On aime beaucoup se lamenter sur notre sort comme cyclistes utilitaires à Montréal. Pour mieux évaluer la situation, je pense qu’il est utile d’observer ce qui se fait ailleurs et de se comparer à d’autres grandes villes.
Londres aménage présentement ce que les autorités appellent des “super autoroutes pour le vélo” (Cycle Superhighways) pour favoriser les travailleurs qui font la navette à vélo de la périphérie au centre-ville.
À lire un titre aussi pompeux, on pourrait s’imaginer qu’il s’agit de pistes cyclables à quatre voies nouvellement construites en dehors du circuit routier normal. En fait, il s’agit simplement de voies cyclables délimitées de chaque côté d’artères importantes. Elles sont à sens unique et peintes en bleu pour être clairement identifiées par les automobilistes. Leur largeur varie de 1,5 m à 2,5 m. Les deux premières seront inauguréee en juillet et on en projette dix en tout, jusqu’en 2015.
Selon “Transport for London” (l’organisme responsable), l’objectif de ces autoroutes est d’améliorer les conditions de transport à vélo pour les gens qui font déjà la navette et d’en encourager de nouveaux à en faire autant. Les autoroutes pour vélo aideront à diminuer la congestion sur les routes, à réduire l’engorgement dans les transports en commun et à réduire les émissions de GES, toujours selon l’organisme. Londres veut aussi augmenter son trafic cycliste de 400% d’ici 2026 par rapport au niveau de 2001.
L’idée est formidable, en théorie. Or, il semble qu’en pratique, pour l’instant, ce ne soit pas très intéressant de les utiliser, comme on peut le constater dans la vidéo ci-dessous.
Bien que l’objectif de la peinture bleue soit que les automobilistes puissent plus facilement rester à l’extérieur, quand vient le temps de tourner à une intersection, ils n’ont pas le choix de couper la piste, explique un journaliste du blogue vélo du Guardian qui a fait le test et une critique. On peut aussi lire des commentaires pas très élogieux d’utilisateurs sur le blogue.
Toutefois, la portion testée par le journaliste n’est pas encore complétée, ce qui ne permet pas, selon moi, de rendre un verdict définitif.
Malgré cela, à mon avis, le nom de Cycle Superhighways est avant tout un coup de marketing, puisqu’il s’agit simples voies cyclables ordinaires peintes en bleu. Cette peinture bleue représente cependant déjà une amélioration pour la visibilité des voies cyclables et permet d’éviter toute confusion. Mais de là à leur donner le nom d’autoroute, c’est exagéré!
De plus, dans les vidéos, on peut constater que le message n’a pas encore été compris de tous, puisque, par endroits, des voitures sont stationnées directement dessus. Et comble de tout, ces “autoroutes” pour vélo sont partagées avec les autobus, ce qui retarde les cyclistes qui se retrouvent coincés derrière, et fait en sorte que certains d’entre eux montent sur le trottoir pour dépasser les mastodontes rouges. Bref, ces autoroutes ne semble pas géniales. Mais au moins, la ville de Londres fait des efforts.
Après Londres, cet après-midi je vous parlerai de Paris, qui vient d’annoncer sa volonté de devenir une grande métropole cyclable.
Tags: autoroutes, Londres, The Guardian, voies cyclables










boulangero
14 juin 2010
09h08
La combinaison piste cyblabe et ligne d’autobus est un mélange d’ingrédients qui rend toujours la recette imbuvable.
baloumtl
14 juin 2010
09h44
Pas terrible comme concept, c’est un bon exemple d’une idée qui devait être bien meilleure sur papier. Il faudrait voir ce qui se fait à Copenhagen.
davcorm
14 juin 2010
09h54
Selon moi, toute piste cyclable qui n’est pas séparée de la route par une bande de béton ou au moins par des poteaux très visibles est une aberration.
snowroune
14 juin 2010
09h54
Il serait plus avantageux de construire des pistes cyclables le long de voie ferrée
non?
rouleravelo.com
14 juin 2010
09h56
C’est vrai que le terme d’autoroute à vélos laisse supposer des infrastructures pratiquement inimaginables ici alors qu’on parle en réalité d’une bande cyclable peinte en bleu et partagée avec les autobus… et pas grand chose de plus!
