Il se fait du bien mauvais syndicalisme dans les Centres de la petite enfance. Du syndicalisme de dinosaure, comme on en voit malheureusement trop souvent dans le secteur de la fonction publique.
C’est facile, remarquez bien, de décider de ne pas entrer au travail une journée donnée parce qu’on pense que ça va mettre de la pression sur le patron. C’est facile parce qu’il n’y a aucune véritable conséquence à agir de la sorte. Personne ne va perdre son emploi, personne ne sera suspendu. C’est la beauté de travailler dans le secteur public ; personne n’assume ses décisions et ses gestes.
Imaginez une grève d’une journée dans une entreprise privée. La direction ne se poserait pas 36 questions. Bang ! Elle décréterait un lock-out et les grévistes d’un jour se retrouveraient soudainement sans revenus.
On comprend l’entreprise privée de réagir de la sorte. Elle a des obligations envers ses clients. Elle ne peut se permettre des retards dans sa production ou dans ses livraisons. Elle ne peut pas se permettre non plus de céder aux pressions sans tenir compte de sa capacité d’accéder aux demandes de ses employés. Donc, elle va tenter de s’organiser sans ses employés syndiqués le temps de trouver un terrain d’entente avec eux pour renouveler leur convention collective.
Ça, c’est la réalité du monde économique dans lequel nous vivons.
Mais il existe un monde parallèle à celui de la vraie vie : la fonction publique. Dans ce monde, l’Employeur (comprendre le gouvernement) ne peut fermer boutique parce que ses travailleurs décident de ne pas entrer au travail pendant une journée. La machine, quoi qu’il arrive, doit continuer à opérer. Les syndiquées des CPE le savent et en tirent avantage. Ça explique le «courage» qu’elles ont eu de débrayer lundi et celui qu’elles auront vendredi de faire de même. Zéro conséquence pour elles.
On s’étonne d’entendre des éducatrices de CPE affirmer que les parents appuient leur démarche. Mais qu’appuient-ils au juste ? Ils appuient leurs revendications pour obtenir de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail — elles le méritent sûrement, entendons-nous bien. Toutefois, on doute fortement que les parents appuient leur décision de recourir à des journées de grève.
Parce que pour les parents, les grèves dans les CPE sont de véritables casse-têtes de planification : il faut trouver une gardienne pour les marmots ou demander à belle-maman de venir à la maison ou appeler le patron pour lui dire qu’on n’entrera pas au boulot ou qu’on va travailler de la maison (pour ceux qui en ont la possibilité, on s’entend).
Quand on regarde tout ça, on en vient à conclure que les éducatrices mènent leur combat sur le dos des parents — c’est assez ironique, quand on y pense, du fait que plusieurs parents sont loin de bénéficier des avantages et des salaires des éducatrices. En ce sens, elles les prennent en otages.
Le pire, c’est que les négociations dans les CPE progressent, reconnaissent les leaders syndicaux. Très lentement, c’est vrai, mais tout de même elles progressent. Quelle est la pertinence des grèves sporadiques, alors ?
Dans le secteur privé, les syndicats utilisent la grève de 24 heures lorsque les négociations achoppent sur toutes sortes de choses ou quand l’employeur demande des concessions majeures. Dans de tels cas, quand les syndiqués sortent sur le trottoir pour une grève d’une journée, c’est un peu un geste de désespoir. C’est l’équivalent d’une petite bombe atomique dans l’échelle des moyens de pression.
Les éducatrices en sont-elles rendues là ?
Utiliser des grèves de 24 heures à ce stade-ci des négociations, c’est banaliser ce moyen de pression. C’est rendu aussi banal pour les éducatrices de CPE de recourir à de telles grèves que pour des syndiqués du secteur privé de porter des macarons aux couleurs de leur syndicat.
Cette folie nous démontre que les éducatrices des CPE oublient la notion de services publics et que leurs clients sont des parents. Jamais une entreprise privée ne traiterait ses clients de la sorte. Impensable. C’est l’effet pervers d’étatiser un service collectif aussi important.
Cette stratégie de négociation ne fait qu’alimenter la mauvaise perception de la population à l’égard des syndicats. C’est du syndicalisme de l’âge de pierre.
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