Les politiciens ne sont pas les seuls qu’il faut avoir à l’œil. On ne doit jamais perdre du regard les gens d’affaires qui les appuient. Parce que ce n’est pas toujours par idéologie qu’ils leur apportent leur soutien. Ce qui intéresse certains amis et connaissances des politiques, c’est de faire fructifier leurs avoirs. Et ils ont le don de se positionner pour utiliser les outils que l’État leur fournis…
Un des ces outils c’est le Fonds d’intervention économique régional (FIER). Dans le milieu des affaires, ils appellent ça du capital de risques. Vulgarisé, ça veut dire prêter de l’argent à des entreprises boudées par les institutions financières. Nos entreprises ont cruellement besoin qu’on les aide à développer leurs affaires, à investir dans la recherche et le développement, à moderniser leurs équipements, à former leur main-d’œuvre. C’est le dessein des FIER. Pour chaque dollar que le milieu (comprendre les gens d’affaires des régions) investit, Québec injecte 2 $ dans ces fonds.
Comme le nom le dit, ce sont des fonds pour stimuler l’économie des régions. C’est ce qu’on a compris. C’est que ce tout le monde a compris. Sauf des businessmen. Eux, ils ont compris qu’ils pourraient utiliser ces fonds pour investir dans les entreprises de leur choix, et cela peu importe si elles se trouvent dans une autre région.
Bonne discussion ce week-end de la question avec Martin Jolicoeur, journaliste aux Affaires. Il m’a cité le cas d’une entreprise de Montréal en faillite qui avait obtenu un prêt de 700 000 $ du FIER de la région de… St-Jean-sur-Richelieu.
Faut le faire, quand même! Un homme d’affaires de Montréal a réussi à convaincre les administrateurs de cet organisme, situé à plus de 45 kilomètres, de lui prêter de l’argent destiné à des entreprises de leur région. Ou bien il a des habilités extraordinaires de persuasion ou bien les administrateurs de ce fonds n’en ont rien à cirer de l’objectif premier des FIER, soit d’aider des entreprises régionales. On retiendra la deuxième explication.
Entendu la semaine dernière cet argument de responsables des FIER pour justifier que des montants sont parfois investis dans des entreprises à l’extérieur de leur région: les demandes provenant de certaines régions sont insuffisantes alors on accorde des prêts à des entreprises situées ailleurs au Québec — Montréal surtout, devrait-on dire.
Comme argument fallacieux, difficile à battre. Les entreprises québécoises à la recherche de coups de pouce financier pullulent. Il faut être soit aveugle, soit de mauvaise foi pour ne pas le voir. Si les demandes provenant des régions sont insuffisantes, c’est probablement le fait que les FIER ne font pas assez de publicité. On leur suggère aussi d’approcher de jeunes entreprises prometteuses. Allez, un peu de nerf!
La beauté de ces créatures est que malgré que notre argent finance les 2/3 des projets d’investissement, les contribuables n’ont pas de représentants sur les conseils d’administration. On laisse essentiellement toutes les décisions aux gens d’affaires qui ont contribué aux FIER. On comprend pourquoi ils sont attentifs à toutes les occasions possibles de passer à la caisse. Méchant deal!
J’ai retracé le reportage que nous avons publié (6 mai 2005) annonçant la création d’un FIER pour les Cantons-de-l’Est. Je vous soumets cette perle du ministre Claude Béchard, heureux comme pas un de jouer au père Noël:
«Le gouvernement ne siégera pas au conseil d’administration. On fait confiance aux régions. Ce sont à elles de décider des projets les plus porteurs chez eux (sic).»
Deux choses:
1. De quel droit et depuis quand les gens d’affaires parlent-ils au nom des régions?
2. Comment peut-il parler de projets porteurs en région alors que des montants d’argent sont détournés vers Montréal?
C’est bien beau que l’État décentralise vers les régions. Mais de là à accorder autant de pouvoir — carte blanche, en fait — à des groupuscules d’investisseurs privés, n’est-ce pas l’équivalent de tenter le Diable? Ça donne les cas d’apparence de conflits d’intérêts et de favoritisme «montréalais» rapportés ces derniers jours dans médias.
Y’a pas de quoi être fier…
























leongaudreault
4 Mai 2009
19h44
Bonsoir M. Laliberté,
Félicitations pour votre article , sans jeu de mot, vous pouvez en être “FIER”.
Comme vous avez changé de vocation parcequ’il y avait trop de tricherie dans le sport préparer vous à encore changer de vocation car vous trouverez encore plus de tricherie dans la politique.
Encore merci pour votre lucidité. Comment se fait-il que l’on ne retrouve pas cette lucidité chez nos politiciens ?
C’est à croire que l’on ne vit pas dans le même monde.
jolico
5 Mai 2009
00h57
Vous avez raison, c’est l’équivalent pas seulement de tenter le Diable, mais même de l’encourager! Et maintenant, les groupuscules d’investisseurs se cachent sous des noms qui ne disent rien, sur lesquels on ne trouve aucune information, et sont parfois des investisseurs étrangers déguisés en moutons locaux.
filledesbois
5 Mai 2009
10h46
Un adage populaire dit que :”Ce qu’on ne sait pas, ne nous fait pas mal”. C’est complètement faux. Tôt ou tard, de mauvaises décisions qui impliquent la collectivité vont avoir de s conséquences,on l’a vu à l’échelle internationale ces derniers mois. C’est d’autant plus tangible localement où on a les dégâts sous le nez. Hélas le gouvernement ,comme la plupart des citoyens d’ailleurs , jouent à l’autruche , sauf quand on vient les achaler dans leur cour, comme dans la saga du boulevard de l’Estrie. Intérêts privés contre bien public, toujours les mêmes histoires… Le problème c’est que le gouvernement provincial s’en lave les mains, et pelleter les décisions comme les capitaux, dans les mains des élus locaux et c’est là que les conséquences directes sur le milieu se font sentir.