Je m’imaginais justement des voies multiples pour les dépassements et des moyens concrets pour assurer une fluidité de la circulation cycliste. Disons que je suis resté sur ma faim et que même si la portion testée n’est pas complétée, je ne crois pas qu’au final la situation change du tout au tout.
Je suis en faveur de la peinture au sol. J’aimerais bien que cette initiative soit transposée ici. Les petites lignes blanches et les pictogrammes s’effacent tellement facilement et sont relativement peu visibles. Je ne crois pas que le coût de la peinture soit un problème. C’est surtout la lenteur à peindre ou repeindre les bandes cyclables qui soit décourageante.
Avec un objectif d’augmenter de 400 % le trafic cycliste d’ici 2026, disons que Londres devra continuer à multiplier et à améliorer les initiatives du genre! Merci pour l’info!
gazelle2007
14 juin 2010
10h40
À propos de la peinture : sous la pluie, ça se transforme en patinoire.
pieyre
14 juin 2010
10h41
Lorsque vous mentionnez: «certains d’entre eux (cyclistes???) montent sur le trottoir pour dépasser les mastotodontes rouges. Bref, ce n’est pas génial. Mais au moins, ils essaient.» Que voulez vous signifier au juste? Qu’ils «essaient» d’éviter les piétons du mieux qu’ils le peuvent, comme plusieurs le font quotidiennement à vive allure à Montréal???
moi2007
14 juin 2010
10h48
J’arrive de 10 jours à Hawaii et j’ai découvert que les vélos sont permis sur les autoroutes là-bas. La bande d’accotement est très large et les voitures font attention.
carolinerodgers
14 juin 2010
10h51
@pieyre: non, ce que je voulais dire, c’est que Londres essaie de faire des mesures qui favorise les cyclistes. Je viens de le clarifier dans mon texte. C’est vrai ça pouvait porter à confusion…
benoitforget
14 juin 2010
10h52
Et moi qui en lisant Cycle Superhighways, imaginait un espèce d’échangeur Turcot exclusivement pour vélos!
Sérieusement, à peu près toutes les villes occidentales ont été conçus pour les voitures. À moins de changer radicalement toutes les infrastrutures d’une ville, parler de superhighways pour vélos est une pure bouffonnerie.
carolinerodgers
14 juin 2010
10h59
@moi2007: il en est de même plus près de nous, au Nouveau-Brunswick. J’ai roulé une centaine de km sur l’autoroute entre Fredericton et Moncton et ce n’était pas du tout stressant, car l’accotement était de cinq-six pieds, peut-être même plus. Le paysage est assez moche sur l’autoroute mais au moins c’est une alternative si, pour une raison ou une autre, on ne veut pas emprunter la route secondaire entre ces deux villes.
macplok
14 juin 2010
11h14
La peinture bleu a le mérite de clairement identifier la zone cyclable. Mais dela à l’appeller “Cycle Super Highway” est nettement exagéré. Même seulement “Highway” ne serait pas approprié.
Au moin, je n’ai pas vue de cycliste rouler à contre-sens.
malain
14 juin 2010
12h10
Partager avec les autobus, ce n’est pas si mal. Moi je préfère rouler sur René-Lévesque avec les autobus l’après-midi plutôt que sur la piste cyclable De Maisonneuve pleine de piétons qui ne regardent pas où ils mettent les pieds.
La principale caractéristique d’une autoroute, c’est de n’avoir pas d’arrêts. On en a à Montréal quelques segments : de Maisonneuve de Décarie à Montréal-Ouest ( sauf que c’est tout cabossé ), et surtout le canal Lachine. Je suis chanceux d’avoir ça sur mon trajet quotidien, sinon mon 35 km serait beaucoup trop long pour ma patience et mes fesses.
demchris
14 juin 2010
12h38
@gazelle2007
C’est exactement ce à quoi je pensais, j’espère que c’est une peinture spécial…sinon ça doit pas être trop plaisant sous la pluie.
