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Tristan Péloqin

Jeudi 19 Juillet 2007, 10h06

Harry Potter : comment j’ai “infiltré” un réseau pirate

Il devait être 15h, hier, quand j’ai découvert ce projet pirate, coordonné par un type qui s’appelle Kyle Giovanni.

Le gars avait entre les mains la version pirate de ce qui serait, selon toute vraisemblance, le prochain tome de Harry Potter. C’est-à-dire les fameuses photos des 759 pages de Harry Potter and the Deathly Hallows, qui circulent depuis mardi sur les trackers bittorrent, et dont ma collègue Sonia Sarfati et moi avons parlé dans La Presse.

Non content d’avoir à s’arracher les yeux sur ces images jpeg de plus ou moins bonne qualité, parfois hors focus, et dont la lecture donne mal à la tête, le gars a entrepris de retranscrire le livre au complet dans un fichier texte plus lisible, et surtout plus facile à transmettre sur internet. Page par page. Paragraphe par paragraphe, il réécrit tout le document. Une tâche longue et plate.

Alors Kyle Giovanni a eu l’idée de demander l’aide de pirates-bénévoles, sur ce site qu’il a créé. Quand je l’ai découvert, des dizaines de personnes s’étaient déjà jointes à lui.

Je lui ai aussitôt demandé une assignation par courriel, en anglais : « Please, give me an assignment. I’m a fast typer». Il était 15h13, sur mon BlackBerry.

À 17h03, Kyle m’a répondu : « Chapter 6 PG 97-110. Please separate by page and have the lines end exactly as in the book. Thanks. KG».

Pas plus difficile que ça. J’étais dès lors une des milliers de pirates qui s’affairent depuis mardi à rendre Harry Potter and the Deathly Hallows encore plus piratable. Pas de question. Pas de vérification. Pas d’examen.

Évidemment, je n’ai pas collaboré. J’ai plutôt réécrit à Kyle, lui disant cette fois-ci que j’étais journaliste, pour lui demander pourquoi il fait ça. La réponse, venue quatre minutes plus tard, est ridiculement simple : « Je fais ça parce que c’est quelque chose qui devait être fait. J’avais du temps à tuer et c’est quelque chose que je fais pour tuer le temps.»

Plus de 1000 personnes lui ont offert leur aide par courriel. 1000 petits soldats pirates, recrutés dans le temps de le dire. Des pirates moussaillons qui ne tirent aucun salaire de leur labeur, sinon une espèce de fierté bizarre d’avoir participé à quelque chose d’illégal.

La gloire d’avoir battu la machine à millions de J.K. Rowling.

C’est la même motivation qui les pousse à pirater des films en s’introduisant dans les salles de cinéma avec leur caméras vidéo. Un rush d’adrénaline, je suppose, semblable à celui que je peux avoir quand je travaille sur un gros scoop.

C’est débile, non ?

Ce qui est paradoxal, c’est que malgré ce côté très relax – tu offres tes services, tu fais partie de la famille sans qu’on pose de questions – les pirates forment une communauté extrêmement organisée. Ils ont des sites de nouvelles hyper à jour (TorrenFreak, ZeroPaid), animés par des informateurs qui ont des oreilles partout. Ils s’entraident pour ouvrir de nouveaux sites pirates, ils se mobilisent pour les garder ouverts. On dirait presque une branche de la mafia.

Drôle de microcosme, je vous dis.

 

 

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10 commentaires | Permalien | Publié par Tristan Péloquin dans Général

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jrleo

Le Jeudi 19 Juillet 2007

En toute honnêteté je les comprends. J’adore JK Rowling et Harry Potter. J’ai réservé le mien mais c’est seulement par principe que je n’ai pas été downloadé les pdf. Si il y a une chose que je peux reprocher à l’équipe de Scholastic c’est qu’ils font attendre les fans depuis 6 mois et les fans s’impatientent. Si ils avaient annoncé la mise en vente du livre un mois à l’avance et qu’ils avaient rendu les livres disponibles aussitôt que possible, il n’aurait pas été piraté de la manière qu’il l’a été. On n’en a rien à foutre de la sortie synchronisé. On veut le livre et le plus vite possible.

patthebrat

Le Jeudi 19 Juillet 2007

@jrleo

C’est quoi cette logique égocentrique sans queue ni tête ? La faim justifie les moyens ??? Un commercant n’a pas le droit de mettre en vente son produit (loin d’être essentiel en passant) selon le plan marketing de son choix ?

Si je suis votre logique, les milliers de fans de Potter qui feront la file le soir de la sortie seraient justifié de défoncer la vitrine des libraires pour avoir leur copie sans attendre ? Ce serait alors la faute du libraire de ne pas avoir respecté le droit de ses clients de lire le livre le plus vite possible.

marcorelius

Le Jeudi 19 Juillet 2007

J’aime votre commentaire un peu sarcastique un peur curieux … c’est un ton de conversation vraiment sympathique…
“C’est la même motivation qui les pousse à pirater des films en s’introduisant dans les salles de cinéma avec leur caméras vidéo. Un rush d’adrénaline, je suppose, semblable à celui que je peux avoir quand je travaille sur un gros scoop.

