Mercredi 18 Mars 2009, 17h41
Michelle Blanc: rétablir les faits
La consultante en stratégie web Michelle Blanc, que je cite souvent dans mes articles, a animé hier une conférence intitulée Si j’étais propriétaire du Journal de Montréal. La conférence est webdiffusée ici.
Dans l’extrait qui suit, Michelle fait l’apologie de Twitter, en disant que si les journalistes fréquentaient ce site davantage, ils tomberaient sur des histoire inédites. C’est bien vrai. Elle poursuit cependant avec une série de déclarations inexactes au sujet de la fusillade de Dawson.
Dans le clip, Michelle dit que, pendant la fusillade de Dawson, “l’information la plus pertinente et la plus à jour (pendant la tuerie) était sur Wikipedia”, alors que (les sites de) “Radio-Canada et Canoe étaient down”. Elle ajoute que la première source à avoir révélé le nom du tueur est également Wikipedia.
« Le vraies images, les vraies photos, les vraies informations, qui s’est fait tirer, c’était sur Wikipédia », affirme Michelle avec assurance.
En tant que journaliste à La Presse qui a couvert l’événement, je crois être bien placé pour dire que Michelle a tort sur ce point.
Au lendemain de la fusillade, je publiais dans La Presse cet article intitulé “Dawson: la fusillade en direct sur Wikipédia”. J’y parlais du fait qu’un étudiant de Concordia qui s’est retrouvé près de l’action a créé une page wikipédia à peine quelques minutes après le début de l’événement. Je me souviens très bien avoir lu et relu son article sur Wikipédia alors que les événements se déroulaient. On y trouvait de l’information juste et pertinente. Dans mon article, le lendemain, j’ai d’ailleurs décrit les faits qu’on rapportait sur Wikipédia comme étant “d’une bonne rigueur factuelle”. Je disais « d’une bonne rigueur factuelle » et non « d’une rigueur exemplaire », justement, parce qu’il y avait des erreurs.
Une chose est cependant certaine, on ne trouvait sur Wikipédia, lors des événements, AUCUNE INFORMATION INÉDITE que les médias traditionnels n’avaient pas encore rapportée. Wikipédia répétait, avec un certain retard mais avec un regard original de citoyen, ce que nous, des médias traditionnels, découvrions.
Quant aux photos qui avaient été mises en ligne sur Wikipédia, elles ne disaient pas grand-chose, sinon que des jeunes se trouvaient dans la rue face au Collège Dawson. C’était, pour l’essentiel, des photos prises avec des téléphones, sans véritable intérêt.
Autre détail important (à mes yeux du moins): c’est bel et bien La Presse et le Journal de Montréal qui ont révélé les premiers le nom du tueur. Pas Wikipédia.
Dans la salle de rédaction de La Presse, on m’a transmis son nom vers 20 h. Avec l’aide d’Alexandre Pratt, j’ai trouvé le blogue de Kimver Gill vers 21h20. Nous avons planché jusqu’à 23 heures pour écrire sa bio pour le journal. Patrick Lagacé, qui travaillait à l’époque au Journal de Montréal, dit avoir eu le nom de Gill vers 21h30.
Dans Wikipédia, l’entrée sur Kimver Gill date du lendemain, à 10h59. L’entrée est largement basée sur les six pages de contenu diffusées ce matin-là dans La Presse et le JdeM !!!
Je suis le premier à ”tripper” sur Twitter, Wikipedia et Facebook comme outils journalistiques. Ils ont un apport extraordinaire. Ce sont des sources d’information formidables. Mais de là à dire qu’ils sont plus efficaces que les médias traditionnels dans des histoires semblables, il y a un pas que je ne suis pas prêt à franchir.