Pour moi, je considère les voies sur Maisonneuve beaucoup plus comme des cycles highway (du moins ça s’en approche) avec la bande de béton qui garantie que les autos et autobus ne vont pas prendre la voie pour eu même. Malheureusement pour beaucoup de piste cyclable dans les villes, les automobilistes s’en fichent complètement et se stationne dessus comme si de rien n’était, ça m’est arrivé encore en fin de semaine…c’est l’une des raisons que j’utilise très peu les pistes cyclables, elles sont toujours encombrées par ceux qui n’y ont pas d’affaire.
gl000001
14 juin 2010
13h36
J’ai toujours entendu dire que Londres était une ville dangereuse pour les cyclistes. C’est beau qu’ils fassent des efforts mais ça semble raté !!!
@CarolineRodgers
J’ai déja demandé à quelqu’un le meilleur chemin à vélo entre Moncton et Chediac et il m’avait répondu l’autoroute !!! Je ne l’ai pas cru !!! Alors, il ne me niaisait pas !!! Hé ben.
canadien_errant01
14 juin 2010
13h42
@moi2007 et carolinerodgers
idem pour l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba, en fait même les véhicules de fermes ont droit aux autoroutes, et le tracteur là bas prend souvent une voie et demie (y sont énooooormes, sans oublier les moissonneuses batteuses).
Quand j’ai habité en SK, il y avait malencontreusement plusieurs collisions mortelles sur les autoroutes de Regina, entre cycliste (de performance) et auto. Ces collisions se produisaient généralement vers la brunante.
Notre système de pistes n’est peut-être pas total capotant, mais j’ose croire qu’il va s’améliorer.
Entretemps gardons le sourire et faisons nos signaux directionnels, (gauche, droite, ralentir!).
@carolinerodgers:
Si jamais vous avez le goût d’un bon débat sur ce blogue:
On devrait discuter des dépassements entre cyclistes sur les pistes cyclable désignées (ex: route verte assez larges et 2 voies) devrait t’on agir comme sur une route à 2 sens (pas de traffic en sens inverse), ou bien dépasser quand ça nous chante pour importe la situation….
dcsavard
14 juin 2010
13h44
A Toulouse, les pistes cyclables sont du même genre, marquage au sol, partage avec les autobus, les scooters, les motos et parfois ces pistes montent carrément sur les trottoirs. C’est prévu, il faut pédaler sur les trottoirs avec les piétons. It’s not a bug, it’s a feature. Seule vraie exception, la piste du canal du Midi. Par contre, les automobilistes sont quand même mieux qu’ici et gardent en général une plus grande distance latérale.
dcsavard
14 juin 2010
13h46
Par contre, il faut reconnaître que s’ils ont vraiment la volonté d’augmenter le trafic cycliste de 400%, ils feront très probablement plusieurs améliorations au système au fur et à mesure. Ici, il n’y a même pas de volonté clairement exprimée des autorités d’augmenter le trafic cycliste pour ménager la susceptibilité des automobilistes.
mveill1
14 juin 2010
14h51
Je me rends a velo a Londres (de Londres!) depuis un bon cinq ans, et je ne suis pas sur que la peinture sur le chemin m’aurait aide a mes debuts. Je crois que le meilleur moyen de rester en securite et de prendre sa place, pas de se tasser sur une bande bleue (et de passer sur une bouche d’egout 20cm de profond). Si on est en face d’une voiture, elle n’a pas le choix de nous voir.
Aussi, a moins d’une campaigne stricte d’application de la loi pour les automobilistes, je crois que ca peut creer un faux sentiment de securite chez les cyclistes, surtout debutants, et les mettre en danger.