C’est débile, non ? […] On dirait presque une branche de la mafia.”

C’a ma donne un petit sourire en coin. En tout cas, c’est une histoire interessante. Y-a-t-il une suite a venir? Comptez-vous lire tout le livre avant sa parution officielle? Denoncer les individus impliques a la police? Participer clandestinement a la transscription du livre parce que vous aussi, au fond, ca vous fait un petit shot d’adrenaline comme ca? (Je rigole.)

Tristan Péloquin

Le Jeudi 19 Juillet 2007

@Marcorelius

Je vais faire le suivi, mais ne comptez pas sur moi pour faire la critique. C’est ma collègue Sonia Sarfati qui le fait. Je la vois du coin de l’oeil, dans la salle de rédaction de La Presse, s’arracher les yeux sur son écran pour finir le livre avant demain soir, minuit.

Moi, je ne connais rien de Harry Potter. Mon univers, c’est celui de Phillip K. Dick, Neil Stephenson, Maurice Dantec, William Gibson et de tous les autres qui ont alimenté le mouvement CyberPunk. Sans oublier Asimov, le dieu de la SF.

marie-l.

Le Jeudi 19 Juillet 2007

Moi, ce que je veux savoir, c’est COMMENT tu t’y es pris pour trouver ce site avec ce Harry piraté dans la masse monstrueuses de résultats que génère Google quand on tape Harry Potter… ??? Probablement que tu n’as pas utiliser ce moteur de recherche , mais donc, COMME ou plutôt OÙ as-tu trouvé ce site? (Dslée les fauetes de frappe sont dues à un écran dde mac un peu fatigué!)

marie-l.

Le Jeudi 19 Juillet 2007

Erratu, : utilisé et COMMENR

honorable_psycomaxter

Le Jeudi 19 Juillet 2007

C’est pas dûr à trouver tu va sur Google en tapant “Harry Potter pdf” mais je n’en dirai pas plus sinon ils vont shifter mon commentaire :P Ensuite je ne vois pas pourquoi on en fait tout un plat, vous pensez vraiment que les gens vont préférer lire un PDF que d’avoir le livre ? C’est comme les films, qui va préférer regarder un screener ou on voit les gens se lever tout le temps et ou la qualité audio/video est monstreuse ?

Sa m’inquiète absolument pas, s’ils perde une vente sur 1 millions à cause de ça je serais très surpris.

Ensuite bah pirate … même quand on parle d’un pédophile/tueur en série les journalistes sont plus objectifs que ça.

jossinet

Le Jeudi 19 Juillet 2007

Donc si je comprends bien, il ne vendrons pas un livre de la version francaise car on connaitra l’histoire des samedi soir ?
Nan, comme honorable_psycomaxter, c’est plus un jeu qu’autre chose. Faudrait etre debile pour se tuer les yeux sur un PDF ou depenser 100 dollars d’encre pour imprimer ce truc. Surtout quand il sort deux jours plus tard et surtout si on est fan. Sinon, ca veut juste dire que les gens sont encore plus co.ns que je pensais.
Sinon, les pirates sont tellements dangeureux pour cette industrie qu’il parrait que l’auteur d’Harry Potter vie sous les ponts ! Bientot, elle va me faire brailler tiens ! C’est comme les majors qui gueulent et quand on regarde leurs profits, ils augmentent d’annee en annee. Si les pirates causent du tort à quelqu’un, ce n’est surement pas aux gros, mais aux petits artistes et seulement eux.

patthebrat

Le Vendredi 20 Juillet 2007

@Jossinet et honorable_psycomaxter

En effet les impacts réels sur les ventes risquent d’être très margineaux. Comme l’industrie de la musique dès le début des années 90, suivit de celle du cinéma quelques années plus tard les maisons d’éditions vont victimiser leurs protégés en prétendant que les pirates les ruines.

La réalité est que les musiciens font quelques sous sur chaques disque (se sont les tournées qui leurs rapportent de gros dollards), les ventes de DVDs sont nettement supérieurs à celles du VHS à l’époque pré-internet et comme vous le mentionnez peu de lecteurs sont prêts à lire une oeuvre complète sur un écran.

Les consomateurs qui piratent le contenu culturel qu’ils consomment demeurent margineaux parce que même en étant très facile d’accès aux yeux de certains c’est encore un univers impénétrable pour la majorité (marie-l. en donne le parfait exemple).

Internet peut être une ressource marketing très efficace et peu couteuse pour un artiste qui sais s’y prendre ou qui s’entoure des bonnes personnes. Les grandes corporations du domaine de la culture commencent à peine à en voir les atouts et à les exploiter.

reedf4

Le Vendredi 20 Juillet 2007

marie-l.: on parle de réseau pirate, tu trouveras pas ça sur Google franchement. sinon, ce serait un peu trop fou. mais bon, c’est à peine plus difficile pour quelqu’un qui habitué à pirater de la musique ou des films.

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Tristan Péloquin

Depuis le jour où il s’est branché pour la première fois sur un babillard électronique, Tristan Péloquin est passionné par le cyberespace et les phénomènes sociaux qui s’y déroulent... Lire la suite »

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