Le plus drôle, c’est que lors de sa conférence, la personne avec qui Michelle Blanc s’obstine, c’est le journaliste Jean-François Codère, du Journal de Montréal. Jean-François lui dit qu’elle a tort, que le nom de Gill est sorti dans les journaux d’abord. “On fera une enquête journalistique là-dessus, là”, lui lance Michelle Blanc pour clore la question. Justement, c’est ce qu’avait fait Jean-François dans le journal du 14 septembre 2006.
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13 commentaires | Permalien | Publié par Tristan Péloquin dans Général
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claude_c
Le Mercredi 18 Mars 2009
Bon article.
Vous faites bien de mettre les choses au clair.
Je m’informe beaucoup sur Internet, mais je consulte surtout les médias qui ont une antenne sur le web. Tout comme on conseille aux gens de magasiner sur Internet sur des sites connus.
Il est bon de s’informer à plus d’un endroit, ne serait-ce que pour avoir une perspective plus vaste d’une nouvelle. Comme il est aussi sain de douter de certaines sources d’informations, encore plus quand il s’agit de «citoyens». Les blogueurs, twitteurs et consorts ne sont soumis à aucune règle, aucune éthique, sinon la leur.
Être le premier à sortir la nouvelle sur Internet ne veut pas dire que la personne a le recul nécessaire, voire le métier et l’expérience, pour analyser et rendre rapidement un contenu réfléchi. Internet, pour moi, c’est trop souvent beaucoup de contenant, beaucoup de je me moi, et peu d’objectivité.
C’est lors d’événement comme celui auquel vous faites référence que j’apprécie les journaux. Des gens avaient pris le temps de colliger et vérifier l’information. C’est dans les journaux que je considère qu’on a été informé.
À la télé, ça flashe, ça crie, ça crépite, mais que sait-on sur le coup sinon l’adrénaline. L’information prend un certain temps avant d’être sue et vérifiée. Avec la crise qui frappe les journaux, les journalistes seront de plus en plus sur Internet, et pris avec le vite et maintenant comme leurs collègues des canaux de nouvelles continues.
steve_v
Le Mercredi 18 Mars 2009
Merci Tristan de cette mise au point.
michellblanc
Le Mercredi 18 Mars 2009
Tristan
Dans le cas de l’avion sur la rivière Hudson, il est clair que la vélocité était du bord de Twitter. Dans le cas de Dawson, j’aurais dû spécifier que l’info était indisponible sur les sites des grands médias, mais qu’elle l’était sur Wikipedia, tel qu’en discute Éric Baillargeon ici et ici. Concernant les photos, elles ont été en ligne des 15:00hr le jour du drame, sur Flickr plutôt que Wikipedia et on commence à parler du site Web de l’assassin le lendemain à 07:30hr le matin du 14 sept. L’idée est que le scoop excite le journaliste, quelquefois le blogueur mais rarement le citoyen ordinaire au milieu d’un fait journalistique et que comme tu l’as déjà mentionné, les outils tels que Twitter, Flickr, les blogues, Wikipedia ou autre peuvent grandement aider le journaliste. Il est clair que la police donnera plus d’infos aux journalistes qu’au simple citoyen et c’est bin correct de même. Par contre, il arrive de plus en plus que le citoyen soit au milieu d’une histoire, qu’il la partage, avant même que le journaliste n’a le temps de s’y rendre. C’était ça mon point dans le fond et cette idée, permet de faciliter le travail des journalistes à mon avis…
Mercador
Le Jeudi 19 Mars 2009
Les journalistes n’aiment pas ça se faire dire qu’ils ne sont plus sur “la coche”.