Les seuls segments bleus que j’ai vu sont sur des voies cyclables existantes.
gazelle2007: surprenant, mais j’ai pas trouve la peinture si glissante sous la pluie. Mais un peu plus glissant que l’asphalte “tout nu”.
marcandre33
14 juin 2010
16h42
Tout à fait d’accord avec le commentaire de snowroune. Les meilleures pistes cyclables selon moi sont celles qui longent les voies ferrées!
Je donne en exemple une telle piste à Montréal qui part de Iberville–Masson pour se rendre à St-Laurent–Bellechasse.
En longeant une voie ferrée (séparé par une clôture bien sûr), c’est très sécuritaire car nous sommes isolés de toute circulation automobile. Donc aucun danger de se faire frapper par une auto qui tourne à gauche ou à droite sans avoir regardé. Aucun danger de se faire ouvrir une portière dessus. Et aucun danger de se faire accrocher ou rentrer dedans par un véhicule.
Pour le côté efficacité de déplacement, ça n’a pas son égal!! Il n’y a aucun arrêt ou feu de circulation puisqu’on longe une voie ferrée. On sauve donc un temps fou.
C’est donc sécuritaire et rapide. Le paradis bref!
Voilà ce que ça prendrait pour vraiment révolutionner le transport actif à Montréal : des pistes cyclables qui longent des voies ferrées.
dcsavard
14 juin 2010
17h24
@marcandre33,
il y a une piste cyclable qui longe en partie la voie du CP. Le seul problème, les concepteurs l’ont faite en poussière de roche au lieu d’asphalter. Ce qui fait que l’été quand c’est sec, vous terminez les quelques kilomètres de piste avec beaucoup de poussière sur votre vélo, sur l’huile de la chaîne, dans le dérailleur, sur vos vêtements, dans vos poumons et sur votre bouteille d’eau. Je trouve que c’est complètement idiot de faire des pistes cyclables en poussière de roche et en gravier. L’asphalte des pistes cyclables a une durée de vie bien plus grande que celle des routes où circulent les voitures.
bigjayvt
14 juin 2010
20h27
En fait, on dirait que leur “autoroutes” sont en phase test. On devrait pouvoir apprécier la volonté de Londres de favoriser les déplacements à vélo. Ils ont une vision. Ils ont la volonté politique de le faire.
Qu’est-ce qu’on fait ici pour encourager ce mode de déplacement écologique? Est-ce que nous possédons des sas-vélo (ASL, Bike Box) permettant aux cyclistes d’atteindre l’avant de la file d’attente au carrefour pour partir en premier et être visible de tous les usagers de la route? Est-ce que nous avons un phasage de feu de circulation permettant aux cyclistes de rejoindre le centre-ville à 20km-h sans devoir s’arrêter? Est-ce que nous installons des feux de circulation qui donnent 6 secondes d’avances aux cyclistes et au bus? Est-ce qu’on permet le partage des voies bus aux cyclistes étant donner qu’ils sont aussi rapide que les autobus et taxis et que ceux-ci sont des chauffeurs professionnels et que ces voies sont peu utilisées? Est-ce que nos autobus possèdent des supports à vélo permettant de “mixer” nos modes de transport écologique. Est-ce que, comme a New York, notre système de métro permet de transporter nos vélo a bord des wagons pour se rendre au travail? Dans les trains de banlieue?
Si les villes veulent encourager le transport à vélo, elle se doivent d’avoir une vision permettant de favoriser les cyclistes vis-a-vis l’automobile. A Copenhague, on implante une piste cyclable (cycle tracks) dès que le besoin se fait sentir. Ici, on aménage une piste cyclable si la circulation demeure bonne et qu’il y a peu d’impact sur le stationnement sur rue. Question de priorité? Ou peut-être des preneurs de décision qui sont réfractaires aux changements et qui ont amorcés leurs carrières pendant la gloire de l’automobile des années 60. Un changement de garde s’impose si on veut vivre dans une ville qui offre une qualité de vie à ses résidents et non une circulation acceptable pour les visiteurs de la banlieue.