était passé un peu sous le radar).
Lors de la tournée Lights in the Sky, il semble que des fans ont filmé à l’insu de NIN trois spectacles entiers (dont un à Victoria, en Colombie-Britannique), en haute définition svp.
En tombant sur les bandes, Reznor ne s’est pas le moindrement offusqué de ce “vol” de sa propriété intellectuelle. Au contraire: il a invité son fanclub à télécharger les fichiers vidéo HD sur Bittorrent. If you can’t beat them, join them, comme disent les anglais.
“Un cadeau pour vous… L’internet est bourré de surprises ces jours-ci”, a écrit Reznor sur son blogue.
“J’ai été contacté par un groupe mystérieux et nébuleux d’individus subversifs qui a réussi à filmer une quantité substantielle de contenu (plus de 400 GB !) haute définition brut non édité, tiré de trois différents concerts.”
“La sécurité a vraiment dû se planter parce que la qualité des bandes est excellente. Si vous suivez le lien vers ces extraits, je parie que certains d’entre vous arriveront à faire un montage plutôt cool.”
Avis aux intéressés: les fichiers sont en format MPEG-2, dont la manipulation n’est pas très recommandée pour les monteurs du dimanche. Autre pépin: chacun des fichiers (ici, ici et ici) pèse 125 giga-octets. Pas sûr que Videotron et Sympatico vous aimeront si vous vous lancez dans leur téléchargement.
Mais bon. Vous pouvez aussi apprécier l’oeuvre brute sur YouTube. Reznor n’est pas encore allé se plaindre pour que les clips soient retirés.
Tristan Péloquin
Depuis le jour où il s’est branché pour la première fois sur un babillard électronique, Tristan Péloquin est passionné par le cyberespace et les phénomènes sociaux qui s’y déroulent... Lire la suite »
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