Adaptez-vous ou faites comme les dinosaures.
rollyu
Le Jeudi 19 Mars 2009
Je trouve de plus en plus navrant ces débats qui font rage entre les “vrais” journalistes et les “pushers” de web 2.0. Même si les journalistes s’excitent sur le scoop, quelle importance pour les citoyens de savoir le nom d’un tueur en série 3 minutes et deux secondes avant son voisin, ou que l’avion vient tout tout juste de tomber dans le fleuve? J’écoutais Madame Blanc et ses amis il y a quelques semaines à la radio de Radio-Canada (profitez-en encore, car le ministre Moore rêve de s’en débarasser) s’extasier sur le fait que le blogueur le plus populaire aux É.-U., Perez Hilton, publie une fois à toutes les 12 minutes et demie. Wow! Tout un critère pour mesurer la qualité d’un média. Ça va en choquer plus d’un, mais je crois de plus en plus que l’information sur le net est en bonne voie de devenir une forme de média poubelle (on parlait jadis de radio poubelle avec Jeff Filion). Ça va être à ceux qui parlent le plus FORT, le plus VITE et le plus SOUVENT que vont revenir les places les plus influentes. Les américains ont une expression pour ça: Playing Fast and Loose with the Facts. Le tout, bien arrosé d’une bonne dizaine de pubs en pay-per-click par article, souvent plus stupides les unes que les autres (voyantes, sexe, devenez riche sans travailler, pensée magique, etc.) On les voit déjà bien en évidence dans les pages Web du Devoir, de Cyberpresse, etc. Un bel avenir nous attend…
patthebrat
Le Jeudi 19 Mars 2009
Encore une fois, fidèle à mon habitude sur le blog de Tristan, j’émet des réserves.
L’information citoyenne instantanée, texté, twité, flickeré, alouette, peut mener à des dérapages important. Il suffit qu’un journaliste moins consciencieux reprenne le “scoop” pour que d’autres considèrent l’information comme valable et l’effet domino est lancé.
Comme c’est arrivé à cause d’une erreur technique sur Google News avec des répercussions très réelle sur les marchés financier :
coachdestrade
Le Jeudi 19 Mars 2009
Malheureusement, vous avez tous les deux torts. L’information était disponible sur Ars Technica (Open Forum) 15 minutes après les premiers coups de feu. Il est bien entendu que Michelle Blanc a raison, les fils de presse traditionnels sont désuets, les journalistes non branchés sur le web pourraient perdre un scoop ou du moins apporter un éclairage moindre que l’info disponible en ligne de par leur façon de travailler. Il est aussi entendu qu’un bon vieux journaliste du beat pourra voler la vedette à n’importe quel blogueur non connecté… Ce qui serait bien c’est le versioning que mentionne Michelle qui est par définition plurimédia…
denis_boudreau
Le Jeudi 19 Mars 2009
Ceux qui pensent que Twitter, Wikipedia, etc. ou le Web en général est une véritable révolution pour la diffusion de l’actualité se mettent le doigt dans l’oeil. Le phénomène de l’information citoyenne n’est pas une nouveauté. Prenez la peine de consulter les journaux des années 1800 et du début des années 1900. À cette époque, très peu de contenu dans les journaux sont rédigés par de “vrais journalistes”. La plupart des textes sont soumis par les lecteurs du journal en question. On y parle de la pluies et du beau temps, de la visite d’un voisin exilé à l’étranger, des prix scolaires, de conseils pour l’agriculture ou l’élevage de ses poules, etc. Bref, très peu de contenu d’analyse ou de fonds. La réelle nouveauté qu’apporte le Web, c’est l’instantanée et la facilité: voilà un mélange dangereux. Si le professionnalisme a fini par prendre sa place dans le milieu de la presse écrite, rien ne l’empêche d’en faire de même pour le Web. Le truc c’est de ne pas trop se prosterner devant chaque prétendu innovation et de l’adoptée avec un esprit critique.
coachdestrade
Le Jeudi 19 Mars 2009
Il est très rare de trouver des vraies analyses de fond, tant sur le web que dans les journaux. On cherche les “cotes d’écoute” et le sensationalisme. La nouvelle rapide, superficielle se consomme bien. Cyberpresse reproduit un paquet de nouvelles des fils de presse ou articles français, souvent avec queslques jours de retard sur les sources. Le public ne cherche pas vraiment à se prendre la tête dans les nouvelles mais cherche à satisfaire sa curiosité, souvent du côté du voyeurisme. Les chefs de pupître le savent. Le web a démocratisé l’accès à l’information. Le sens critique et le discernement devraient toujours être de l’apanage de l’individu, peu importe la source. Grand merci aux Jésuites pour leur héritage du sens critique, de l’analyse et de la synthèse.