Au niveau environnemental , avec un injustifiable boom immobilier malgré la crise, c’est d’autant plus important et visible et, hélas, nos écosystèmes se dégradenttoujours et c’est toute la collectivité qui tôt ou tard paiera pour. Cela dit ,en Haute-Yamaska , outre certains détails et décisions discutables (tri-compostage…), la MRC et nos élus sont plus avisés et conscients de leurs responsabilités que jamais, quand on compare avec la décennie passée.”Avec Internet, autre arme à double tranchant,plus que jamais, comme dit dans la Bible:”"Toutes les choses cachées depuis la fondation du monde (le s plus récentes itou) finissent toutes par resurgir en pleine lumière…”
N’empêche que les jeux de coulisse et d’alcôve, en amour comme en affaires peuvent avoir des effets sournois sur nos vies, comme vous l’avez déjà souligné dans votre récent blogue, Monsieur Laliberté. Veillons et prions, mais ne cessons pas de nous exprimer, par pitié!
gofrankiego
5 Mai 2009
11h22
Bon mardi,
C’est fou ce qu’au Québec, le monde de l’entrepreuriat a le don de triturer tout et n’importe quoi pour justifier tout et n’importe quoi. Vous nous présentez un autre bel exemple d’absence de conscience sociale des «homems d’affaires» du Québec.
Personnellement je suis de moins en moins surprise quand j’apprend les nouvelles magouilles que nous produisent les hommes d’affaires, les hommes politiques et les «autres» occupant sinon des postes dans lesquels ils ont quelques pouvoirs sinon quelques possibliltés de faire des revenus. On dirait que depuis quelques décennies l’appât du gain et la cupidité de nos québécois est devenu tellement intense qu’ils sont incapable de penser à autre chose, incapable de voir autre chose et qu’ils sont obnubilé par l’argent.
Je l’ai déjà dit et je le répète tant et ausi longtemps que les gens ne seront pas imputagble de leur gestes et de leurs actions entrepreneurs, politicien, marchands, contracteurs homme d’affaires rien ne les disuadera de voler l’argent du peuple, l’argent de nos taxes et de nos impôts.
Il faut les contraindre à rembourser les sommes volées et les contraindre à payer de très fortes amendes, en faire des exemples dissuasifs. Ce n’est que comme ça et pas autrement que nous viendrons à bout, en tant que société, de cette corruption galoppante. Fini les messages, fini les dénonciations et le blablabla, on passe à l’action et ILS passent à la caisse.
masourisestmalade
5 Mai 2009
14h48
Je ne comprends absolument pas que les FIER des régions investissent ailleurs que dans leur région respective.
En fait, tel que cela est présenté, on pourrait penser que les régions tributaires de ces FIER n’ont pas de créneaux porteurs. Ce qui est totalement faux puisque chaque région du Québec a justement un énorme potentiel de produits et services à offrir.
Comme mes compatriotes ci-dessus, j’ai encore l’impression qu’il en va autrement et que, comme toujours, les mêmes vautours planent afin d’en agripper une part qui ne leur était pas dévolue. Misère…
lagrincheuse
6 Mai 2009
00h55
J’ai lu, il y a de cela quelques années, que des archéologues ont découvert de fausses pièces de monnaie dans un cimetière romain du 4ème siècle après Jésus-Christ, en Angleterre. Et ce, dans la tombe du consul romain (le représentant direct de César)… Comme quoi nos ripous ne sont pas les premiers, n’est-ce pas? Je suis d’accord avec vous: ceci est une aberration, car aucun - je dis bien aucun- politicien de quel que parti qu’il - et même quelle - soit, n’osera lever le p’tit doigt… Il y a trop d’industriels et de hauts fonctionnaires qui graissent leurs pattes sales! Comme l’a dit gofrankiego précédemment, il faut rendre tout ce beau monde imputable, mais ça, je le crains, c’est de l’utopie pure et simple. Toutes les grandes civilisations de l’histoire sont disparues non pas seulement à cause des guerres, mais bien à cause de leurs populations qui, en ayant “ras le pompon” de leurs ripous de politiciens, et ne croyant plus à leur pays, ont tout simplement refusé de défendre leurs frontières.
gasston
7 Mai 2009
11h41
C’est ce qui arrive avec n’importe quel programme de subvention gouvernementale – l’argent est rapidement détournée. On n’a qu’à penser aux commandites.
C’est complètement idiot de subventionner une entreprise seulement parce qu’elle est située dans une région donnée. Si l’entreprise ne peut pas survivre par elle même, elle n’a pas d’affaire là. L’argent de la subvention est dilapidé peu importe où il se retrouve.
De plus, les fonctionnaires qui gèrent le système n’ont qu’un but, distribuer l’argent en faisant le moins d’efforts possibles, ce qui ouvre la porte toute grande aux entrepreneurs rusés qui en profitent.
La solution? L’abandon de tous les programmes de subventions, suivi d’une baisse de taxes généralisée pour toutes les entreprises. Ça n’arrivera jamais, bien entendu.