toogreen
Le Jeudi 19 Mars 2009
L’Internet a changé le flot de l’information bien avant la venue des blogs et du web 2.0… Par exemple le matin du 11 septembre 2001, j’ai su ce qui se passait à NY avant pas mal de monde et même certains médias car j’étais loggé sur Yahoo chat ou ICQ (me rappelle plus lequel) et j’ai une amie à NY qui a tout vu de la fenêtre de son bureau en direct et qui m’a partagé ça “live”.
Pour revenir au cas de Dawson, quelque chose me frappe: Tristan tu dis que tu as su le nom du tueur vers 20h00, mais que tu n’as trouvé son blogue que vers 21h20?? Woah! J’sais ben que t’aimes pas particulièrement Google comme compagnie, mais de là à t’en priver pour ta job, c’est fort! :-P Corriges-moi si je me trompe (ou explique-moi plutôt ce qui s’est passé) car une simple recherche de “kimver gil blog” sur Google aurait pourtant dû t’envoyer direct vers son blogue en moins de 2 minutes, non??
ramses2.1
Le Jeudi 19 Mars 2009
@rollyu
Entièrement d’accord. On croirait que pour certains la qualité de l’information se mesure au photo-finish.
Je t’ai scoopé par un gros 6 minutes 40 seconde. Kin-toé. LOL
s.b.
Le Vendredi 20 Mars 2009
Michelle Blanc a raison sur le point qu’un citoyen au centre d’un évènement quelconque peut partager plus rapidement l’évènement qu’un journaliste qui y est dépêché. Par contre, là où je décroche c’est quand on parle de journalistes citoyens. Quand j’en lis je le prends comme un éditorial, et non comme une dépêche de la PC par exemple…
Concernant les bloggeurs québécois, il y en a peu ou pas qui “sortent” des nouvelles, la plupart commentent des nouvelles sorties dans les journaux papiers, ou bien à la télévision ou encore sur un site web d’un média important du genre cyberpresse ou radio-canada.ca. Souvent, les bloggeurs n’ont pas de formation en journalisme, ils ne sortent pas pour faire des reportages, interviewer des gens, etc. Beaucoup d’entre eux commentent l’actualité bien au chaud dans le confort de leur résidence. Encore une fois, je prends leurs entrées sur leurs blogs comme un éditorial et j’accorde peu de crédibilité aux “nouvelles” qui sortent par les bloggeurs étant donnée leurs biais idéologiques et/ou politique qui bien souvent transparaît.
Il y a eu une discussion intéressante sur ce sujet l’autre jour à “Je l’ai vu à la radio” pour ceux que ça intéressent.
Finalement, ce qui se passe présentement dans le monde des médias écrits m’inquiète beaucoup quant à la qualité de l’information future.
shaman
Le Vendredi 20 Mars 2009
Tristan,
Ayant suivi aussi de très près la Saga de Dawson, je crois que tu as raison sur certains points. Mais qu’importe selon moi sur la “vitesse”, mais surtout sur la véracité des faits. Tu te souviens il y a deux ans moins quelques jours? TOI tu as été juste et équitable et tu as fait ton boulot adéquatement dans la suite de la mort tragique de mon fils. Si tes collègues avaient été aussi intègre que toi, je n’aurais pas été diffamé et atteint dans ma dignité et mon honneur.
Qu’importe la source, ce qui compte c’est de faire un travail de validation et de recherche adéquat.
BRAVO à toi! Je te garde à tout jamais dans mes pensées, même bien loin du Québec!
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